Le code-barres, 40 ans d'histoire de la grande consommation

|
Twitter Facebook Linkedin Google + Email Imprimer

Il est devenu le langage standard et universel de la grande distribution, et, ce faisant, l'une des clés de son succès. Le 3 avril 1973, le code-barres naissait aux États-Unis pour identifier facilement chaque produit en sortie de caisse. Récit de l'incroyable épopée du célèbre pictogramme.

L226807001_6Z.jpg
L226807001_6Z.jpg© DR

1952

Norman Joseph Woodland et Bernard Silver déposent un brevet concernant un code à lignes en forme d'« oeil-de-boeuf ». Leur idée : combiner le système de sonorisation de films et le code morse. Le principe des cercles permet au code d'être scanné dans toutes les directions.

1967

Le distributeur Kroger et le fabricant de caisses RCA explorent la faisabilité d'une caisse de sortie automatisée.

1973

La 30 mars, un comité de distributeurs (General Foods...) et d'industriels (P&G...) choisit un symbole de code-barres, permettant la lecture optique du code sur des produits, et intégrant le code UPC à 10 chiffres. C'est la solution d'IBM qui est retenue.

1975

Un comité européen entérine la norme dite EAN 13 (European Article Number), à 13 chiffres, plutôt qu'un code à 7 chiffres (qui limite l'identification à seulement dix millions d'articles).

1977

Le code-barres EAN (association européenne pour la codification des produits) est officiellement adopté en Europe et en France. Les États-Unis conservent leur code à 12 chiffres.

1982

Suppression du marquage des prix à l'unité en France. Les mentions obligatoires peuvent être portées sur un écriteau à proximité des produits.

1993

Le code DataMatrix, qui sera reconnu par la suite par GS1, est lancé. Ce code-barres 2D peut stocker un grand nombre de données (pour la sécurité sanitaire, la traçabilité...). Il permet de visualiser des vidéos, d'accéder à des sites ou permet les applications d'e-packaging, e-ticketing, etc.

2005

Gencod EAN France devient GS1 France, suite à la fusion des organismes américain (UCC) et européen (EAN), rebaptisés GS1, afin de créer des standards internationaux.

Norman Joseph « Joe » Woodland s'est éteint le 14 décembre à l'âge de 91 ans, dans le New Jersey. À cinq mois près, l'ancien ingénieur d'IBM ne soufflera pas les 40 bougies du code-barres, dont il avait déposé le brevet initial aux États-Unis, le 7 octobre 1952. Le 3 avril 1973, les leaders de l'industrie et du commerce américains sélectionnaient définitivement un pictogramme pour identifier les produits de grande consommation. Plutôt que les cercles concentriques, ils retenaient une figure composée d'une succession de traits verticaux, fins et larges, les barres, soulignées par une série de chiffres, le code. Le code-barres, donc.

 

8 milliards de « bips »

Il deviendra un standard mondial ou « global », un langage commun et universel de la grande distribution. Il fournit le support nécessaire à la productivité et l'efficacité qu'implique le commerce de masse, avec ses millions de références, dont le prix peut varier à tout instant, pour faire mieux que le concurrent ou déclencher une promotion. « Le code-barres a ouvert la voie à l'essor de l'hyperchoix, la multiplication des produits... », analyse Philippe Lemoine, PDG de LaSer et coprésident du conseil de surveillance de GS1 France (lire p. 73). Il a permis aux magasins de gérer un flux continu de nouvelles références, sans faire exploser les frais de gestion. » Chaque jour, 8 milliards de « bips » retentissent partout sur la planète. La lecture optique du code-barres n'enregistre pas seulement la transaction. Elle déclenche aussi une incroyable cascade d'opérations, depuis l'enregistrement des données d'achats des clients jusqu'à la commande de réapprovisionnement automatique. Mais, entre l'invention de Woodland et notre époque, le code raconte avant tout l'histoire du commerce et des grands pionniers.

Cette histoire, Pierre Georget, directeur général de GS1 France, la raconte en détail dans son ouvrage « Code à barres Quand le commerce invente son langage » (éd. Berg International). Elle s'écrit principalement dans les États-Unis de l'après-guerre, lorsque distributeurs et industriels cherchent des solutions pour répondre aux problématiques posées par l'émergence des magasins en libre-service. Joe Woodland et son collègue Bob Silver cherchent un moyen d'enregistrer automatiquement les articles aux sorties de caisse, un système susceptible de gérer les marchandises et leur flux. « En fait, ils doivent trouver une réponse à la question posée par la réalité même du commerce », raconte Pierre Georget.

Entrée libre, produits nombreux et à prix bas, besoin de rotation rapide des stocks, volumes importants, passage rapide aux caisses... Jusque-là, rien n'est simple dans les magasins. Une étiquette de prix est éditée puis apposée manuellement sur chaque produit. L'inventaire ? La boutique est fermée une fois par mois, et l'on compte les boîtes... Pour payer ? Les prix sont saisis à la main... Impensable de continuer ainsi. Il faut un code, une clé, pour identifier facilement chaque produit lors de sa sortie en caisse. Cette clé, Woodman et Silver l'imaginent avec leur code-barres en cercle afin de pouvoir le scanner dans toutes les positions. Mais une longue parenthèse s'ouvre. « En 1949, l'informatique n'en est qu'à ses débuts », rappelle Pierre Georget. Les machines nécessaires à l'exploitation du code-barres, les ordinateurs ou le système de lecture optique sont encore dans les cartons.

