Le commerce britannique en souffrance

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CONJONCTURE - Dans un paysage britannique au bord de la récession, les faillites des grands acteurs se multiplient, laissant présager une année 2009 difficile pour les commerçants.

Triste journée pour le commerce britannique. Le 6 janvier 2009, l'enseigne centenaire Woolworths tirait définitivement sa révérence, avec la fermeture de ses ultimes magasins, faute de repreneur. La faillite de « Woolies », comme l'appellent affectueusement les Britanniques, n'est pas un cas isolé dans le paysage de la distribution outre-Manche. En novembre, le spécialiste des cuisines MFI jetait aussi l'éponge, laissant sur le carreau plus de 3 000 employés. Si les magasins de thé Whittard et l'enseigne de vêtements pour hommes The Officers Club ont trouvé repreneur, le spécialiste de la mode enfantine Adams Childrenswear et le fabricant de porcelaine Wedgwood espèrent encore la venue d'un bienfaiteur. Au total, 29 chaînes de distribution - toutes tailles confondues - ont été placées sous administration judiciaire en 2008, avec une accélération notable au cours des deux derniers mois de l'année.

« Nous prévoyons que le nombre de faillites de grandes enseignes britanniques avoisinera les 15 d'ici à la fin janvier 2009, ce qui risque d'augmenter le nombre de licenciements dans la distribution de 25 000 personnes », estime Nick Hood, associé de la société de liquidation Begbies Traynor. Selon les observateurs, sur les 600 000 emplois que devrait perdre cette année le Royaume-Uni, un tiers proviendront de la distribution, qui emploie actuellement trois millions de personnes. « La crise que connaît actuellement la distribution britannique est en réalité la conséquence de la débâcle bancaire qui a commencé dès le scandale de Northern Rock en 2007 », estime de son côté Daniel Lucht, analyste senior auprès du cabinet d'études Verdict.

2009, une année noire ?

Dans un contexte marqué par une grosse crise de confiance des consommateurs, les organisations et les pouvoirs publics ont rompu leur sacro-sainte règle de non-interventionnisme. La Chambre de commerce britannique a ainsi demandé un gel du salaire minimal en 2009, de manière à aider les commerces à conserver leur personnel. On sait que le gouvernement britannique est sorti de sa réserve en décidant de réduire le taux de TVA de 17,5 à 15 %. Un coup d'épée dans l'eau, si l'on en juge par les commentaires des analystes : « Sur le long terme, la réduction de la TVA ne va rien faire pour stimuler la consommation et les clients vont dépenser 4 % de moins qu'en 2008 », selon une étude Verdict. Cette dernière souligne que cette chute est la plus importante depuis 1965, date à laquelle le cabinet a débuté ses études sur la consommation.

De leur côté, la majorité des commerçants n'ont pas attendu la traditionnelle date du 26 décembre pour ouvrir la période des soldes. À la veille de Noël, une étude réalisée par PriceWaterhouse Coopers signalait que 82 % d'un panel de 100 gros commerçants britanniques offraient soit des soldes, soit des promotions à l'image du traditionnel achat de trois articles pour le prix de deux. Dès le 2 décembre, la capitale britannique regorgeait déjà de vitrines à - 50 % pour certaines enseignes d'habillement. « Ces braderies ne vont pas aider le commerce à s'en sortir, estime Nick Hood. Après avoir obtenu autant d'articles à prix réduits, le consommateur ne voudra plus payer ses achats au plein tarif. » 2009 s'annonce d'ailleurs comme une année particulièrement difficile. Verdict estime en effet que l'équivalent de 3,8 milliards de livres de profits pourraient être perdus cette année, avec des marges en retrait de 3,8 % à tout juste 2,8 % : « Nous espérons néanmoins que 2010 marquera une amélioration, à condition que le crédit redémarre, ce qui n'est pas acquis à l'heure actuelle » constate Daniel Lucht.

La distribution alimentaire épargnée

Dans un paysage marqué par un sévère ralentissement des dépenses, certaines enseignes devraient toutefois parvenir à tirer leur épingle du jeu. « Les distributeurs adeptes de la "value for money", autrement dit de l'offre de prix compétitifs pour des produits de qualité, devraient bien s'en sortir. Dans cette optique, les supermarchés et les distributeurs en ligne devraient clairement faire figure de gagnants », estime Neil Mason, analyste auprès du cabinet d'études Mintel. Le numéro un britannique Tesco a ainsi annoncé début décembre une forte hausse de 11,7 % de son chiffre d'affaires au troisième trimestre de l'exercice en cours, qu'il attribue au succès de sa nouvelle offre de produits à bas prix. De son côté, la chaîne d'épiceries haut de gamme Waitrose a constaté un bond de 40 % de ses ventes durant la semaine de Noël.

Les discounters devraient également figurer au premier rang des enseignes à bénéficier des 1 850 espaces commerciaux laissés vacants par les faillites, notamment de Woolworths et MFI. Aldi, qui a ouvert jusqu'à présent 410 magasins outre-Manche, n'a pas caché vouloir posséder 1 500 points de vente d'ici à 2013 sur ce marché. L'horizon semble en revanche beaucoup plus brumeux pour les enseignes d'habillement : « À l'exception des discounters comme Primark ou des grandes enseignes comme H&M ou Zara, nous anticipons une année difficile pour le secteur de l'habillement », note Daniel Lucht. Les comptes-rendus d'activité des grandes chaînes britanniques soufflent déjà le chaud et le froid : Next a ainsi accusé un recul de 7 % de ses ventes sur les six derniers mois de 2008, tandis que la presse britannique murmure déjà le chiffre de 1 000 suppressions d'emplois chez Marks et Spencer.

Une tendance de fond à laquelle les grandes enseignes de luxe n'échappent pas, à en juger par l'avertissement sur résultats annoncé à la mi-décembre par la marque d'accessoires Mulberry. « La distribution britannique est en surcapacité depuis de nombreuses années et doit nécessairement subir une cure d'amaigrissement », explique Nick Hood. Selon les experts, le redimensionnement du secteur devrait passer par des opérations de rachat peu conventionnelles, à l'image des appétits formulés par Philip Green, patron du groupe d'habillement Arcadia - qui compte sept marques dont TopShop - sur le groupe islandais de distribution Baugur. À peine remis d'une année 2008 difficile, les commerçants britanniques se préparent à un cru 2009 très médiocre.

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Article extrait
du magazine N° 2072

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