Le code-barres, précieux allié des magasins

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Pour les distributeurs, l'apparition du code-barres, mais surtout sa standardisation, ont permis l'essor du commerce moderne et de masse, productif et efficace. La RFID aiguise les appétits, mais cette technologie sera moins universelle que le code-barres.

L'anecdote illustre à elle seule le rôle considérable que le code-barres a pris dans l'essor de la distribution moderne. « Avant son introduction dans les supérettes de Casino, le gérant mandataire devait apposer les étiquettes de prix une à une sur les 900 produits, parfois avoir en tête le prix des références sans étiquette, raconte Taha Husseini, ancien du distributeur stéphanois et ex-vice-président de GS1/EAN international, l'organisme de standardisation du pictogramme. Le code-barres ne l'a pas seulement affranchi de cette tâche, il a aussi permis d'élargir l'assortiment à 2 000 produits, sans difficulté. »

Gagner en productivité, élargir l'assortiment, servir plus vite et mieux le client... Le code-barres est qualifié à l'unanimité par les distributeurs de véritable « révolution » pour l'exercice de leur métier. Si le client n'en distingue que la partie visible en magasin, où le pictogramme a chassé les étiquettes de prix apposées sur chaque article, sans nuire au sentiment de confiance, les commerçants en mesurent toute la perspective.

L'avis des professionnels

LSA a sondé l'ensemble des participants aux tables rondes, trois collèges (distributeurs, industriels, prestataires), soit 20 personnes, sur leur vision du code-barres.

Confiance

100 %

tous ont confiance dans le pictogramme, qu'ils utilisent au quotidien.

Rapidité

65 %

estiment que sa première vertu est d'accélérer le passage en caisse, 40 % qu'il évite les erreurs en caisses, et 30 % que cela permet de gérer les données du scanning.

Problèmes

90 %

jugent que les hôtesses de caisse ne rencontrent que très rarement des codes-barres défectueux.

À la base de l'automatisation

« En permettant une identification unique du produit, il a servi de support à l'automatisation des différents process, qui concernent la chaîne d'approvisionnement comme les opérations en magasins », analyse Jimmy Ketelers, account manager R&D, commerce et supply chain, Kingfisher (Castorama).

Accroissement exponentiel du nombre de références en magasin, multiplication des références, essor du libre-service... Le commerce doit sa seconde naissance au code-barres, comme le souligne Sabine El Kasri, directrice supply chain de Monoprix : « Il a permis aux enseignes de réaliser des gains énormes, en passant d'une logique de gestion globale des produits, en masse, à une gestion unitaire, de précision, grâce à cet identifiant unique. »

Ce changement de paradigme, le pictogramme a su le traduire tout au long de la chaîne d'approvisionnement, le nerf de la guerre de la distribution moderne, pour accompagner la cadence des ventes de magasins conçus pour la consommation en masse. « La lecture optique d'un code-barres rythme aujourd'hui toutes les opérations logistiques, résume Anne Comolet, depuis le réapprovisionnement automatique déclenché lors du scanning produit aux caisses des magasins, et qui déclenche la commande auprès de l'industriel, jusqu'aux opérations en entrepôts. »

 

« Ce n'est pas un code magique ! »

Car le code-barres a su évoluer, se compléter, pour fournir des formats adaptés à chaque opération de la chaîne de distribution. Les étiquettes SSCC, par exemple, ont été créées pour gérer le routage des palettes de produits. Ce qui fait souligner aux distributeurs l'autre explication fondamentale au rôle central du code-barres : il a su se standardiser. Au niveau mondial, l'organisation paritaire GS1 a réuni sous une même bannière le Gencod français, l'EAN européen ou l'UPC américain, pour définir un langage commun aux produits de consommation. Ce qui a permis l'internationalisation du commerce. Puis sa globalisation.

Cette normalisation reste la clé de l'efficience et de la productivité des entreprises de la grande consommation. Pour autant, observe Taha Husseini, « ce n'est pas un code magique ! ». Il rappelle que la qualité des informations encapsulées par les acteurs dans le pictogramme doit être irréprochable pour ne pas perturber la chaîne. « L'écueil majeur tient aux propres organisations des distributeurs ou industriels, qui doivent garantir la fiabilité des informations supportées par le code-barres, ainsi que leur mise à jour, tout au long de la chaîne de commandes, de logistique... », ajoute-t-il. La qualité des impressions des codes peut aussi être en cause. Là encore, GS1 définit des standards (taille, couleur) à respecter.

Avec le développement du self-checkout, par exemple, le risque d’un code-barres illisible, c’est la vente perdue.

Sabine El Kasri, directrice supply chain, Monoprix

La productivité liée au code-barres tient aussi au fait qu’un organisme neutre et paritaire comme GS1 définit les standards.

Jimmy Ketelers, account manager - R&D, commerce & supply chain, Kingfisher /Castorama.

Adapté au m-commerce

Au bout de la chaîne, le client du magasin peut en subir les inconvénients. Notamment lorsque le prix du produit scanné en caisse diffère de celui affiché en rayon, « une incohérence causée par un manque de synchronisation dans les outils du distributeur ou un défaut de remise à jour. Le code-barres n'est pas en cause », appuie Taha Husseini.

Pour les distributeurs, le code-barres a encore récemment fait la preuve de sa souplesse d'utilisation : à l'heure du développement des smartphones, les clients peuvent scanner les pictogrammes avec leur téléphone personnel. Les distributeurs doivent s'adapter. « Le matériel grand public est loin d'avoir la stabilité des PDA par exemple, remarque Jimmy Ketelers. Cela suppose des investissements informatiques importants pour suivre la communauté des clients. » À 40 ans, le code-barres a su aussi devenir un pivot de l'e-commerce, et de ses avatars. C'est à partir du scanning du code qu'Amazon propose aux clients de comparer les prix en magasins avec les siens.

À la question de savoir si, dans quarante ans, il sera toujours là, les distributeurs trouvent peu de raisons de penser le contraire. La RFID ? « En alimentaire, elle génère une réelle productivité dans la logistique. En magasins, son coût reste élevé par rapport au prix de vente des produits », avance Jacques Jounneau, directeur support opérationnel de Système U. En revanche, en non-alimentaire, elle est utile « pour un inventaire précis et parce qu'elle peut faire office d'antivol », glisse Jimmy Ketelers.

Comme le QR code, plutôt considéré comme un atout marketing, la RFID traduit en tout cas un double besoin : « Des informations plus fines sur le produit, comme un inventaire précis ou la DLC, et un besoin plus large de marketing autour du produit et de la marque », détaille Pierre Georget, directeur général de GS1 France. Les standards de nouvelles générations de code-barres, tel le Datamatrix, permettant l'e-couponing ou un plus grand nombre de données sur la traçabilité, existent déjà. GS1 a fait le même travail pour les QR codes ou les étiquettes RFID. Des distributeurs les testent. Mais sans priver les produits de leur code-barres.

En alimentaire, la RFID a un grand intérêt dans la logistique, où elle génère une réelle productivité. Elle n’en a que peu en magasin.

Jacques Jouanneau, directeur support opérationnel, Système U.

La lecture optique d’un code-barres rythme aujourd’hui toutes les opérations logistiques.

Anne Comolet, direction organisation supply chain, Carrefour France.

Le code-barres a permis d’élargir sans difficulté les assortiments.

Taha Husseini, vice-président de GS1/EAN International de 1997 à 2000 ; chargé de mission pour les SI, Groupe Carrefour.

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Article extrait
du magazine N° 2268

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