Le bio s’installe durablement
Le bio continue sur sa lancée avec des croissances toujours aussi insolentes. Désormais totalement ancré dans l’esprit des consommateurs, ce marché a atteint 5 milliards d’euros de chiffre d’affaires fin 2014. Mais si la demande augmente de plus en plus, la production agricole, en revanche, ne suit pas au même rythme. Autant de défis à relever.
Pourquoi l’engouement pour le bio est-il toujours aussi fort ?
- Le bio répond aux attentes de naturalité, de santé, de qualité et de confiance des Français et séduit une clientèle de plus en plus large, bien au-delà des puristes.
- Le secteur est porté par une offre de plus en plus large tant en GMS qu’en magasins spécialisés.
- Avec la concurrence et la montée en puissance des MDD, les prix des produits bio tendent à se rapprocher du conventionnel, ce qui renforce naturellement son attractivité.
Hausse du chômage, baisse du pouvoir d’achat, recul des marges des industriels, croissance flatte du PIB en France… Dans un contexte économique délicat, le marché du bio fait figure d’ovni. En effet, avec une croissance des ventes de 10% en 2014, à 5 Mrds €, ce segment a de quoi faire pâlir d’envie l’industrie conventionnelle. Car le bio séduit de plus en plus de consommateurs, et plus seulement les puristes. Pour preuve, les derniers chiffres du baromètre de l’Agence Bio de janvier 2015. Selon ce dernier, 90% des Français consomment du bio occasionnellement et 62% au moins une fois par mois. Mieux, ils ne sont plus que 12% à déclarer ne jamais en consommer, contre 25% en 2013 et 46% en 2003. « La fréquence d’achat et le panier moyen se développent. Le bio est un secteur en perpétuel mouvement qui séduit de nouveaux consommateurs », indique Élisabeth Mercier, directrice de l’Agence Bio. Un intérêt croissant pour ce secteur qui va de pair avec la diversification des canaux de distribution. D’ailleurs, nombreux sont les consommateurs à fréquenter plusieurs réseaux : 80% achètent des produits bio en GMS (près de la moitié des ventes du bio), 25% dans les magasins spécialisés (environ 1/3 des ventes), 29% sur les marchés, 20% à la ferme et 18% chez les artisans commerçants.
Cause ou conséquence, l’offre se multiplie en parallèle. Si la crémerie (ultrafrais, beurre-œufs-lait et fromage) reste la catégorie du bio la plus importante en GMS avec un chiffre d’affaires de 769,8 M€, à + 6,6% en valeur (CAM fin février 2015, IRI), les autres segments se développent fortement, à l’instar des produits apéritifs (+ 22,6%), de la boucherie LS (+ 17,6%) ou des conserves de légumes (+ 13,6%).
Pourtant, un frein se dessine : la production ne suit pas aussi vite que la demande. En effet, la consommation est en hausse de 9% quand les surfaces de production biologique n’augmentent que de 4% en 2014. « Aujourd’hui, ce sont l’équivalent de 100 000 hectares bio qui sont cultivés en France pour Biocoop. Et nous aurions besoin de 8 000 hectares supplémentaires pour couvrir l’ensemble de nos besoins », indique Claude Gruffat, président de Biocoop. Engager les conversions est donc essentiel pour garantir un avenir certain et florissant à la filière.
Bio : Un secteur porteur… qui doit penser à l’avenir
Des défis à relever d’autant plus cruciaux que le bio apparaît comme un secteur porteur de croissance dans les prochaines années pour l’industrie agroalimentaire mais, aussi, plus globalement pour l’économie française. En 2013, la transformation bio représentait en effet près de 3 Mrds € (+ 14%), soit 2% de l’agroalimentaire. « Ce segment est créateur de richesse pour la France. Alors que l’emploi a reculé de 1% sur l’ensemble de l’industrie agroalimentaire, il progresse de 3% chez les entreprises transformatrices du bio », explique Nicolas Bouzou, économiste et fondateur d’Asterès, une société d’analyse économique et de conseil, qui a réalisé une étude sur le secteur de la transformation des produits bio pour Natexbio. Preuve que ce segment est en pleine croissance et s’ouvre à de nouveaux acteurs, les capitaux propres des entreprises bio sont en hausse régulière depuis 2005.
