Le commerce fait le dos ro nd face

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Social - Si les clients, privés de transports en commun, ont limité leurs visites dans les magasins du centre-ville de Paris, les salariés du commerce sont parvenus à rallier leur poste et la marchandise est arrivée dans les rayons, parfois grâce au système D. Bilan de six jours de grève.

Lundi 19 novembre, beaucoup de commerçants de la région parisienne avaient le moral en berne. Même ceux qui avaient connu un état de grâce le 14 novembre, le premier jour d'arrêt de travail dans les transports en commun, reconnaissaient un chiffre d'affaires en chute libre. Jacques Périlliat, président exécutif de l'Union du grand commerce de centre-ville (UCV), relève des baisses de fréquentation de 30 à 40 % dans les magasins parisiens entre le 14 et le 16 novembre. La dégringolade peut même être plus sévère pour les sites les plus dépendants des transports publics, comme en témoigne Stéphane Rombauts, directeur du centre commercial du Forum des Halles, au coeur de Paris. Cet ensemble de 160 boutiques où déambulent 42 millions de visiteurs par an voit son affluence baisser de 50 à 70 % depuis le début des grèves. « 80 à 90 % de notre clientèle arrivent en transports en commun, car le centre est assis sur la plus grande salle d'échanges de la capitale [5 lignes de métro et 3 de RER, NDLR] », rappelle le directeur. Voilà ce qui s'appelle être desservi par le métro !

Le commerce à dominante alimentaire du centre de Paris, pourtant porté par les achats de nécessité et par la proximité, commence aussi à être pénalisé. « Les grèves ont un impact légèrement négatif sur l'activité de nos magasins », reconnaît un porte-parole de l'enseigne Monoprix. « Nos hypers les plus touchés à Paris sont ceux de Bagnolet et de la Défense. Mercredi, jeudi et vendredi, les baisses de chiffre d'affaires ont atteint 10 % et plus », chiffre François Cathalifaud, à la direction de la communication d'Auchan France. Ces ventes perdues provoquent également de la casse dans les stocks de produits frais, restés trop longtemps sur les étagères. Dans ce tableau qui va s'assombrissant, certains magasins s'en tirent miraculeusement bien, tel le Géant-Casino Masséna, dans le XIIIe arrondissement de Paris. Desservi par la seule ligne de métro automatique de la capitale, cet hyper a vu ses ventes progresser à deux chiffres sur les quatre premiers jours de grève !

Inquiétudes pour décembre

L'incidence de la désaffection du public sur les ventes est encore difficile à mesurer, en particulier dans le secteur non alimentaire. « Les clients décalent certains achats. Mais les reports ne se font jamais complètement. Il y aura forcément des pertes », anticipe Jacques Périlliat. Jean-Michel Silberstein, délégué général du Conseil national des centres commerciaux (CNCC), passe déjà les résultats du mois de novembre par pertes et profits : « On ne rattrapera pas le retard que nous sommes en train de prendre. J'ai même des craintes pour le début du mois de décembre. »

L'absence des clients est d'autant plus durement ressentie que les salariés sont à leur poste malgré les perturbations dans les transports, et que la marchandise est dans les rayons. « Le taux de présence est fort, les salariés font de vrais efforts pour venir », souligne Jacques Périlliat, de l'UCV. Ils n'ont pas, il est vrai, la même latitude que les clients ! Les employeurs s'adaptent aussi. Une enseigne a décidé de rembourser le parking à ses salariés qui viennent en voiture. Et en cas d'absence ou de retard, les magasins composent. Certains ouvrent un peu plus tard. «Des responsables de magasins restent jusqu'à 23 heures ou minuit pour faire le réassort», constate Stéphane Rombauts au centre commercial du Forum des Halles. Les hypers et supermarchés craignent, eux, pour leurs caissières. Mais, là encore, rien d'insurmontable. « Nous n'avons que 10 à 15 % de caissières absentes. On l'absorbe comme un jour de coup de bourre en affectant une hôtesse de l'accueil ou du pôle service au poste vacant », détaille Fabrice Le Bolc'h, du Géant Casino Masséna.

La logistique très peu affectée

La gestion de la marchandise se passe aussi plutôt bien. Le même hypermarché a constitué une équipe de salariés volontaires payés 30 % de plus, pour recharger ses rayons la nuit plutôt que le matin avant l'ouverture du magasin. La formule appliquée depuis le 13 novembre au soir avait été testée avec succès lors de la grève du 18 octobre. Ces aménagements sont rendus possibles par la fluidité de la logistique, peu gênée par les problèmes de circulation, à quelques légers retards près. « La grève n'affecte pas du tout la livraison de nos magasins Casino dans Paris, déclare un responsable logistique de l'enseigne, car les camions entrent dans Paris entre 5 et 7 heures le matin et, à cette heure, ils passent encore. »

Aucune enseigne n'a donc déclenché de plan Orsec. Mais lundi soir, à l'heure où nous écrivions ces lignes, tous les responsables interrogés redoutaient que le mouvement social n'évolue comme à l'hiver 1995, où les grèves contre le plan Juppé avaient paralysé le pays et contraint les magasins au rationnement. En attendant la suite des événements, la question restait entière : les ventes de Noël, qui doivent démarrer ces jours-ci, suffiront-elles à effacer le manque à gagner causé par une semaine de grogne sociale ?

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Article extrait
du magazine N° 2021

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