Laissons les hommes rêverPAR GÉRARD MULLIEZPRÉSIDENT DU CONSEIL DE SURVEILLANCE DU GROUPE AUCHAN

Ce qui m'a frappé, interrogé, formé, pendant trente-sept ans, ce sont les hommes que j'ai rencontrés. Je n'en citerai que quelques-uns : Bernardo Trujillo, qui nous a fait lire le journal de demain pour l'Europe. Edouard Leclerc, qui m'a encouragé au moment où il le fallait. Chacun de notre côté, nous avons participé à la même croisade contre la vie chère. Marcel Fournier, qui, par son fils Bernard, m'a fourni les plans de Carrefour Vénissieux ayant servi de base à la construction de notre premier hypermarché de Roncq. Emile Decré, qui nous a acceptés à la centrale d'achats GAGMI. Jacques Pictet, qui a fondé LSA et les Pionniers de Marbella. J.-L. Descours - accompagné du préfet Paul Camous -, qui a réuni au sein de l'ICC tous les patrons de la distribution moderne.

Cette époque des pionniers de la distribution par hypermarché - entre les années 60 et 70 - a été marquée par une grande entraide, une solidarité, un partage des connaissances. Nous savions aussi que si une seule enseigne échouait, les banquiers et les fournisseurs seraient devenus craintifs à notre égard et nous auraient tous mis en pénitence.

Mais, bien sûr, le plus important pour moi durant toutes ces années s'est passé à l'intérieur d'Auchan. J'ai pu connaître les femmes et les hommes qui y travaillaient, qui y travaillent et découvrir et aider à découvrir leurs talents. Ils ont construit et continuent de construire jour après jour la Vie Auchan.

Mes plus grandes joies ont été de voir ces jeunes se prendre en main, construire leur personnalité, s'attachant courageusement à tout ce qu'il y avait à faire. Aujourd'hui, tant dans le développement en France que dans le lancement des pays étrangers, les jeunes font preuve du même enthousiasme, du même courage.

Il est intéressant de noter que ces jeunes qui se sont levés dans les années 1976-1980 pour les diversifications d'Auchan, ou pour lancer un nouveau pays, emploient chacun dans leur nouvelle activité - vingt ans après - plus de monde que leur maison mère de l'époque. Cela doit encourager beaucoup d'autres à faire comme eux.

Aucune loi ne peut stopper l'évolution, car l'évolution, c'est la vie et ce serait tuer la vie que de stopper la création qui sans cesse se renouvelle.

La vitesse de la mondialisation est accélérée par les excès de réglementations internes ou de prélèvements propres à chaque pays. Réglementations toujours conçues en réaction sur l'existant et non en anticipation sur les créations futures. Les lois antidéveloppement - qu'elles soient administratives ou fiscales - en France ou ailleurs ont incité les entreprises de ces pays à expatrier leurs hommes et leur savoir-faire dans des pays plus ouverts.

On me dit quelquefois : « Vous, vous avez su anticiper. » Je ne pense pas avoir anticipé, mais avoir donné une réponse pragmatique à des besoins connus ou latents. Cela a entraîné la création et le développement de Flunch, Leroy Merlin, Décathlon, Kiabi, Boulanger, etc., et les parcs d'activités à côté d'Auchan.

Toutes ces créations d'entreprises ont permis à l'industrie de se développer, d'exporter, et aux PME de grandir en même temps que nous, tant en France qu'à l'étranger, et aussi d'augmenter la vitesse de croissance de l'économie nationale.

Alors, demain, pourrons-nous encore créer de nouvelles entreprises, elles-mêmes créatrices d'emplois et de richesses, ou devrons-nous les créer ailleurs ?

La confiance en l'homme est la cause première du développement. La méfiance - c'est-à-dire la peur avec tous les règlements qui en découlent - est la cause première du non-développement. Pour avoir confiance dans les autres hommes, il faut la confiance en soi-même, la confiance en la vie. La confiance que tout ce qui arrive recèle une opportunité de développement personnel et de développement pour les autres.

La confiance en l'homme, en la vie, c'est savoir que l'homme a été conçu créateur avant d'être consommateur. La confiance en la vie, c'est savoir qu'une création en entraîne une autre, qui en entraîne une autre, car une cause première entraîne des effets qui, à leur tour, deviennent cause première de l'effet suivant.

L'important est de bien comprendre cet enchaînement de causes premières et d'effets et de savoir que cela ne s'arrête jamais. Le drame pour les hommes est qu'on leur fait croire à un monde fini. On se préoccupe de partager les richesses alors que, les richesses étant infinies, il faut seulement se préoccuper de les faire naître et d'encourager leur développement.

L'homme n'apprend et ne crée sa vie chaque jour qu'à partir d'expériences qui lui sont personnelles.

Laissons les hommes rêver, puis exprimer leurs rêves dans les paroles et les écrits, puis dans des réalisations concrètes visibles.
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Article extrait
du magazine N° 1609

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