Le bisphénol, vrai-faux banni des tickets de caisse

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Les enseignes qui ont éliminé le bisphénol A de leurs tickets se tournent vers le bisphénol S, encore trop peu étudié. Les solutions sans ces perturbateurs endocriniens paraissent trop incertaines ou onéreuses.

«Papier garanti sans bisphénol A .» Le message est inscrit depuis plusieurs mois au dos des tickets de caisse Picard, Carrefour, Système U ou Casino. Ces enseignes affichent ainsi leur choix, délibéré et non imposé par la loi, de bannir ce perturbateur endocrinien des papiers thermiques utilisés pour les terminaux d'impression, où il fait office de révélateur de la coloration.

Ces décisions faisaient notamment suite à une étude du centre de l'Institut national de recherche agronomique (Inra) de Toulouse (31). En octobre 2010, ces chercheurs tendaient à prouver que le bisphénol A (BPA) était susceptible de migrer dans l'organisme par le simple toucher. Ce qui placerait les hôtes de caisse, qui manipulent chaque jour des centaines de tickets et de reçus de cartes bancaires, en première ligne.

Problème : ces papiers d'impression sans BPA renferment désormais, dans la plupart des cas, du bisphénol S (BPS), aux effets encore peu mesurés par des études scientifiques, au contraire du BPA, déjà interdit pour les biberons, par exemple

Le chiffre

+ 50 % : Le surcoût minimal de fabrication d'un papier sans bisphénol, par rapport au papier thermique contenant du bisphénol

Source : industriels

Une polémique inattendue

C'est le député Gérard Bapt (PS), président du groupe d'études sur la santé environnementale de l'Assemblée nationale, qui avait alerté les enseignes sur le BPS, en août 2011. Une polémique inattendue pour les distributeurs français : outre-Atlantique, les tickets au BPS de Wal-Mart ou Home Depot ne semblent pas éveiller de craintes. De plus, les papiers thermiques sans BPA coûtent plus cher, sous l'effet conjugué d'une demande soudaine et d'une technologie plus onéreuse.

Le débat fournit néanmoins aux commerçants l'occasion de faire connaître leurs arguments en faveur de leur choix. « Le BPS est la seule solution alternative proposée à date sur le marché européen par les fournisseurs de papier pour répondre à la réglementation sur la durée de vie des tickets de caisse », précise-t-on ainsi chez Carrefour.

D'autre part, cette substance serait moins nocive que le BPA, fait-on valoir chez Casino : « Il existe peu d'études scientifiques pour le moment, mais la perturbation endocrinienne serait moindre qu'avec le BPA, ce qui justifie notre position actuelle. » Même analyse chez Carrefour, qui rappelle que « c'est la fréquence d'exposition au bisphénol qui renforce sa toxicité. Or, le BPS, utilisé dans les colles ou les anticorrosifs, est très peu présent dans notre vie quotidienne, contrairement au BPA ».

En tout cas, les enseignes se disent ouvertes aux alternatives qui pourraient bientôt arriver sous forme de papier sans bisphénol A ou S. « La solution semble pertinente, même si ce type de papier est plus compliqué à découper par les industriels, et qu'il coûte 50 % plus cher que le papier au BPS, déjà plus onéreux que celui au BPA », confie un spécialiste du ticket de caisse qui opère en France.

Les acteurs attendent désormais exemples et études pour, éventuellement, adopter ce type de solutions.

Le bisphénol A fait toujours plus débat

  • Le bisphénol A (BPA), un perturbateur endocrinien entraînant des risques supposés sur la fertilité, est un composant très utilisé dans la fabrication industrielle et fortement présent dans le quotidien du public, à l'intérieur des boîtes de conserve ou des canettes de boisson, par exemple. Le BPA pouvant migrer de ces matières vers l'aliment, les autorités sanitaires ont défini une dose journalière acceptable de 0,05 mg/kg de poids corporel. Ce qui a conduit à son interdiction, par exemple, pour les biberons. Le débat est en cours sur les emballages alimentaires. En Belgique, une proposition de loi pour interdire le BPA dans les tickets de caisse et reçus de CB a été déposée en mai 2011.

 

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Article extrait
du magazine N° 2217

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