« Le commerce équitable se trouve à nos portes »

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INTERVIEWINTERVIEWÀ une semaine du salon qui réunira 120 PME du Languedoc-Roussillon au siège de la centrale Système U Sud, son président évoque les liens étroits tissés entre les directeurs de magasins indépendants et les entreprises locales très présentes dans leurs rayons.

LSA - Système U Sud réunit le 21 mars, à son siège de Vendargues (Hérault), 120 PME agroalimentaires du Languedoc-Roussillon. En quoi cette manifestation se distingue-t-elle des salons de fournisseurs locaux, tels que peuvent déjà les organiser d'autres grandes enseignes ?

Gérard Baude - Nous voulons faire de ce salon une vitrine ouverte sur la promotion des savoir-faire locaux. Montrer comment se fédèrent, autour de cette idée, les acteurs du Languedoc-Roussillon. Ses entreprises agroalimentaires d'abord ; notre coopérative Système U Centrale régionale Sud ensuite, qui, avec 1 200 salariés, est le premier employeur de la région, sans compter les personnes qui travaillent dans les 200 magasins Hyper U, Super U, Marché U du Grand Sud de la France. Et la région elle-même enfin, très impliquée, qui profitera de cette impulsion pour affirmer sa marque collective Sud de France, durant le salon.

Tous les élus régionaux du sud de la France - Georges Frèche, le président de la région Languedoc-Roussillon, les maires, conseillers généraux, préfets - sont conviés à la manifestation. Les « politiques », en effet, même s'ils militent pour la promotion de leur région, ne connaissent pas toujours les réalités du commerce local. Nous voudrions leur démontrer que la grande distribution et les petits producteurs, qu'on oppose si volontiers, ont finalement beaucoup plus d'objectifs communs que de divergences. Et faire de cette journée à laquelle participera aussi le top management de Système U national une occasion d'échanges, au-delà du « business ». Un véritable salon de la connaissance mutuelle.

LSA - Que représentent concrètement les produits issus de PME dans les ventes de Système U ? Comptez-vous les développer encore ?

G. B. - Plus de 4 000 PME sont fournisseurs réguliers de l'enseigne au niveau national. Leur part atteint déjà 55 % du chiffre d'affaires des magasins U. Ce qui est supérieur de deux points à la moyenne nationale (53 %) pour l'ensemble des enseignes alimentaires. Sur ces 55 % de produits « made in PME », 30 % sont vendus sous la marque de leurs fabricants ; et 25 % à la marque U. Cette dernière ayant progressé de 8 % en 2006, il y a fort à penser que nous la déploierons encore...

En attendant - et pour revenir à notre Languedoc-Roussillon -, nous avons déjà prévu d'assurer le relais commercial de cette manifestation avec le lancement sur la région d'un prospectus promotionnel Sud de France.

LSA - Votre enseigne n'est pas - loin s'en faut - la seule à prôner le principe de partenariat entre distributeurs et PME...

G. B. - Certes. Mais peut-être le met-elle en oeuvre selon une philosophie toute personnelle. Dans bien des enseignes, le chemin des PME passe « par le haut », c'est-à-dire du siège de la centrale, pour descendre vers les magasins. Chez nous, les PME partent au contraire du terrain, pour aboutir aux points de vente. C'est tout naturellement que l'associé indépendant Système U, dont le magasin est fortement ancré localement, se trouve en synergie avec un patron tout autant attaché à sa terre, à son usine. L'un et l'autre ayant le souci de la pérennité de son entreprise. Nous avons même tourné une série de petits films, qui seront diffusés durant le salon, pour montrer ce que la relation entre le producteur de PME locale et le « nouveau commerçant » peut avoir d'enrichissant.

Et ce ne sont pas que de belles images ! Ainsi si chaque magasin dispose déjà d'un assortiment régional de 1 300 références, certains associés Système U l'enrichissent encore de produits achetés localement. Portant ainsi jusqu'à 1 000 références du Languedoc-Roussillon leur cave à vins. Ou offrant le choix entre 20 variétés d'huile d'olive à leurs clients.

Ainsi, dans chaque magasin U, la production régionale - ou locale quand elle existe - trouve place à coté de la déclinaison traditionnelle marque nationale, marque de distributeur, premier prix. On va parfois chercher bien loin, dans des contrées au-delà des mers, le commerce équitable. Mais il se trouve aussi à nos portes. Son essence même existe dans nos régions.

LSA - Quelles notions font donc de ce commerce de proximité, un commerce équitable ?

G. B. - La simplicité d'abord. Nous revenons au principe essentiel du commerce, la relation directe entre le distributeur et le producteur : « Vends-moi ton produit, et je le vendrai au client. ». Sans intermédiaire ni transactions au détriment du producteur. L'équité, c'est aussi la fidélité entre partenaires. Un lien bilatéral qui sous-entend que ni l'enseigne, ni le partenaire ne lâche l'autre, dans le pacte gagnant-gagnant qu'ils ont signé. Sans oublier le troisième partenaire de cette relation, le consommateur, qui lui aussi doit être respecté. Finalement, la philosophie même du commerce équitable, c'est le contrat entre deux hommes de la même terre. Comment pourrait-on manquer durablement à l'équité quand on est du même village !

LSA - Tout cela ne vous enferme-t-il pas dans les limites étroites du régionalisme ?

G. B. - Pas du tout. Chaque produit local est susceptible de franchir les frontières de sa région. Ainsi vendons-nous nos huiles d'olive du Sud à nos collègues de l'Ouest, de même qu'ils peuvent « exporter » leurs spécialités laitières. De ce point de vue, notre manifestation du 21 mars est aussi un « salon de la découverte ».

LSA - Cette initiative, première du genre pour Système U sur le Languedoc-Roussillon, pourrait-elle être reproduite sur d'autres régions ?

G. B. - Vous avez compris qu'il n'y a rien de « préfabriqué » dans notre salon de Vendargues. Et que la coïncidence avec le lancement de la marque collective Sud de France a opportunément favorisé son organisation. Si demain de semblables « ingrédients » se trouvent rassemblés dans une autre région de France, alors... pourquoi pas ?

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Article extrait
du magazine N° 1989

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