Marchés

Le bio, un atout anticrise pour les produits bretons

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De plus en plus de fermes bretonnes évoluent vers le bio. Une tendance qui exprime la recherche d’un modèle de développement plus axé sur la qualité et la valorisation que sur les volumes.

Lift gamme bio - vues3D

«Le nombre de dépôts de projets de conversion vers l’agriculture biologique n’a jamais été aussi élevé », remarque Goulven Oillic, chargé d’études pour la coordination des filières au sein de l’IBB (Initiative Bio Bretagne)– réseau d’acteurs (entreprises, associations…), dont la vocation est de travailler au développement des filières biologiques en Bretagne. Principale raison de ce dynamisme : « les crises agricoles actuelles, bien sûr », affirme le chargé d’études. Pour lui, mêmes si les motivations des agriculteurs sont nombreuses, « le raisonnement économique domine. Pour ne prendre que l’exemple du lait de vache, l’écart actuel entre le prix du conventionnel et celui du biologique est de plus de 100 € pour 1 000 litres. Un écart qui incite à quelques remises en cause… » Ce dynamisme constitue une bonne nouvelle pour l’association, mais réclame néanmoins l’anticipation de quelques risques importants : « C’est une chose d’inciter et d’aider les agriculteurs à évoluer vers le bio. C’en est une autre que d’essayer de leur garantir de bonnes conditions de commercialisation lorsque le projet aura été mené à bien, soit en général deux ans après le début du processus », note Goulven Oillic. Une remarque qui pose peut-être le défi principal de l’agriculture biologique bretonne, soit la construction ou le développement des filières industrielles, logistiques et commerciales pérennes.

Soutenu par l’agriculture conventionnelle

De fait, même du côté du lait et des légumes ­– les deux filières les plus développées sur le sol breton –, « le bio n’existe encore le plus souvent que grâce à l’agriculture conventionnelle qui, grâce à ses volumes, permet à de nombreuses structures, à commencer par les coopératives, de vivre et de se développer », affirme un industriel. « Le bio est une tendance porteuse pour la quasi-totalité des filières agroalimentaires. Mais l’on oublie trop souvent qu’il ne s’agit encore que d’une niche, que les conversions sont difficiles, que l’adaptation et l’approvisionnement des outils industriels ne sont pas toujours simples, que la concurrence est souvent déjà rude avec beaucoup de nos partenaires européens… et enfin que le consommateur de bio a lui aussi évolué, poursuit notre industriel. La présence du logo AB sur le packaging ne garantit plus le succès comme cela a pu être le cas par le passé. » Il souligne aussi, notamment sur l’ultrafrais, une demande croissante pour des produits de plus en plus élaborés… et bons. Une évolution qui oblige à l’innovation et aux investissements marketing. Un scénario en grande partie encore à écrire, et qui ne sera probablement pas toujours facile à prendre en compte par le tissu industriel régional, en grande majorité constitué de PME.

Ainsi, pour accompagner l’expansion du « bio », il s’agit de trouver le bon équilibre entre le conventionnel et le biologique. Un équilibre que Prince de Bretagne semble avoir atteint. La marque, déposée en 1970 et exploitée par plusieurs coopératives, gère une montée en puissance progressive de sa production bio, qui représente 16 000 tonnes (4 000 tonnes en 2005), soit 4% des volumes. Cet équilibre prend même la forme d’une bonne cohabitation, car c’est cette seule et même marque qui accueille le bio et le conventionnel, sans poser des problèmes de crédibilité à l’une ou l’autre des productions. « Rien n’est facile, mais nous sommes parvenus, pour l’instant en tout cas, à accompagner la croissance du marché bio. Tant du coté de la grande distribution que des circuits spécialisés, des industries de transformation et de l’export qui absorbe, à lui seul, la moitié des volumes bio. Il faut consolider et développer tous ces canaux », indique Jean-Jacques Le Bris, président de la section bio du Cerafel, l’association d’organisations de producteurs de légumes, fruits et horticulture qui exploite Prince de Bretagne.

Concurrence européenne

Autre illustration de cette évolution vers un modèle de développement agricole plus orienté vers la valorisation des produits, Savéol. Grande spécialiste de la tomate, la coopérative bretonne est pourtant absente du bio. On ne peut pas lui reprocher de ne pas avoir essayé. Mais, « la lecture française du cahier des charges de l’agriculture bio nous place dans une situation intenable par rapport à certains de nos concurrents européens qui, eux, bénéficient d’une lecture plus accommodante, notamment en ce qui concerne l’alternance des productions ou le réchauffage des serres pour éviter une humidité excessive », affirme Pierre-Yves Jestin, président de Savéol. « Cela ne nous empêche pas de mettre en œuvre une stratégie fondée sur la qualité des produits et le développement durable », poursuit-il. Parmi ses initiatives les plus remarquables : l’élevage d’insectes auxiliaires pour lutter contre les parasites et limiter ainsi les traitements chimiques. « L’absence du logo AB sur nos packagings ne nous empêche pas de revendiquer une exigence qualitative forte », conclut Pierre-Yves Jestin, promoteur de la tomate Cerise Rubis, détentrice du label Gault & Millau.

Terrine Complète En dessert Deux versions

Le foie, le gras et la viande de porc sont bio, tout comme le blanc d’oeuf, l’oignon, l’amidon de manioc, le sel, l’ail et le poivre qui complètent la recette de cette terrine de Hénaff.

La laiterie Malo ne souhaite pas tourner le dos au lait conventionnel. Elle développe néanmoins une offre bio, depuis quelques années avec des yaourts du fromage frais et des flans à la vanille

« Il n’y a pas de bons produits laitiers sans bon lait. Qu’il soit bio ou conventionnel…», selon Le Gall. Née à Quimper en 1923, la PME propose beurre, lait, crème fraîche et fromage frais. Chacun de ces produits en version bio et conventionnelle.

Spécialiste Tomates nomades Mise en avant

Grandeur Nature est la marque de Le Gall dédiée aux enseignes spécialistes du bio. Née en 1992, elle propose des produits laitiers, mais aussi des plats cuisinés, de l’alimentation infantile, des potages…

Dernière innovation de Savéol: des minitomates (coeurs de pigeon) déjà lavées dans une petite barquette (90 g). Un produit snacking, dont le lancement sera soutenu par de l’échantillonnage et une campagne de communication web et presse féminine.

Prince de Bretagne, leader du légume bio breton, veut une meilleure mise en avant de son offre en GMS. Via l’intermédiaire de kits PLV qui proposent fiches recettes, meuble de théâtralisation, stops-rayon…

Les défis

  • Créer ou consolider des filières industrielles et commerciales pérennes.
  • Diversifier des productions aujourd’hui dominées par le lait de vache et les légumes.
  • Affirmer un positionnement qualitatif.

Les chiffres

  • 5,5% : le pourcentage de la surface agricole bretonne exploitée en mode bio en 2015. Soit environ 70 000 hectares.
  • Plus de 2 000 fermes bio en Bretagne, contre 915 en 2004
Source : Fédération régionale des agrobiologistes de Bretagne (FRAB)
  • 7e région française en nombre de fermes bio, la Bretagne connaît un rythme de conversion assez rapide.

"Les agricultures conventionnelle et bio se complètent beaucoup plus qu’elles ne s’opposent. Les deux peuvent supporter et nourrir une démarche qualitative".

Jean-Jacques Le Bris, président de la section bio du Cerafel

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