Des données encourageantes qui doivent pousser les professionnels du bio à penser à l’avenir. Notamment à l’exportation, les ventes hors de France ne représentant que 7% de la production bio total contre 28% pour l’ensemble de l’industrie agroalimentaire. Car qui dit bio ne signifie pas consommation uniquement locale. « La France se coupe de nombreux débouchés. Nous devons nous mettre sur les rangs pour profiter du potentiel à l’international avant que la concurrence soit trop forte ; l’Espagne et le Portugal étant déjà très tournés vers l’export », alerte Nicolas Bouzou.
Le bio se trouve ainsi confronter à deux défis de taille : augmenter la production afin de satisfaire la demande et développer l’export. Au risque d’être victime de son succès.
Bio : l'avis de L'expert
"Le bio est créateur de richesse et porteur d’emploi"
2 questions à Nicolas Bouzou, économiste et fondateur d’Asterès,société d’analyse économique et de conseil :
LSA - Vous avez mené une étude pour Natexbio sur les entreprises transformatrices de bio en France. Quel est leur potentiel ?
Nicolas Bouzou - Dans le contexte actuel, ces entreprises enregistrent des résultats excellents avec une hausse de leur chiffre d’affaires de 14 % en 2013, à 2,86 Mrds € en sortie de production. Une belle performance comparée au PIB de la France (+ 0,4 %). Ce secteur est créateur de richesse avec des recrutements, de l’innovation et des investissements.
LSA - Quels sont les défis à relever pour ces transformateurs ?
N. B. - Aujourd’hui, la demande de consommation du bio est plus importante que l’évolution de la production. Il est donc nécessaire de trouver de nouveaux investissements pour développer ces activités. Par ailleurs, ces entreprises doivent préparer l’avenir et trouver des nouveaux débouchés. L’exportation est un levier à activer.
Marché du Bio : tous les chiffres
Une croissance continue depuis dix ans
Chiffre d’affaires 2014 (M€) du bio pour les GSA et la distribution spécialisée, et comparaison sur le total des circuits de distribution
Après des croissances exponentielles dans le début des années 2000, la progression du bio ralentit mais reste solide. Le marché devrait atteindre 5 milliards d’euros en 2014 (y compris la rHD).
Source : Agence Bio
De plus en plus de fans
6 Français sur 10 en consomment régulièrement…
La démocratisation du bio est en marche et touche désormais une large tranche de la population. ils ne sont d’ailleurs plus que 12% à ne jamais en consommer, contre 25% en 2013. Et ce n’est pas fini. selon le sondage, 92% des consommateurs souhaitent maintenir ou augmenter leur consommation de produits bio dans les six prochains mois.
… et les jugent bons pour l’environnement et la santé
- 87% des Français estiment que le bio est bon pour l’environnement, dont 31% tout à fait d’accord
- 87% également qu’il est bénéfique à la santé, dont 25% tout à fait d’accord
- 84% d’entre eux jugent que les produits bio ont du goût (22% tout à fait d’accord)
Les fruits et légumes en tête des achats Le top 10 des produits bio les plus consommés (%)
Si les fruits et légumes bio occupent la première place des produits les plus consommés, le total oeufs-lait-fromages fait de la crémerie la catégorie la plus importante.
La GMS, lieu incontournable
Où achetez-vous principalement ces produits biologiques (cité au moins une fois, en %)
Profitant du sacro-saint principe du « tout-sous-le-même-toit », les hypers et supermarchés, qui ont par ailleurs élargi leur offre, reste le premier circuit pour les achats de produits bio. suivent le marché et les spécialistes du bio, de plus en plus offensifs.
