Marchés

Le chocolat choisit l'approvisionnement durable

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Dossier Les labels et référentiels se multiplient autour du chocolat (Bio, UTZ, Rainforest Alliance, Max Havelaar), dans le but de se distinguer face à des consommateurs de plus en plus exigeants. En coulisse, l'objectif est aussi de sécuriser ses approvisionnements.

Le train du cacao durable est en marche et il sera difficile à arrêter. Car les industriels n'ont pas forcément le choix. Avec une demande mondiale en forte hausse et une production atomisée très largement artisanale, il devient urgent de motiver les planteurs et de sécuriser ses approvisionnements. Cette bataille pour s'approvisionner en fèves de cacao est invisible pour le consommateur, à l'exception de la démocratisation de certains logos sur les tablettes de chocolat. Si les labels AB (bio) et Max Havelaar (commerce équitable) ont déjà acquis une certaine notoriété, ce sont les référentiels « développement durable », comme Rainforest Alliance et UTZ, qui sont en plein développement.

 

Grandes signatures comme marques propres

UTZ, qui certifie le caractère durable de plusieurs produits de base (cacao, café, thé...), a ainsi convaincu d'importants distributeurs. Les tablettes de chocolat du suisse Migros sont aujourd'hui réalisées en grande partie avec du cacao labellisé UTZ, et l'enseigne précise que, « d'ici à fin 2013, tous les produits chocolatés de [sa] marque, Frey, seront certifiés ». Sachant que Migros ne commercialise que ses propres marques, et que les Suisses sont de grands consommateurs de chocolat, le geste n'est pas anodin. Lidl n'est pas en reste, puisque, dans toute l'Europe, sa marque Fin Carré passe progressivement au cacao durable, toujours en UTZ Certified (100% espérés d'ici à 2020). « De plus, Lidl finance la construction d'une école d'agriculture en Côte d'Ivoire », précisait le distributeur il y a quelques mois.

Important fabricant de MDD et de produits à sa marque, Cémoi connaît bien le sujet. « Nous avons démarré des programmes certifiés il y a une vingtaine d'années, avec des filières de cacao biologique. Et depuis quatre ans, nous avons démarré un programme de cacao conventionnel en Côte d'Ivoire, certifié par Rainforest Alliance. Ce référentiel est un outil qui permet de mettre en place une démarche structurante pour avoir une source d'approvisionnement stable. Nous avons ajouté de notre propre chef une dimension supplémentaire, pour obtenir une qualité de cacao aromatique, via des programmes de formation et la mise en place de bonnes pratiques agronomiques », souligne Jean-Marc Laurens, directeur qualité et développement du groupe. D'ailleurs, d'ici à 2015, 100% des chocolats Cémoi devraient être estampillés développement durable.

 

2015 et 2020, principales dates butoir

En France, la grande distribution n'est pas aussi en pointe que des distributeurs d'Europe du Nord, comme Tesco ou Asda, sur ce type de référentiels, en raison d'une priorité donnée depuis des années au développement du bio. L'impulsion est plutôt à aller chercher du côté des fabricants, qui profitent d'une convergence des référentiels UTZ (initialement lancé sur le café) et Rainforest (destiné au début à protéger la forêt tropicale) vers la certification de produits agricoles. Comme toutes les matières premières étiquetées durables, la demande est forte et nécessite un temps d'adaptation, ce qui n'empêche pas certains de vouloir aller vite.

Il y a un an, Nestlé annonçait en fanfare sa décision de passer en 100% de cacao durable sur les marques principales du portefeuille de Nestlé Chocolat (Nestlé Dessert, Kit Kat, Crunch) d'ici à 2015, avec un surcoût compris entre 1 et 2% lié aux modifications de process et d'ingrédients. Barry Callebaut, géant mondial du cacao (exclusivement BtoB, avec des clients comme Kraft, Nestlé ou Unilever), vend environ 5% de produits certifiés UTZ ou Rainforest Alliance, alors que Mars et ses confiseries de chocolat s'est engagé à acheter près de 90 000 tonnes de cacao certifié cette année, soit environ 20% de ses approvisionnements, avec la barre des 100% en ligne de mire pour 2020. Gros vendeur de tablettes, plutôt positionné en premium, Lindt réfléchit également à ces démarches. Le suisse a déclaré en début d'année vouloir mettre en place un programme de vérification (par une tierce partie indépendante) et de tracabilité de son cacao, et s'est mis en quête de partenariats « avec des organisations comme Certification Capacity Enhancement, UTZ Certified, Source Trust, World Cocoa Foundation et d'autres ». Kraft Foods a, de son côté, prévu d'atteindre 100% de cacao certifié Rainforest Alliance en 2013 pour la marque Côte d'or (soit 45 tablettes). La bataille des logos et du cacao est bien engagée.

Chiffres

  • 1,05 Mrd € Le chiffre d'affaires des tablettes de chocolat, CAM à fin juin 2012, en hypers et supermarchés + 4,8% vs 2011 (incluant le hard discount)
  • + 1,5% La hausse des ventes de tablettes en volume

Source : SymphonyIRI

  • 906 M € Le chiffre d'affaires des tablettes de chocolat, CAM à fin juin 2012, en hypers et supermarchés + 5,7% vs 2011 (hors hard-discount)
  • + 2,4% La hausse des ventes de tablettes en volume

Source : SymphonyIRI

 

Les grands noms basculent petit à petit

Pour tous les opérateurs importants, l'ambition est d'atteindre 100% de cacao durable d'ici à quelques années sur tout ou partie de leurs gammes. L'ensemble certifié par des organismes comme UTZ ou Rainforest Alliance, dont les logos apparaissent timidement sur les emballages.

 

Les enseignes franchissent le pas

Tesco, Asda, Lidl (à l'échelle européenne) ou Migros (en Suisse) passent au chocolat certifié durable pour leurs MDD. Cet effet domino touchera-t-il la France ?

Le bio et l'équitable sont liés

En matière de tablettes, les labels bio et commerce équitable s'affichent le plus souvent conjointement. L'exemple de Jardin bio (groupe Léa nature) ou des chocolats noirs Alter Eco l'atteste.

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