Marchés

Le carton planche sur son avenir

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Dans une logique de développement durable, les industriels et distributeurs cherchent des solutions pour diminuer leurs emballages carton. Mais ce matériau n'a pas dit son dernier mot.

Les Français sont de plus en plus écolos ! Jusque-là, rien de nouveau. La tendance verte a envahi le spectre des PGC depuis maintenant une dizaine d'années et la loi du Grenelle de l'environnement (juillet 2009) a fini de convaincre les « écolo-sceptiques » en leur imposant des normes et des quotas sur les emballages. Ce qui est nouveau, c'est que cette tendance influence désormais le comportement d'achat du consommateur.

 

Une très forte demande des consommateurs

En effet, une étude, menée par Ipsos en septembre dernier pour le Salon de l'emballage, sur les attentes et la perception des européens en matière d'emballage, note que la recyclabilité est devenue une fonction attendue de l'emballage (59 %), au même titre que la préservation du produit (77 %) ou son ouverture pratique (71 %). Cet item ressort même dans le top 3 des réponses au niveau européen. Une autre étude réalisée par le salon Europack Euromatmut en novembre 2009 annonçait que 81 % des Français étaient en demande d'emballages de plus en plus recyclables.

Face à cette profonde mutation, les acteurs des PGC et les distributeurs multiplient les initiatives pour optimiser leurs emballages carton. Cette tendance écolo étant relativement nouvelle, à l'échelle du temps industriel, les stratégies adoptées par les acteurs du secteur sont diverses.

Tetra Pak, par exemple, l'un des plus importants fabricants d'emballages carton en France, travaille depuis vingt ans sur la question. Il a mis en place un programme de réduction du grammage de son packaging mais aussi d'amélioration de sa recyclabilité. « Entre 1980 et 2000, nous sommes passés d'un emballage (brique de 1 l, sans bouchon) de 34 à 26 g. Toutefois, depuis 2000, nous avons atteint les limites des contraintes techniques. Nous ne pouvons pas descendre au-dessous de ce gramme sans risque de compromettre l'efficacité et la rigidité du contenant », note Patrick de Noray, directeur environnemental de Tetra Pak. Mais le talon d'Achille de la brique alimentaire reste son taux de recyclage faible (43 %) face aux autres matériaux que sont le PEHD ou le verre. « Nous avons un taux de recyclage plus faible que pour les autres matériaux, mais le bilan carbone d'une brique leur est bien meilleur. Pour comparaison, la fabrication d'une brique de lait produit 83 g de CO2, alors qu'une bouteille en plastique PEHD de lait en produit 143 g. Nous avons calculé que, si les consommateurs achetaient leur lait uniquement en brique pendant un an, plus de 100 000 t de CO2 seraient économisées, soit 16 000 tours de la Terre en voiture », argumente Patrick de Noray. Mais Tetra Pak n'a pas dit son dernier mot et annonce que, dans moins d'un an (à fin 2011), son taux de recyclage passera à 100 % en France, grâce à l'arrivée d'un nouveau papetier qui va pouvoir recycler la totalité d'une brique alimentaire en papier essuie-tout et papier hygiénique. Il s'agit du groupe italien Lucart qui s'est implanté cette année dans les Vosges.

 

Petite révolution

Tetra Pak n'est pas le seul industriel à oeuvrer pour ses emballages en carton. Danone Produits frais France a procédé, en mars, à une petite révolution en la matière. Le groupe a décidé de supprimer le suremballage carton sur les formats par 4 des gammes Activia et Taillefine, soit 52 références. Outre une économie de 0,02 € par pack pour l'industriel, cette opération doit permettre d'économiser 1 600 t de carton et, par conséquence, d'améliorer l'empreinte carbone de l'entreprise.

 

La distribution montre l'exemple

Si du côté des industriels, les exemples d'entreprises à avoir réduit ou supprimé les emballages en carton sont encore rares, ce n'est pas le cas des distributeurs. L'un des premiers à initier cette démarche a été le site de vente en ligne Amazon France qui a repris, en 2009, une campagne menée par sa maison mère américaine, un an plus tôt. Baptisé en français « Déballer sans s'énerver », ce programme part du constat qu'un grand nombre des produits commercialisés sur son site n'ont pas besoin de leur emballage, à l'origine créé pour mettre en valeur le produit en rayon. Il propose donc une sélection d'articles informatiques et de jouets dépourvus de matériaux superflus (coques en plastique dur, reliures en plastique, liens métalliques) avec un emballage en carton simplifié, recyclable et facile à retirer (ouverture sans cutter ni couteau).

Mais la vente en ligne n'est pas le seul secteur à donner l'exemple aux industriels. Auchan, qui a entamé en 2004 une politique de réduction de son impact sur l'environnement, travaille depuis longtemps sur cette problématique. Depuis 2004, l'enseigne a économisé 8 900 tonnes d'emballage, tous matériaux confondus. En mars dernier, le distributeur est allé jusqu'à supprimer les étuis carton du dentifrice (22 tonnes de carton par an) et des mousses au chocolat (20 tonnes de carton par an) sous sa propre marque.

 

Des étuis superflus

Enfin, le groupe Leclerc, autre pionnier du développement durable, a également lancé une campagne de suppression des emballages superflus pour les produits sous Marque Repère. Parmi les mesures prises cette année : la suppression des étuis en carton des tubes de dentifrice et de mayonnaise, ainsi que les cartonnettes des yaourts par 4. Cette action devrait permettre d'économiser 70 t de carton par an. Au-delà des contenants en carton, Leclerc s'est également attaqué aux autres types de contenants (bouteille en PET recyclé pour les jus d'orange, pots en verre pour les épices...). Soutenue par les Contrats de progrès pour l'environnement qui concernent près de 550 fournisseurs de la Marque Repère, la politique d'éco-conception de Leclerc a permis, au total, la réduction de plus de 18 000 tonnes d'emballages en dix ans.

 

La filière emballage française en chiffre*

- 19 Mrds € de chiffre d'affaires en 2009

- 12 millions de tonnes produites

- 80 Mrds d'UVC

- 1 000 entreprises de plus de 20 salariés

RÉPARTITION DU CA PAR MATÉRIAUX*

35 % Papier carton

30 % Plastique

16 % Verre

13 % Métal

6 % Bois

RÉPARTITION DU CA PAR MARCHÉS*

27 % Liquide alimentaire

38 % Alimentaire non liquide

12 % Hygiène santé beauté

8 % Autre consommation

15 % Autres industries

* Source : France Emballage

Activia et Taillefine se dénudent

Le groupe Danone a supprimé les cartons de ses yaourts par 4 des gammes Activia et Taillefine au printemps dernier. Cette opération permet d'économiser 1 600 tonnes de carton par an, soit 2,5 M €. Le groupe a privilégié un réinvestissement dans l'outil de production plutôt qu'une baisse de 0,02 € du prix de vente consommateur.

Leclerc déshabille 40 produits

Leclerc a lancé un vaste programme de révision des emballages pour sa Marque Repère. Plus de 40 produits sont ainsi modifiés, parmi lesquels le dentifrice et la mayonnaise, qui ont perdu leur étui, mais aussi les yaourts, désormais vendus sans cartonnette.

42 T de carton en moins pour auchan

Le groupe de distribution a supprimé l'étui en carton de son dentifrice, ainsi que la cartonnette de ses mousses au chocolat, soit une économie annuelle de 42 t de carton.

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