Lait : les enseignes face aux menaces de... déréférencement sous la pression des producteurs

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Des producteurs laitiers ont demandé à des enseignes comme Système U de déréférencer les entreprises laitières qui ne soutiennent pas les cours du lait. Lactalis, Bel, Danone, Savencia-Bongrain sont visés... Mais certains magasins indépendants cherchent aussi clairement à soutenir les exploitants agricoles...

Lactalis
Lactalis

La crise laitière prend des formes inattendues. Le 4 septembre, la FDSEA et les Jeunes Agriculteurs de Vendée tenaient une conférence de presse devant l'Hyper U de la Roche sur Yon, annonçant leur exigence que cinq transformateurs laitiers soient déréférencés, ceux-ci n'ayant pas appliqué la règle des 340 € par 1000 litres de lait, qui selon eux aurait été décidée lors de la réunion de la filière laitière au ministère de l'Agriculture, le 24 juillet, en présence du ministre, Stéphane Le Foll. "Si des transformateurs laitiers se sont engagés à soutenir les éleveurs par des annonces de revalorisation de prix, d'autres poursuivent leur déni de la situation vécue par les éleveurs".

Et de lister les cinq entreprises laitières qui ne joueraient pas le jeu : Lactalis, Savencia-ex Bongrain, la coopérative Laïta présidée par le président de la Fédération des coopératives laitières (FNCL) Dominique Chargé, Danone et le groupe Bel. Ces incitations à déréférencer les entreprises laitières n'est pas sans poser de problèmes sérieux aux enseignes. D'un point de vue commercial, bien sûr puisque le manque à gagner sur les produits laitiers recherchés pas les consommateurs n'est pas neutre. Mais cette pression pose aussi un gros problème juridique : la rupture brutale des relations commerciales est interdite par le Code de commerce, et toute rupture très strictement encadrée en France, notamment avec des délais à respecter. Avec la loi Macron, l'amende peut atteindre désormais jusqu'à 5 % du chiffre d'affaires réalisé en France par une enseigne. Du coup, les magasins sous pression risque d'être pris entre le marteau et l'enclume. 

Soutien aux agriculteurs 

Pour autant, des indépendants ont choisi d'afficher leur soutien aux agriculteurs. Deux Intermarché situés dans les Alpes de Haute Provence, ceux de Peipin et Forcalquier, ont déréférencé les produits de Lactalis. Une affiche placée dans le rayon fromage indique que "Par solidarité pour nos agriculteurs, nous avons décidé d'interrompre les commandes du fournisseur Lactalis, Caprice des Dieux, Saint Agur, Coeur de Lion, Saint Morêt, Fol Epi, Boursault, Président, Lactel, la Laitière et Bridel - qui ne semble pas vouloir respecter les accords pris devant le ministre". Et de compter sur "votre solidarité avec le monde paysan", en s'adressant aux clients.Interrogé sur le manque à gagner, Alain Le Caer, directeur de magasin, à Forcalquier a précisé que l'initiative entraînait une perte d'argent "car Lactalis est un grand groupe et se priver de ses produits, ce n'est pas rien. Mais pour l'heure, l'enseigne Intermarché n'est pas intervenue. Nous régissons notre magasin de manière indépendante : cette initiative, c'est notre choix.".

Au niveau national, la Fédération nationale des producteurs laitiers (FNPL) présidée par Thierry Roquefeuil, accuse également Lactalis et Savencia de ne pas acheter au prix souhaité."Certaines entreprises ont fait savoir qu’elles revaloriseraient le prix du lait des livraisons d’août à hauteur de 340 euros/1000 litres comme ; Sodiaal, Eurial, Alsace Lait, Triballat, les Maîtres laitiers du Cotentin, la laiterie Saint Père, Saint Denis de l’Hôtel. D’autres transformateurs seront environ au niveau d’objectif de 340 euros/1000 litres de revalorisation du prix du lait comme Danone, Bel ou Sénagral. Reste le cas de Savencia et de Lactalis qui sont en négociation avec les OP notamment sur l’impact de l’accord du 24 juillet et le niveau de revalorisation du prix du lait pour cette fin d’année. A ce jour, aucun consensus n’a été trouvé avec ces deux entreprises".

 
Lactalis porte plainte
 
Du coup, Lactalis vient de porter plainte contre la FNPL et la FNSEA  Dans un communiqué, le  groupe laitier rappelle que, lors de la réunion du 24 juillet au ministère de l'Agriculture, « aucun accord de prix n'a été discuté. Le prix de 340 € les 1 000 litres annoncé par la FNSEA et la FNPL n'est qu'une déclaration trompeuse à l'égard des producteurs laitiers". Cependant,  « le fruit des hausses acceptées par ses clients sera intégralement affecté au prix du lait payé aux producteurs. C'est ce qui a été fait dès les règlements des livraisons de lait d'août». La réunion du 24 juillet avec Stéphane Le Foll n'a effectivement pas déterminé un prix de base. C'est strictement interdit par la loi : il s'agirait d'une entente... Mais il faut bien avouer qu'en l'occurrence, tout le monde joue sur les mots, puisque les enseignes et les transformateurs s'étaient engagés sur les fameux 340 euros la tonne...
 
La semaine dernière, la FNPL dénonçait aussi l'enseigne Casino. "Parmi les grandes surfaces, seule l'enseigne Casino ne joue toujours pas le jeu de la revalorisation des prix, mais on ne laissera pas Casino démolir ce qui commence à aller dans le bon sens, avait déclaré Thierry Roquefeuil. Depuis 6 mois Casino nous assure vouloir d’approvisionner en lait Français mais la réalité est moins glorieuse selon les magasins". Pour ajouter à la confusion, la FNPL fait également des reproches aux coopératives. Certaines indiquent vouloir respecter les prix de base, mais non pas en payant immédiatement les producteurs au prix souhaité, mais en reportant la différence au moment des ristournes de fin d'année... Difficile, devant une telle complexité, de s'y retrouver... 

 

 

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