 

Gencod, EAN, puis GS1

Heureusement, les années 60 et 70 sont fécondes en développement technologique. L'électronique, l'informatique et l'optique font des progrès immenses. Pourtant, le déclic tarde. « La technologie rend les choses possibles, mais lorsqu'il est question de créer un langage commun pour le commerce, il faut aussi une motivation économique », observe Pierre Georget. La baisse de rentabilité des distributeurs, sous l'effet de la hausse du coût du travail, les pousse à rechercher des sources de productivité. Le moteur s'enclenche.

En avril 1973, au terme de trois ans de conclaves, distributeurs et industriels trouvent un accord sur un format de code-barres : l'UPC (Universal Product Code) à 12 chiffres. Le 26 juin 1974, le premier test de scanning a lieu au Marsh Supermarket de Troy, dans l'Ohio, sur un paquet de chewing-gums Wrigley's. Un comité est créé aux États-Unis pour évangéliser les acteurs. Le Néerlandais Albert Heijn, qui en fait partie, exporte l'idée de l'autre côté de l'Atlantique. La Vieille Europe réagit d'autant plus rapidement que l'intérêt d'un langage commun avait été vite perçu. En France, Gencod (Groupement d'études de normalisation et de codification) avait été fondé dès 1972. Le 3 février 1977, l'Association européenne pour la codification des articles, l'EAN, naît à Bruxelles pour « assurer la compatibilité des actions conduites par les sociétés nationales de codification ». Un pictogramme à 13 chiffres sera établi comme le standard.

Un standard d'autant plus puissant qu'il deviendra universel en se rapprochant de l'UPC américain. Tous les acteurs du secteur adhèrent aux organismes de standardisation, réunis au début des années 2000 sous la bannière unique de GS1 (Global Standard one), chaque pays disposant de « son » GS1. Les progrès sont phénoménaux. Avec les codes scannés en caisse, les distributeurs connaissent en temps réel l'état de leurs ventes, de leurs stocks... Organisme neutre et paritaire, GS1 permet à l'univers de la grande consommation d'évoluer au gré des innovations technologiques : code-barres 2D scannables sur smartphones, encodages d'informations de plus en plus nombreuses... Le code permet de tout connaître, la date et le lieu de fabrication du produit, la date et la façon dont il a été expédié, qui a exercé le contrôle qualité. Une performance qui tient en quelques barres et en 13 chiffres.

Le code-barres décrypté

  • Comment le code-barres est-il construit ?

Le code-barres est un numéro d'identification, une clé d'accès à un enregistrement préalable dans une base de données. Le code et les barres forment un tout indissociable. Les barres sont la transcription graphique des chiffres et, dans le système GS1, sont appelées « EAN/UPC ». Ce symbole permet la saisie automatique des données à chaque lecture de l'article, en caisse par exemple. Le code, matérialisé par une série de chiffres, est appelé GTIN (Global Trade Item Number) et comporte treize chiffres.

  • Clé de contrôle

Cette clé calculée selon un algorithme, peut être obtenue par l'entreprise sur le site gs1.fr

  • Préfixe entreprise

Ce code est attribué par GS1 France à une entreprise adhérente, et comporte 6, 7, 8, 9, 10 ou 11 chiffres, selon les besoins de codification de l'entreprise.

  • Code produit

Le code produit est décliné par le propriétaire de la marque commerciale. Il dispose de 6, 5, 4, 3, 2 ou 1 chiffres, selon la longueur de son préfixe entreprise.

Sondage exclusif : l'avis de 2 000 consommateurs

LSA et Toluna QuickSurveys ont réalisé un sondage par internet en France les 19-20 mars 2013 auprès d'un échantillon de 2000 personnes âgées de 18 ans et plus, sur le sujet des codes-barres.

  • Confiance : 94%

des Français ont confiance dans l'étiquetage des produits par les codes-barres (3% n'ont pas confiance et 3% n'ont pas d'avis)

  • Visibilité 82%

jugent que le code-barres apparaît clairement sur les emballages des produits de grande consommation

  • Problèmes 15%

déclarent avoir eu souvent des problèmes de lecture de code-barres qui les auraient ralentis en caisse ou les auraient empêchés d'acheter un produit

  • Comparer 57%

seraient prêts à scanner les codes pour comparer des prix, gagner du temps (49%), avoir des infos produit (43%), commander des courses au magasin (21%)

  • QR code 58%

des possesseurs de smartphone ont déjà photographié un QR code, 22% le font même régulièrement, un taux qui grimpe à 26% chez les 18-35 ans

Qu'est-ce que GS1 ?

GS1 est un organisme mondial paritaire, dont l'objectif est d'établir des standards et des solutions permettant l'échange de biens de consommation sur la planète, visant ainsi toute la chaîne de distribution du producteur au client. GS1 établit notamment les standards pour les codes-barres. En France, GS1, organisme à but non lucratif, compte 32 000 adhérents, distributeurs, industriels, prestataires...

Grâce au Magasin LSA, trouver tout le matériel d'équipement de caisses

Réagir

Pseudo obligatoire

Email obligatoire

Email incorrect

Commentaire obligatoire

Captcha obligatoire

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 2268

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous

 
Suivre LSA Suivre LSA sur facebook Suivre LSA sur Linked In Suivre LSA sur twitter RSS LSA