Le Bitcoin a-t-il un réel intérêt pour le e-commerce ?

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Alors que l’on présente souvent le Bitcoin comme la monnaie du futur, les sites de vente restent pour l’heure assez frileux à adopter ce mode de paiement. Ont-ils raison ?

bitcoin

 

Soyons honnête, le Bitcoin aurait tendance à nous faire penser à Second Life (vous vous souvenez peut-être encore de cet univers virtuel en 3D sur lequel toutes les marques se devaient d’être aux alentours des années 2005-2006...). A savoir un fantasme un peu sur-médiatisé qui ne concerne au final qu’une poignée de geeks. De quoi s’agit-il en fait? D’une monnaie virtuelle (pas de pièces ni de billets) et décentralisée (elle n’appartient à aucun Etat et est générée par n’importe quel ordinateur connecté au réseau Bitcoin et qui devient alors ce qu’on appelle un "mineur").

Créé en 2009 par un ex-physicien américain d’origine japonaise, le Bitcoin permet de payer toute sorte d’achats effectués en ligne (du moins pour les vendeurs qui l’acceptent). L’avantage: du fait de son système décentralisé (qui rappelle le peer-to-peer en musique), le Bitcoin permet d’effectuer des achats et des virements en temps réel (sans passer par une chambre de compensation bancaire) et ce sans frais car aucun intermédiaire ne touche de commission. C’est de fait une sorte de monnaie liquide absolue qui peut qui plus est être convertie dans n’importe quelle autre "vraie" monnaie.

Voilà pour la définition. Venons en à la polémique. Ce qui fait tant parler du Bitcoin c’est évidemment sa valeur. En décembre dernier, la Banque de France est sortie de sa réserve pour mettre en garde contre cette "monnaie hautement spéculative" qui pourrait représenter "un risque certain". Pourquoi une telle mise en garde? Car la volatilité du Bitcoin est très grande. Elle peut varier du simple au double en quelques jours. Coté aujourd’hui (vendredi 14 mars) 441 euros, le Bitcoin en valait le double en décembre dernier et ce après avoir quintuplé en un mois seulement... Qui décide de la valeur du Bitcoin? Comme pour n’importe quelle matière première c’est la loi de l’offre et de la demande. Et comme la monnaie suscite beaucoup de fantasmes (aussi bien positifs que négatifs), son cour est sujet à d’impressionnants soubresauts. Et la comparaison avec les matières premières ne s’arrête pas là. Comme elles, les Bitcoins sont une ressource qui s’épuise. Si leur montant total est aujourd’hui de 12 millions, elle ne pourra excéder 21 millions. "C'est un peu comme une matière première, dont la source se tarit peu à peu", commente au Monde Pierre Noizat, cofondateur de Paymium, une start-up spécialisée sur devise électronique

On l'a compris le Bitcoin intéresse beaucoup les financiers et spéculateurs de tous bords. Mais les commerçants (et principalement les e-commerçants) ont-ils un intérêt à accepter le paiement en Bitcoin? 

 

Peu de sites l'acceptent

 

 

 

Avant de tenter d’y répondre, un petit tour sur le site Bitcoin.fr permet de faire un état des lieux sur les sites qui acceptent d’être payés en monnaie virtuelle. Premier constat: ils ne sont pas très nombreux, pas plus d’une cinquantaine dans le commerce. Et ce sont principalement des sites qui intéressent les technophiles (matériel informatique, téléphonie, impression 3D, matériel de minage pour produire vos propres Bitcoins...). Quelques sites de textiles et accessoires et une pincée de sites alimentaires très spécialisés comme celui-ci qui commercialise du rhum arrangé. Peu de sites donc et pour la plupart très confidentiels. On est loin de l’emballement médiatique. 

Pourquoi y aller malgré tout? Patrick Ferrer, patron du site strasbourgeois de matériel informatique Achatnet.pro souligne deux avantages: la sécurité et les coûts réduits. C’est ce qu’il expliquait il y a peu au site Rue89

"Bitcoin est plus sécurisé que les paiements par cartes bancaires. On a eu régulièrement des paiements annulés alors que les produits commandés avaient déjà été envoyés, sans parler des faux numéros, etc. Avec Bitcoin, c’est impossible… Les transactions s’effectuent en quelques millièmes de secondes et impossible de revenir en arrière. Un intermédiaire, Bitpay, réalise la conversion en euro et ce sont eux qui nous paient au final. Cette opération nous est facturée que 0,99% de commission, soit bien moins que ce que nous réclament Visa ou Mastercard !"

