Le choix nécessaire du nationalisme industriel

Touchés tour à tour par le scandale du « horsegate », les industriels et les distributeurs français vont désormais se fournir exclusivement en viande bovine 100 % origine France pour leurs produits cuisinés. Une décision qui suscite des interrogations quant à sa faisabilité et ses conséquences sur les prix.

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Findus, Nestlé, Picard, Carrefour, Panzani... Depuis les débuts de l'affaire, début février, il ne se passe pratiquement pas un jour sans qu'un nouvel industriel ou un distributeur ne soit à nouveau touché. Face à ce scandale de la viande de cheval détectée dans des plats cuisinés surgelés censés être à base de boeuf et qui a suscité l'émoi dans toute l'Europe, des initiatives rapides ont été prises. Immédiatement, Findus, le premier acteur de la filière impliqué par le « horsegate », a annoncé se livrer à des tests ADN pour garantir la qualité de ses produits à base de boeuf. Une décision suivie par les autres protagonistes. Depuis, pourtant, la perte de confiance du public vis-à-vis de ces produits est réelle : un quart des Français déclarent avoir cessé de consommer des plats cuisinés à base de viande de boeuf, selon un sondage publié le 1er mars par BVA. Soucieux de vouloir redresser le marché avec la mise en avant d'actions fortes et concrètes, les fabricants et les enseignes s'engagent massivement avec la filière bovine pour proposer des plats cuisinés 100% viande française avec une mention VBF. Des engagements qui ont eu un écho certain, avec des signatures en plein Salon international de l'agriculture en présence des délégations ministérielles.

Vers du boeuf 100% français...

Un effet boule de neige. Après que Findus a annoncé vouloir se fournir en boeuf 100% français pour ses plats cuisinés, les acteurs impliqués ont annoncé des mesures similaires. Pour rassurer le public, tous les plats cuisinés à base de boeuf seront désormais estampillés Viande de boeuf française (VBF). En revanche, en l'absence de réglementation officielle en France et en Europe, chaque fabricant est libre de choisir cette option. Toupargel, de son côté, mentionnera l'origine de sa viande européenne, mais n'assurera pas un 100 % français.

... Grâce une filière prête suivre à la demande...

Il n'y aura pas de pénurie de viande de boeuf française. Malgré les annonces en cascade, la filière pourra largement faire face à cette demande. En effet, si tous les acteurs des plats cuisinés en France demandaient du boeuf 100% d'origine France, l'interprofession devrait fournir 40 000 tonnes de matière brute. Aujourd'hui, elle en produit 1 million... Il restera encore de quoi exporter. Par ailleurs, avant le scandale, de nombreux industriels proposaient des plats cuisinés composés de 70 à 90% de boeuf français. La différence d'approvisionnement pour la filière ne sera donc pas excessive.

L'atout d'une faible variable d'ajustement

Jusque-là, de nombreux industriels s'approvisionnaient déjà en France et n'avaient qu'une petite variable d'ajustement à l'étranger. Par exemple, sur les sauces Panzani au boeuf, 80% de la viande proviennent de la France et 20% de l'Union Européenne, en excluant les pays de l'Est ; 70% d'origine France pour Carrefour et le reste venait de l'Union européenne ; Intermarché s'approvisionnait à 90% dans l'Hexagone et à 10% par d'autres intervenants. Aujourd'hui, donc, l'ensemble des acteurs s'accordent sur du 100% français - sauf Toupargel, qui continuera à s'approvisionner en Europe, avec mention de l'origine. Mais quid des stocks et de l'approvisionnement ? Visiblement, la filière n'aura pas de problème pour répondre à cette demande. « Si tous les intervenants du secteur souhaitaient passer en 100% origine France, il y aurait un besoin de 40 000 t. Aujourd'hui, la production s'élève à 1 million de tonnes. C'est donc largement suffisant », explique Christophe Bonno, directeur du pôle industriel des Mousquetaires. Un différentiel qui permettra donc de rester actif à l'export, si les autres pays européens acceptent de faire venir de la viande française.

... Mais pour quel impact sur les prix ?...

Le 100% viande française et les tests ADN engendrent des surcoûts industriels. Selon certains, comme Panzani, la matière brute achetée en France entraîne une hausse de 15%, avec une répercussion sur les prix de vente qui n'excédera pas 5%. Chez Picard, cette hausse sera à peine de quelques centimes d'euro. D'autres, comme Intermarché, indiquent que les prix ne devraient pas évoluer : « Les prix dépendent des périodes, la viande française est quelquefois moins chère, mais les écarts de prix peuvent atteindre 7% pour la même qualité selon les pays. Mais si la demande est de plus en plus importante sur le marché français, les prix peuvent flamber », indique Christophe Bonno, directeur du pôle industriel d'Intermarché.

Des sous-traitants en première ligne

« Nous subissons une crise européenne, et la plupart des pays vont adopter le nationalisme industriel, avec un approvisionnement local », confie Xavier Riescher, directeur marketing chez Panzani. Et, pour les exportations, les marques iront donc s'approvisionner sur les marchés locaux ou de proximité et l'ajustement se fera en fonction des pays. « Nous espérons que les clients choisiront l'étiquetage spécifique francais. Ceci restera une démarche volontaire tant qu'il n'y a pas encore d'obligation pour les produits cuisinés. Mais, par exemple, en Asie, et surtout au Japon, l'étiquetage français est un gage de qualité », ajoute Christophe Bonno.

