Le Blu-ray prend l'avantage grâce au studio Warner

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ENQUêTE - Dans la guerre de positions entre les deux formats de haute définition, Warner vient de trancher en choisissant d'abandonner le format HD DVD de Toshiba au profit de son concurrent, le Blu-ray de Sony. Beaucoup considèrent déjà que la guerre des standards vient de s'achever.

« Si le patron de Warner Home Video cherche un nouveau job à Hollywood, il pourra toujours faire scénariste, car il s'y connaît en coups de théâtre... » La réaction de cet industriel tout juste de retour du salon américain Consumer Electronic Show (CES), grand-messe annuelle de l'électronique grand public qui s'est tenu du 7 au 10 janvier à Las Vegas, en dit long sur la surprise avec laquelle les professionnels ont accueilli l'annonce que l'éditeur y a faite : il cessera de publier ses DVD haute définition au format HD DVD à partir de mai 2008. Jusqu'à présent, Warner éditait ses DVD dans les deux formats. En prenant cette décision, cette major de l'édition vidéo a pris tout le monde de court, à commencer par Toshiba, qui est le principal promoteur du format HD DVD...

 

Lever l'incertitude pour les consommateurs

Force est de constater que le coup asséné par la Warner est rude. Très rude, même. De la même façon qu'une console de jeu ne vaut que par le nombre et la qualité des jeux qu'elle permet d'exploiter, un format de lecteur de DVD ne compte que par les titres qu'il est capable de lire. Or, le catalogue de la Warner est numéro un aux États-Unis, avec plus de 20 % du marché. À ce pourcentage, il faut ajouter les poids respectifs de la Fox, de Sony Pictures et de Walt Disney, les trois autres majors qui soutiennent le Blu-ray. En face, le HD DVD ne peut plus compter que sur Paramount et Universal. Mais pour combien de temps encore ? Certes, la rumeur selon laquelle Paramount s'apprête à son tour à abandonner le format défendu par Toshiba a été très officiellement démentie par Paramount. Mais les studios, dont Warner d'ailleurs, ont déjà maintes fois prouvé par le passé leur capacité à changer rapidement d'avis.

Pour Barry Meyer, PDG de Warner Bros Entertainment, la principale justification avancée pour expliquer son choix est l'urgence de ne plus maintenir plus longtemps les consommateurs dans l'incertitude. « La fenêtre de tir pour l'exploitation du potentiel du DVD haute définition pourrait être ratée si l'incertitude se prolongeait dans l'esprit des consommateurs », a-t-il ainsi déclaré au CES de Las Vegas.

De fait, le temps presse. Face à l'essor du téléchargement, il est d'ores et déjà clair que le DVD haute définition est le dernier support physique susceptible de connaître une carrière comparable à la bonne vieille K7 ou à l'actuel DVD. La haute définition reste, pour l'instant, encore à l'abri du téléchargement massif. Chaque journée investie dans une guerre des standards est donc une journée perdue pour l'exploitation commerciale optimale de ce type de support... Au-delà, c'est l'ensemble du marché de la haute définition qui est handicapé dans son développement.

 

Clarification attendue

En effet, il est grand temps d'offrir aux heureux possesseurs de télévisions Full HD de quoi profiter pleinement de leur investissement ! Sans parler de ceux qui pensent à s'équiper et qui seront fortement tentés de le faire cette année pour cause de jeux Olympiques et d'Euro de football, dès juin. On peut compter sur les grands industriels du secteur pour se mettre d'accord d'ici là, et donc profiter à plein du potentiel de tels événements.

Vue de France, la décision du studio Warner est considérée comme un pas supplémentaire vers la clarification du marché. « Cette guerre des formats constitue évidemment un frein puissant à l'équipement, commente Frédéric Nayrolles, responsable des achats et du développement DVD du site marchand Pixmania. Une fois ce verrou levé, le marché des enregistreurs HD pourra réellement décoller. Je ne sais pas encore qui gagnera, mais l'essentiel est que nous puissions proposer un vrai standard aux consommateurs le plus rapidement possible. Tout ce qui concourt à la clarification doit être considéré comme une bonne nouvelle. »

Juan Hoguet, directeur pour les produits techniques à la Fnac, précise que la décision de Warner n'aura aucune conséquence à court terme pour l'enseigne culturelle : « Cela permet seulement d'espérer la fin de cette guerre des formats qui nous empêche de travailler. » Et d'espérer que la clarification débouchera rapidement sur une politique éditoriale beaucoup plus ambitieuse de la part des studios, ainsi que, grâce aux économies d'échelle, sur des baisses de prix. Il est vrai que les prix moyens s'affichent encore à environ 300 E pour un lecteur HD DVD et à plus de 500 E pour son homologue Blu-ray.

Pour l'heure, le revirement de Warner est un renfort opportun pour Sony, au moment où le géant commence à surmonter les difficultés économiques de ces dernières années. De là à extrapoler, il y a un pas, que certains hésitent encore à franchir.

 

Les prix baissent déjà

Le fabricant sud-coréen LG reste ainsi prudent quant aux effets de cette annonce. « Il y a encore peu de temps, le HD DVD tenait la corde. Aujourd'hui, c'est le Blu-ray. Nous n'en avons peut-être pas terminé avec les surprises », prévient Frédérick Lecoq, directeur du marketing de la filiale française. Ce n'est pas suffisant pour remettre en cause la stratégie de l'industriel, qui a pris soin, tout comme Samsung, de proposer des lecteurs bi-formats Blu-ray et HD DVD. « C'était la seule façon de ne pas prendre le consommateur en otage pendant cette période d'incertitude », affirme Frédérick Lecoq, tout en espérant lui aussi une clarification rapide du paysage.

Évidemment, du côté du consortium Blu-ray, les réactions sont plus militantes. « La décision de Warner est une excellente nouvelle. Nous sommes sur un marché de contenus. J'espère qu'elle aura un effet d'entraînement, et que d'autres studios vont nous rejoindre rapidement. 2008 serait une excellente année pour le décollage du marché », affirme Daniel-Georges Lévi, président du Studio Disney et du consortium Blu-ray pour la France. Après avoir gardé le silence pendant tout le CES de Las Vegas, Toshiba a répliqué, le 14 janvier, par un communiqué annonçant notamment une baisse des prix de ses lecteurs, dont l'entrée de gamme commence désormais à 149,99 $ aux États-Unis... Même si elle ne paraît pas suffisante, cette réponse va dans le sens d'une démocratisation du marché.

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Article extrait
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