Laurent Fabius,ministre de l'Économie, des Finances et de l'Industrie : « Les attentats peuvent être lourds de conséquences »

Twitter Facebook Linkedin Google + Email Imprimer

Alors que le climat économique s'est assombri, Laurent Fabius appelle les ménages « à garder leur sang-froid ». Il rappelle les mesures d'allégement d'impôts prises pour soutenir la consommation. Faute de préalimentation des commerçants en euros, il souhaite que les banques tiennent leurs guichets ouverts dès le 1er janvier.

LSA : Les attentats terroristes aux États-Unis, les plans sociaux de retour et le moral des ménages qui se dégrade, tous les éléments ne sont-ils pas réunis pour une réduction des dépenses des ménages ?

L'économie mondiale avait subi au premier semestre un choc économique sérieux et la France résistait mieux que d'autres. Le dynamisme de notre économie s'expliquait notamment par le retour à des prix plus sages et par les gains de pouvoir d'achat qui en résultent, renforcés par les baisses d'impôts et les allocations dont bénéficient les ménages au début de cet automne. Plus de 1,3 milliard d'euros pour la Prime pour l'emploi ; 1,4 milliard d'euros pour l'Allocation de rentrée scolaire ; plus de 3,5 milliards d'euros de baisse d'impôts sur le revenu, soit au total plus de 6 milliards d'euros réinjectés dans le pouvoir d'achat. Dans ce contexte est effectivement intervenue l'épouvantable série d'attentats terroristes du 11 septembre aux États-Unis. Il est évidemment trop tôt pour en mesurer toutes les conséquences. Sur le plan économique, celles-ci peuvent être lourdes. Cela augmente, il faut le reconnaître, les risques économiques. Les ménages doivent garder leur sang-froid et, je l'espère, leur détermination à préparer positivement l'avenir.

LSA : On parle beaucoup de la hausse des prix des produitsde grande consommation. Craignez-vous une flambée des prix dans les mois qui viennent ?

Il faut distinguer deux comportements. D'un côté, il y a les ajustements de prix traditionnels comme chaque année ; ils peuvent être sensibles sur une marque ou sur un produit, comme on le voit dans les enquêtes publiées par la DGCCRF. Cette année, ils ont semblé un peu plus concentrés sur l'été. Mais ces ajustements ne débouchent par sur une flambée des prix. Au contraire, quand on appréhende le mouvement d'ensemble, on constate que les prix sont sages. L'inflation en France est la plus faible de la zone euro. D'un autre côté, il y a certains euro-tricheurs qui profitent du passage à l'euro pour revoir leur grille de prix à la hausse. Ils ne pèsent guère sur l'évolution d'ensemble et sont surveillés par les services administratifs, mais ils font du mal à l'euro, à la consommation et finalement à eux-mêmes.

LSA : Pour faciliter l'introduction de l'euro, les commerçants souhaitent une préalimentation de billets en euro bien avant le 1er janvier. Ils ne sont pas entendus. La BCE la leur refuse. Est-ce votre propre position ?

Sur le projet de préalimentation, la réalité est que les commerçants ne sont pas unanimes. Certaines organisations commerçantes souhaitent que les consommateurs puissent se procurer les billets avant le 1er janvier prochain afin de réduire la charge du rendu de monnaie. D'autres insistent sur le fait que les derniers jours de l'année sont ceux pendant lesquels la circulation monétaire est la plus importante, et demandent que les distributeurs automatiques continuent à n'approvisionner qu'en francs. Mon opinion est celle de l'efficacité. Si on refuse de fournir des billets en euros avant le 1er janvier, il faut alors éviter les guichets fermés en raison des jours fériés ou en tout cas avoir la certitude que la quasi-totalité des distributeurs de billets fourniront au 1er janvier des euros pour répondre à la demande.

LSA : Vous semblez faire confiance à la grande distribution pour maîtriser les prix et faciliter l'introduction de l'euro. Iriez-vous jusqu'à souhaiter plus de souplesse dans l'autorisation de créer des grandes surfaces et plus de liberté pour les horaires d'ouvertures et les ouvertures dominicales ?

La grande distribution peut effectivement jouer un rôle important dans la maîtrise des prix dès lors qu'elle fonctionne selon les règles d'une concurrence saine et loyale. L'équilibre entre les différentes formes de commerce est indispensable. Les Français y sont attachés et le gouvernement veille à son maintien. C'est avec cet objectif que doivent être examinées les dispositions concernant la création et l'ouverture des commerces. S'agissant des ouvertures, les préfets, qui président les commissions départementales d'urbanisme commercial ont instruction de surveiller la constitution de positions dominantes locales. En ce qui concerne les horaires d'ouverture, la souplesse et les conditions de vie des salariés sont déterminants dans les choix.

Propos recueillis par Sylvain Aubril

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 1737

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous

 
Suivre LSA Suivre LSA sur facebook Suivre LSA sur Linked In Suivre LSA sur twitter RSS LSA