Le capital des chaînes d'h abillement en mutation

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Les fonds d'investissement s'invitent à la table des enseignes d'habillement. Parmi les raisons : la transmission patrimoniale, mais aussi un regain d'attrait du secteur.

Dans quelques mois, si les actionnaires de Vivarte, NR Atticus et Jean-Louis Descours trouvent un terrain d'entente, le numéro un de l'équipement de la personne pourrait passer dans les mains de deux fonds d'investissement. Paribas affaires industrielles (PAI) et CVC étudient le dossier, tout comme les Galeries Lafayette. Mais si la première hypothèse l'emporte, ce sera encore une victoire des fonds d'investissement. Encore, puisque NR Atticus n'est autre qu'un fonds anglo-saxon. « Ce serait un signal fort pour le secteur de l'habillement, souligne une analyste. On pourrait alors parler d'offensive des fonds d'investissement dans ce domaine. »

Jusqu'à présent, ces derniers regardaient les enseignes d'habillement avec suspicion. Mais le nombre d'opérations réalisées depuis le printemps démontre l'inverse. Dans l'ordre, Un Jour Ailleurs, Petit Boy, Comptoir des Cotonniers, et, la semaine dernière, Bonpoint ont invité à leur tour de table un fonds d'investissement. Parmi les dossiers qui circulent, Vivarte, bien sûr, mais aussi Jacadi ou Du Pareil Au Même. N'est-ce qu'une série d'opportunités ou ce secteur a-t-il retrouvé la cote auprès des investisseurs ? Dans un certain nombre de cas, il s'agit pour le fondateur de l'entreprise de passer le témoin. « Il y a un changement de génération dû au fait que beaucoup d'entreprises de ce secteur ont été créées dans les années 70 », souligne Armelle Moulin, analyste financier chez Wargny. Autre raison de cet engouement : le prix des affaires. « Ce n'est pas cher, mais je ne suis pas sûre que cela puisse rapporter beaucoup », nuance Armelle Moulin.

Les fonds d'investissement ont également pris le relais des industriels. « Depuis deux ans, les industriels se recentrent sur leurs activités et sont moins intéressés par des prises de participation », explique Laurent Hyver, chargé d'affaires à la Banque de Vizille, nouvel actionnaire de Petit Boy d'ici à deux mois. Les fonds d'investissement peuvent proposer des prix plus attractifs. « Ils sont capables de produire des effets de levier plus importants, explique Gilles Sicard, associé chez Astorg, fonds détenu à hauteur de 10 % par Suez et présent, entre autres, dans Un Jour Ailleurs. Ils apportent de réels gains en termes de montage financier et peuvent monter à des taux d'endettement plus élevés qu'un industriel. »

Sans compter qu'ils sont aidés par la conjoncture boursière. Nombre d'entreprises du textile, souvent des valeurs moyennes, quittent la Bourse, déçues par le rapport entre ce que cela leur coûte et leurs performances souvent médiocres. D'autres voient, au contraire, leur entrée en Bourse bloquée. « Le marché des introductions est mort pour les valeurs moyennes, estime Gilles Sicard. Or, ces entreprises doivent financer leur croissance. Elles ont besoin de liquidités, d'autant que les fonds de commerce coûtent cher. »

À l'inverse, les fonds ne se sont jamais aussi bien portés. En 2002, ils ont investi en France pour 7,5 milliards d'euros selon l'Association française des investisseurs en capital (Afic), arrivant au passage devant la Grande-Bretagne. Et les marges brutes du secteur de l'habillement restent alléchantes (50 % à 70 %).

Chercheurs d'or

Mais parler d'un retour en grâce auprès des investisseurs serait exagéré. « Ce n'est pas le secteur qui les passionne, mais la performance de l'enseigne, son potentiel de croissance et la qualité du management », relativise Jean-Louis Rambaud, directeur associé chez Apax Partners, qui a investi chez Celio et Morgan. De fait, Pechel Industries, qui vient de concrétiser son entrée à hauteur de 29,5 % dans le capital de Comptoir des Cotonniers, ne justifie pas autrement son opération. « C'est une société très bien gérée, dotée d'une bonne rentabilité à fort potentiel », précise Jean Gore, directeur général délégué de Pechel Industries. Même raisonnement pour l'enseigne Un Jour Ailleurs, qui affiche une rentabilité d'exploitation de 20 %, et un potentiel d'ouvertures de 5 à 15 magasins par an. De beaux atours... Qui prouvent que même une branche touchée par le ralentissement de la conjoncture peut receler des pépites. Et attirer les chercheurs d'or.

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Article extrait
du magazine N° 1833

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