Le bio gagne les spécialistes

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La première région d'agriculture voit émerger une filière bio centrée autour d'un réseau de 83 magasins spécialisés en pleine croissance. La grande distribution éprouve plus de difficultés sur ce marché.

Si l'agriculture bio ne représente, en Bretagne, que 1,6 % des surfaces cultivées, cette filière commence à se structurer comme le démontre une récente enquête de l'association Inter Bio Bretagne (IBB), financée par le conseil régional et l'État. D'après cette étude, la première réalisée en France à l'échelle d'une région, la Bretagne dispose aujourd'hui d'un réseau de 83 magasins spécialisés dans la vente de produits biologiques, contre une dizaine il y a quinze ans.

Loin d'être marginalisés, ces spécialistes assurent 53 % du chiffre d'affaires (évalué à 76 M EUR) du secteur dans la région contre 47 % pour la grande distribution et affichent des performances enviables. Les deux supérettes Biocoop de Rennes - le principal réseau breton du bio avec 25 boutiques - accueillent 350 clients par jour pour un panier moyen de 38,11 EUR. « Nous proposons 7 000 références dont 5 000 en alimentation, indique Pierre-Yves Ruan, l'un des responsables des magasins. Et notre chiffre d'affaires a progressé de 11 % en 2001 pour atteindre 4,7 M EUR. »

Pour fidéliser leur clientèle, les spécialistes bretons comme Jean-Yves Burgot s'inspirent des méthodes de la grande distribution. Cet ancien chef de rayon chez Carrefour a ouvert, il y a trois ans à Rennes, un magasin indépendant Azur Bio (420 m2, 5 000 références) avec des horaires d'ouverture très larges : de 9 h 30 à 19 h 30 du lundi au samedi.

Cette formule rencontre un franc succès puisque cette supérette, implantée dans le quartier très passant de la rue de Nantes et dotée de 30 places de stationnement en façade, affiche une croissance qui oscille chaque année entre 30 et 50 % ! Avec 4 salariés, ce magasin compte des paniers moyens qui varient de 22 à 30 EUR. Les 2 Biocoop rennais ont développé une carte d'adhérent déjà détenue par 9 000 personnes qui bénéficient d'une remise de 5 % sur l'ensemble de leurs achats.

Les méthodes d'approvisionnement des spécialistes du bio sont également en pleine évolution d'après Noëlle Petiteau, animatrice à Angers de l'ensemble du réseau Biocoop du Grand Ouest. Les magasins de l'enseigne utilisent une plate-forme de 4 000 m2, située à Melesse près de Rennes. Et le groupe possède 2 outils identiques dans le Sud-Est et le Sud-Ouest. Ces plates-formes régionales gèrent les stocks et sélectionnent leurs fournisseurs par le biais de commissions réunissant des directeurs de magasins, qui mettent l'accent sur la qualité des productions.

Une exigence que confirme Xavier Maréchal, président d'IBB et directeur de la Laiterie Le Gall (29,73 M EUR de CA), leader du beurre bio en France avec 3 300 tonnes vendues, dont 300 sous MDD Casino et Monoprix. Il est d'autant plus attentif au respect des chartes bio que ce créneau lui assure une progression des ventes de 25 % par an.

Sérieux efforts des GMS

Signe d'un engouement de plus en plus marqué pour les produits naturels, les points de vente spécialisés accueillent une clientèle très variée, qui va du militant écolo à la mère de famille en passant par les étudiants et les seniors. « Les récentes crises alimentaires ont encouragé des consommateurs, même ceux éloignés des thèses défendues par les écologistes, à faire leurs courses dans des magasins où ils ont l'assurance d'acheter des produits plus sains », observe Céline Girault, directrice de l'IBB.

D'après un sondage CSA réalisé en avril, 47 % des Français disent acheter régulièrement des produits naturels. Contre à peine 9 % il y a trois ans. Mais la part du bio reste encore minime et représente seulement 1 % de la consommation française des ménages, soit à peine le chiffre d'affaires cumulé de 5 hypermarchés.

De fait, la barrière des prix reste forte : les professionnels considèrent tous qu'ils sont 10 à 20 % plus chers que les commerçants qui proposent des produits issus de l'agriculture intensive. Et le bio, après l'engouement des débuts, a encore du mal a trouver sa place en grande distribution, pourtant pionnière au milieu des années 90. « Ce rayon est trop souvent mal identifié », note l'IBB.

En outre, selon Jean-Yves Burgot, les grandes enseignes ont du mal à se plier aux contraintes de cette filière : « Elles considèrent que les rotations des produits biologiques sont insuffisantes. Qui plus est, certains sont parfois impossibles à obtenir, notamment les fruits et les légumes lorsque ce n'est pas la saison. Une situation inadmissible pour les responsables de la grande distribution. »

Les grandes surfaces font cependant de sérieux efforts pour combler leur retard. Selon l'enquête de l'IBB, leur part de marché sur le bio est passée de 31 % en 1998 à 47 % aujourd'hui. La palme revenant sans conteste au groupe Monoprix (450 références bio dont 150 sous sa propre marque). Dans certains magasins, comme le Inno de Rennes, ces produits représentent jusqu'à 2 % du chiffre d'affaires total. « Le bio est entré dans les moeurs et fait désormais partie de la logique d'assortiment du groupe », explique René Boivent, directeur de l'hyper. L'enseigne doit prochainement référencer une trentaine de nouveaux produits frais.
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Article extrait
du magazine N° 1753

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