Les organismes de crédit classiques facturent le transfert de 1,5 à 7% de la somme payée par le client. Or, sur ces secteur de l’informatique où chaque point de marge est bon à prendre, pourquoi se priver d’une telle économie? 

Pour les commerçants, le Bitcoin a donc l’avantage d’être de l’argent... moins cher.

 

Pas de client, pas d'intérêt

Voilà pour l’argument "pour". Le "contre" peut se résumer en une seule phrase: "quel intérêt pour le client?" Après tout, si le Bitcoin n’intéresse personne, pourquoi s’embêter à proposer le service? C’est peut-être là que le bât blesse. Outre le fait que la valeur du Bitcoin soit soumise à d’importante fluctuations, les avantages de cette monnaie virtuelle ne seraient pas si manifestes pour le client final. Dans une intéressante tribune, un e-commerçant britannique, Philip Rooke, patron du site de vente de T-shirts Spreadshirt, démonte un à un les arguments avancés par les promoteurs du Bitcoin:

- Une monnaie plus sûre (en théorie le paiement n’est validé que si tous les émetteurs de Bitcoins valident le paiement): les clients sont relativement satisfaits par les outils de sécurisation actuel comme Paypal. Et s’ils doutent, ils préfèrent changer de site plutôt que de monnaie...

- Pas de fraude: là encore les outils actuels des banques protègent déjà le client (validation du paiement par code SMS, assurance...). Au pire, ils peuvent toujours aller en justice alors qu’en cas de vol de Bitcoins, aucun recours n’est possible aujourd’hui.

 - Un coût réduit: le coût d’une transaction est supporté par le site marchand qui ne le fait quasiment jamais supporter par le client. Les sites qui acceptent les Bitcoins proposent bien des tarifs réduits. Suffisant pour susciter une migration? Pas certain.

- Plus simple d’utilisation: devoir convertir en permanence ses euros en Bitcoins lorsqu’on effectue un achat, qui plus est dans une monnaie dont le cour varie énormément... Difficile de trouver cela "plus simple"...

- Plus rapide: là encore la vitesse du transfert d’argent, le client final n’en a cure. Ce qui l’intéresse c’est le délai de livraison pas le moment où le site touchera effectivement l’argent versé. 

Au final le Bitcoin semble effectivement être une alternative intéressante pour les commerçants... mais pas pour les clients. Or, résume Philip Rooke "si le Bitcoin ne concerne par le marché de masse, alors il est peu utile aux plateformes e-commerce." Vox populi, vox Dei...

3 commentaires

Dreamon

17/03/2014 16h51 - Dreamon

La comparaison avec Second Life est completement ridicule et reductrice, il semble que le journaliste n'a rien compris au bitcoin ou alors cet article est sponsorisé par le lobby bancaire ?

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FrédéricBianchi

17/03/2014 16h40 - FrédéricBianchi

@Boussac Bonjour, loin de nous d'affirmer que la carte bancaire est l'alpha et l'oméga des moyens des paiements. En témoigne le succès des sites de paiement sécurisés comme Paypal. En revanche, il ne nous semble pas qu'il y ait une engouement débordant de la population pour une "monnaie" alternative telle que le bitcoin. Du moins aujourd'hui...
Quant à la "comparaison" avec Second Life, elle concernait l'aspect médiatique. Evidemment que ce n'est pas la même chose...

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Boussac

17/03/2014 15h59 - Boussac

A lire cet article, on peut croire qu'on va utiliser exclusivement la carte bancaire pour les 300 ans à venir car tout nouveau moyen de paiement commence avec peu de porteurs. La presse francophone fait la part belle au statu quo: il faut que rien ne change; la comparaison avec Second Life qui était un système privatif contrairement à Bitcoin qui est un logiciel libre montre une compréhension bien superficielle de cette innovation.

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