Source : Agence Bio
Les familles gagnantes en GMS
- 2,16 milliards d’euros : le chiffre d’affaires total du bio tous circuits (CAM à fin février 2015), + 6,8% (vs même période 2014)
Le frais, secteur leader et historique
Chiffre d’affaires du frais bio selon les familles de produits (%) en CAM à fin février 2015, évolution vs même période 2014
Emmené historiquement par la crémerie, le frais reste le secteur numéro un en cA sur le bio. Un poids lourd qui se porte toujours très bien en valeur comme en volume (+5,9%). Dans les tops valeur, la boucherie (+17,6%), la saurisserie (+12,6%) et la charcuterie (+11,7%).
L’épicerie, l’autre rayon moteur
Chiffre d’affaires de l’épicerie bio selon les familles de produits (%) en CAM à fin février 2015, évolution vs même période 2014
Si l’épicerie bio ne pèse qu’à peine 3% du total du secteur, elle se révèle dynamique tant du côté du salé que du sucré. Les produits apéritifs (+ 22,6%), les conserves de légumes (+ 13,6%) et la panification sèche (+ 12,2%), ressortent comme les plus fortes croissances.
Source : IRI tous circuits
Les 8 catégories gagnantes
Source : IRI en CAM à fin février 2015 tous circuits et évolution vs 2014
Lait longue conservation 228,6 M€
- Chiffre d’affaires + 6,4%
- Volume + 3,7% (95 370 unités vendues)
Œufs 201,5 M€
- Chiffre d’affaires + 4,5%
- Volume + 5,2% (83 239 unités vendues)
Jus de fruits 116,2 M€
- Chiffre d’affaires + 6,8%
- Volume + 6,6% (52 744 unités vendues)
Yaourts 86,3 M€
- Chiffre d’affaires + 5,3%
- Volume + 4,9% (52 779 unités vendues)
Huiles
- 71,4 M€ Chiffre d’affaires + 12,7%
- Volume + 13% (16 040 unités vendues)
Boissons et crèmes végétales 69,7 M€
- Chiffre d’affaires + 15,4%
- Volume + 16,8% (38 593 unités vendues)
Beurres 45,6 M€
- Chiffre d’affaires + 6,1%
- Volume + 5,4% (22 802 unités vendues)
Cafés torréfiés 42,5 M€
- Chiffre d’affaires -0,1%
- Volume -1,2% (13 330 unités vendues)
La transformation au beau fixe
- 2,86 Mds € : le chiffre d’affaires de la transformation bio (sortie usine) en 2013, à + 14% vs 2012
- +3% : l’évolution des effectifs de la transformation bio en 2013 vs 2012
- 2,8% : la marge nette des entreprises de la transformation bio
La filière bio est un foyer de développement économique. La croissance de la transformation de produits bio est en hausse de 14%, comparée au 2% de l’industrie agroalimentaire. Profitant de ce cycle vertueux, ces groupes recrutent et innovent en masse.
Source : Asteres/agence bio
Une marge en baisse
Marges (%) réalisées par les entreprises de transformation bio
Depuis 2009, la marge des industriels bio est en baisse, pour atteindre 2,8% en 2013. En cause, selon Asteres, le renforcement de la concurrence entre les transformateurs et le pouvoir de négociation renforcé des réseaux de distribution.
Source : Asteres à partir des comptes déposés aux tribunaux de commerce
Des exportations à développer
Comparaison (%) des chiffres d’affaires à l’export réalisé en 2012 des produits certifiés bio et non bio
En 2013, les transformateurs de produits bio exportaient 7% de leur production. Un faible taux étant donné l’importante demande nationale. Les boissons sont le secteur d’activités qui exporte le plus (16%).
Source : Asterès à partir des comptes déposés aux tribunaux de commerce, et Insee
7%
Le taux d’exportation 2013 de la production bio, contre 28% dans l’industrie agro
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