Le chaînon manquant des Assises du commerce [Edito]

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yves puget

Organisées par les ministres ­Bruno Le Maire et Alain Griset, les Assises du commerce se tiendront à Bercy à partir du 1er décembre. Une bonne nouvelle tant il est légitime de s’interroger sur le futur des quelque 500 000 entreprises et 2 millions de salariés du secteur. Mais ce grand numéro de valorisation et d’introspection s’impose à tous, et donc aussi aux élus. N’ont-ils pas participé à la sortie du commerce des centres-villes, par exemple avec la loi Royer de 1973 ? N’ont-ils pas, depuis des décennies, privilégié la question du pouvoir d’achat (donc des baisses de prix) au détriment de l’emploi (multi­plication des taxes et impôts) ? N’ont-ils pas, parfois, manqué à leur obligation, comme à Nantes, d’assurer la sécurité du centre-ville ? N’ont-ils pas une part de responsabilité dans la dérive des baux commerciaux ? N’ont-ils pas installé des emplois en périphérie (hôpitaux, palais de justice, préfectures, etc.), incitant ainsi bon nombre de salariés à quitter les centres-villes ? N’ont-ils pas trop souvent mené une politique de gribouille dans les plans de circulation et d’aménagements des parkings ?

Sans oublier ceux qui veulent bannir les voitures des centres-villes. À tel point qu’on peut se demander si certains des « autophobes » assumés n’imaginent pas l’avenir du centre-ville sans la moindre activité économique. Mais où travailleront les gens qui y vivront ? Seront-ils condamnés à n’acheter que sur des sites en ligne ou à prendre des transports en commun pour faire leurs courses en périphérie ? Imagine-t-on sérieusement que le télétravail sera généralisé à un point tel que tout le monde travaillera chez soi ? Et qu’adviendra-t-il du revenu des mairies si les entreprises ne sont plus là pour verser leur obole ?

Bien sûr, il n’est pas question de tomber à bras raccourcis sur tous les maires, tant beaucoup mènent, avec conviction et sincérité, une remarquable politique d’urbanisme et de redynamisation de leur centre-ville. Il n’empêche que des Assises du commerce dignes de ce nom ne pourront pas faire abstraction de ce partage des responsabilités. Arrêtons de croire que la désertification commerciale des centres-villes n’est que la faute des consommateurs qui changent leurs habitudes, du commerce de périphérie qui s’est trop étendu, de celui de centre-ville qui n’a pas su se digitaliser ou d’Amazon qui sert de bouc émissaire idéal.

Pour l’instant, le politique met en scène ce grand rendez-vous mais il ne se remet pas suffisamment en cause. Si les commerçants réclament des aides financières (comme la suppression de la Tascom) et un coup de frein sur les avalanches de normes et de contraintes, ils attendent aussi de la considération et de la concertation (ce qui manque cruellement à Paris). Il est encore temps de corriger le tir pour que le politique ne soit pas le chaînon manquant de cette réflexion. Pour que ces assises ne se transforment pas en « comité Théodule », selon la formule du général de Gaulle. Qu’elles ne se résument pas à un « coup de com’ » ou à des querelles corporatistes. Mais qu’il en sorte réellement des choses concrètes, pragmatiques et efficaces pour la survie du commerce et de sa diversité. 

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Article extrait
du magazine N° 2675

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