Aussi, un approvisionnement 100% VBF ne devrait pas avoir de lourdes conséquences sur l'outil de production, car la plupart des industriels et distributeurs impliqués n'étaient pas fabricants. « Il reviendra à nos sous-traitants de gérer », indique Gérard Cladière, directeur boucherie chez Carrefour. Seul changement : revoir les contrats avec ces sous-traitants et intermédiaires afin qu'ils adhèrent au nouveau cahier des charges pour garantir une chaîne saine et de qualité.

Dans ce cadre, Findus et Carrefour abandonnent leur partenariat avec Comigel, mis en cause dans l'affaire. Mais Picard, quant à lui, continue de travailler avec ce dernier pour les autres marchés que celui de la viande bovine. Toupargel, de son côté, continue avec le sous-traitant. Seul Intermarché est épargné par ces changements. En effet, le Groupement bénéficie d'un approvisionnement sans intermédiaire, possédant ses propres unités de production implantées en France avec trois abattoirs SVA Jean Rozet. C'est le seul distributeur à disposer d'un outil industriel intégré. « Aucun produit qui sort de nos usines n'a été touché (marques Netto, Claude Léger, Monique Ranou et Top Budget). En revanche, nous avons retiré les références de Findus comme toutes les enseignes et nous subissons également la crise de confiance des clients », explique Christophe Bonno. Pour les rassurer, l'enseigne mentionnera à partir de ce mois-ci la mention spécifique « Jean Rozet, 100% français ».

... et sur le process industriel ?

Que la viande provienne de France ou d'ailleurs, il n'y aura aucun impact sur les outils industriels, excepté au niveau de l'étiquetage avec la mention VBF. Par ailleurs, comme la plupart des marques touchées ne sont pas fabricantes, il revient à leurs fournisseurs de s'adapter aux nouveaux cahiers des charges. En revanche, aux marques de s'assurer que leurs fournisseurs sont en adéquation avec leurs engagements. Ainsi, Findus a rompu son partenariat avec Comigel ; Picard cesse son activité de viande de boeuf avec ce dernier, mais le conserve pour les autres domaines, et Toupargel reconduit son contrat.

Compétitivité versus qualité

Toutefois, le 100% « made in France » risque de peser sur le prix en magasins. Pour une même espèce de viande, les tarifs peuvent varier de 7% d'un pays à l'autre. « Il peut y avoir une envolée des prix de la viande française par rapport au reste de l'Europe si la demande pour l'Hexagone devient très importante », indique Christophe Bonno. Mais sur ce point, les industriels ne sont pas à l'unisson. Si en moyenne, selon Xavier Riescher, l'achat de la matière brute en France engendre un surcoût de 15%, une hausse des prix en linéaires sera donc envisageable, n'excédant pas 5%. Chez Picard, on parle de quelques centimes d'euros supplémentaires, tout comme Findus. En revanche, chez Carrefour, la compétitivité étant de mise, « nous allons être très vigilants », confie Gérard Clavière. Mais dans cette affaire, qui est loin d'être finie, le public verra-t-il dans ces hausses de prix un gage de qualité et de contrôles renforcés ? « La course à la compétitivité prix peut nuire à la qualité. Ce type de scandale peut sonner le glas des MDD sur certaines catégories de produits en GMS », indique un industriel.

Le horsegate en dates

  • 15 janvier Des traces de viande de cheval sont retrouvées dans des hamburgers chez Tesco.
  • 30 janvier Findus UK découvre la présence de viande de cheval dans ses produits. Des tests ADN sont immédiatement lancés par la marque partout en Europe.
  • 7 février Les résultats tombent et la présence de cheval est avérée. Trois produits Findus sont retirés des rayons de la grande distribution française.
  • 8 février Le sous-traitant français Comigel, qui fabrique les plats surgelés pour Findus et plusieurs marques de distributeurs, signale le retrait de tous ses produits et met en cause l'un de ses fournisseurs, la société française Spanghero.
  • 10 février La Fédération du commerce et de la distribution (FCD) annonce le retrait de produits MDD chez Auchan, Casino, Carrefour (sous marque Carrefour et Grand Jury), Cora, Monoprix, et chez Picard. Système U retire les produits Findus et deux références de sa marque propre. Les groupes Leclerc et Intermarché sortent les produits Findus concernés, mais aucune référence MDD.
  • 13 février L'UE lance une campagne de tests ADN dans tous les États membres.
  • 19-27 février Le ministère de l'Agriculture espagnol, après avoir fait des tests inopinés, détecte de la viande de cheval dans les produits Nestlé. Les raviolis Panzani fabriqués par William Saurin sont également touchés.
  • 28-27 février Spanghero demande l'ouverture d'une procédure de sauvegarde. Le groupe dépose une plainte contre X auprès du procureur de la République de Paris pour tromperie.
  • Depuis fin février La liste des pays touchés ne cesse de s'allonger : Russie, Italie, Allemagne, Pologne, Hongrie, Grèce, Portugal, Slovaquie, Espagne, Lettonie, Slovénie...
  • Les acteurs français touchés annoncent vouloir désormais se fournir en viande bovine 100 % française et le font savoir, à l'image de Picard (ci-contre).

La filière bovine française produit 1 million de tonnes par an. Si tous les fabricants de plats cuisinés désirent passer en 100% viande française, il n'y aurait besoin que de 40 000 tonnes.

Christophe Bonno, directeur du pôle industrie des Mousquetaires

À partir du 18 mars, tous nos fournisseurs vont passer en 100% viande bovine française avec un étiquetage spécifique. Les hausses de prix en magasins ne vont pas excéder quelques centimes d'euros.

Porte-parole de Picard

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