Le choix du « made in France »

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Finalement, il en est du développement durable comme du made in France. Longtemps, politiques et entreprises ont surcommuniqué sur ces sujets. Belles déclarations et superbes promesses se succédaient. Une surenchè­re médiatique ou diarrhée verbale qui n’a pas toujours été suivie d’effets. Pourtant, loin du brouhaha parisien, des dossiers avancent parce que des hommes et des femmes ont cru en la nécessité de faire bouger les lignes. Ils ou elles n’ont pas voulu attendre de nouvelles catastrophes sanitaires, écologiques ou économiques. Et si, pour des industriels, ce combat n’est pas récent, des distributeurs mettent les bouchés doubles.

Intermarché va par exemple certifier ainsi l’origine de ses viandes avec le logo « Viandes de France » – soit plus de 600 références. Carrefour garantit aussi que veaux, vaches, cochons, couvées et ­lapins sont nés, élevés, abattus et transformés en France. Autre initiative, 87 produits frais issus de l’agroécologie seront étiquetés en magasins « Origine & qualité », au lieu de « Filière qualité Carrefour » ; ils englobent 290 filières et 20 000 ­producteurs. On peut aussi évoquer Système U et Terrena qui ont noué un partenariat pour la produc­tion de produits de mar­que U, notamment autour de la filière porc. Enfin, Arnaud Montebourg a visité la semaine dernière la Manufacture française du cycle. Reprise depuis un an par Intersport, elle produira 241 000 vélos cette année.

Avec tous ces exemples, plus pragmatiques et opérationnels qu’utopiques, nous sommes bien loin de l’aventure de Benjamin Carle. Pendant un an, ce journaliste s’est nourri, habillé et meublé uniquement avec des produits français (L’année où j’ai vécu 100% français, Canal+). Ce jeune homme a mis dehors tous ses meubles et a consommé les produits de saison : fruits rouges en été et champignons à l’automne ! « Acheter français, c’est une sorte de commerce équitable », a-t-il avoué. Un jugement bien ex­cessif tant il ne faut pas bannir une mondia­-lisa­tion qui a aussi ses effets bénéfiques et tant il est vain de croire que les consommateurs accepteront de se passer de musique anglaise, de nouvelles technologies américaines, japonaises ou coréennes, mais aussi de cuisines indienne, mexicaine ou marocaine. L’essentiel est ailleurs.

Le made in France ne peut pas être imposé. Il doit être un choix voulu et assumé par tant les industriels et les distributeurs que par les consommateurs. Ici et là, de multiples entreprises retravaillent leurs offres et changent leurs façons de faire. Elles ne cherchent pas à répondre à tels ou tels idéologie ou courant de pensée. Elles ont compris que la fabrication française ne se résume pas à un amas de contraintes (taxes, impôts, coût du travail, formalisme administratif…). En installant des usines à Dunkerque ou Carpentras, on sauvegarde certes des emplois, ceux des salariés-consommateurs. Mais surtout, on garantit une qualité, une sécuri­té sanitaire, une traçabilité, des délais d’approvision­nement…

Voilà pourquoi tous ces projets, laissés à l’initiative des acteurs de la filière et non imposés par des textes législatifs ou lobbys, vont dans le bon sens. Et pourquoi la déclaration d’Arnaud Montebourg promettant « un bon coup de pied aux fesses de la distribution », qui, selon lui, n’avance pas assez vite sur ce sujet, n’est qu’un coup… médiatique. 

ypuget@infopro-digital.com 

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Article extrait
du magazine N° 2309

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