Le casse-tête de la certification Halal

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Le retrait d'Herta du marché de la charcuterie halal soulève de nombreuses questions sur cette filière et l'organisation de la certification. L'absence d'une norme unique et le manque d'exigence vis-à-vis des organismes de certification et de contrôle peuvent être lourds de conséquences pour les industriels.

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La nouvelle a fait l'effet d'un coup de tonnerre. Dans un communiqué du 1er février, Herta annonçait la suspension provisoire de l'ensemble de sa production halal. En cause, la présence de traces d'ADN de porc sur un lot de knackiesde volaille halal révélée par une analyse de laboratoire. Malgré une contre-expertise négative, la marque de Nestlé a préféré renoncer, le temps de repenser son organisation de production. Cet incident a été révélé par le site internet Débat Halal, propriété du groupe Baker, producteur et distributeur de viande halal basé à Nantes. Selon le site d'information Saphirnews, Débat Halal, qui promettait de révéler les résultats d'une dizaine d'analyses ADN compromettantes pour des marques halal, serait en liquidation judiciaire. Info, intox, règlement de comptes ?

 

Des rivalités

Au-delà de la polémique, cet incident relance surtout la question de la certification et du contrôle de la filière. Le débat n'est pas nouveau : « Cela fait des années que cela dure. Les scandales se suivent et s'enchaînent. Il est temps de moraliser ce marché, et nous avons besoin d'un cahier des charges unique pour l'ensemble de la filière », tempête Serge Barraud, directeur commercial de Corico, entreprise de volailles spécialisée sur le halal depuis trente ans.

Les industriels présents sur ce marché s'appuient actuellement sur des organismes de certification contrôlés par trois mosquées - Paris, Lyon et Évry-Courcouronnes - habilités par l'État pour délivrer des cartes de sacrificateurs. À côté de ces associations figurent des dizaines de structures. De cette organisation et en l'absence d'une norme officielle et unique, coexistent donc plusieurs procédures de certification et de contrôle jugées plus ou moins sérieuses.

 

 

Certifier, mais comment ?

Le point principal qui fait débat porte sur la pratique de l'étourdissement avant la saignée, en principe interdite dans l'abattage halal mais tolérée par certains organismes de certification. L'autre point de contestation serait l'utilisation de l'abattage mécanique. Sans compter les contrôles effectués sur site, qui, selon un observateur, ne seraient pas assez fréquents.

De quoi entretenir un sentiment de malaise et faire grandir la défiance des consommateurs à l'égard de la certification et du contrôle de la filière halal. Un signe qui ne trompe pas : pour sa huitième édition, Paris Halal expo, salon de référence pour tous les professionnels de la distribution des produits et service halal en Europe qui se tiendra le 29 et 30 mars prochain, exigera de tous ses exposants d'afficher les certifications sur leur stand : « C'est une première, reconnaît Antoine Bonnel, commissaire général de l'exposition. La diversification de l'offre, avec les dérives inévitables sur ce marché fortement concurrentiel, nous oblige à être plus rigoureux sur l'origine des produits exposés. »

 

 

Prudence...

Dans les faits, rares sont les industriels lancés récemment sur le marché à ne pas prendre les devants. « Nous avions mis en place une procédure de production en accord avec notre organisme de certification. Nous avions des contrôleurs sur place accrédités pour vérifier nos pratiques », se défend, de bonne foi, Suzanne Manet, directrice marketing chez Herta.

Présent sur le marché halal depuis quinze ans et fournisseur de marques historiques comme Isla Délices et plus récemment de MDD, LDC a créé il y a deux ans sa propre marque, Reghalal. Cette griffe est apposée sur 200 références de charcuterie, de volaille et de traiteur. « Lors du lancement de Reghalal, nous avons mis en place une charte interne de qualité pour nos sites dédiés au halal. Notre groupe formule des exigences fortes sur ce marché », insiste Marie-Jeanne Mallet, responsable marketing.

Fleury Michon a fait ses premiers pas en 2009 pour être aujourd'hui le numéro 2 de la charcuterie halal : « Lorsque nous avons commencé, nous pensions pouvoir apporter quelque chose à la filière et surtout améliorer la qualité des produits proposés du fait de notre longue expérience de la charcuterie de volaille et de notre capacité à gérer les filières », détaille Patrick Lerüe, directeur marketing de l'entreprise vendéenne pour la partie charcuterie. Pour autant, la marque multiplie les mesures de précaution afin d'éviter toute contamination. La production halal se fait dans un site dédié à la transformation de volailles. Des contrôles d'ADN sont régulièrement effectués, de même que des audits chez les fournisseurs de viande.

 

... et transparence de rigueur

Chez Corico, la transparence est de mise : « Notre production est saignée manuellement avec étourdissement préalable de la volaille. Nous n'avons rien à cacher et incitons nos clients à effectuer des visites à l'improviste sur notre site de production. Cela nous a permis d'en fidéliser plus d'un », explique Serge Barraud, de Corico.

Dans ce contexte, la définition d'une norme unique et claire permettrait de mettre tous les acteurs de la filière sur un pied d'égalité. Toutefois, les rivalités entre acteurs de la certification et du contrôle, ainsi que le lancement d'un débat sur la place de l'islam dans la société française risquent de perturber l'établissement d'un consensus sur ce sujet.

L'organisation :

  • Les industriels présents sur ce marché s'appuient sur des organismes de certification contrôlés par les mosquées de Paris, de Lyon et d'Évry-Courcouronnes.
  • Ils sont habilités par l'État pour délivrer des cartes de sacrificateurs. Ainsi de la Société française de contrôle de viande halal (SFCVH), liée à la Grande Mosquée de Paris ou de l'Association rituelle de la grande mosquée de Lyon (ARGML).
  • À côté de ces associations figurent également plusieurs dizaines de structures parmi lesquelles l'Association culturelle musulmane d'Ile-de-France ou À votre service (AVS).
  • D'autres procédures de certification et de contrôle existent dont l'image et la notoriété varient.

Ses difficultés :

  • Une source de confusion et un manque de confiance des consommateurs.
  • Des industriels qui n'opèrent pas sur le même pied d'égalité.
  • D'autres pays plus organisés pourraient prendre le leadership du marché halal.

Les solutions :

  • De nombreux industriels ont mis leurs propres procédures de contrôle en place.
  • L'Agence française de normalisation (Afnor) travaille à la mise au point d'une norme halal unique qui pourrait être présenté au Comité européen de normalisation en mai.

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Article extrait
du magazine N° 2173

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