Le conflit chez Carrefour se décrispe

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La signature du syndicat majoritaire étant acquise, l'accord sur les salaires devrait être avalisé avant le 22 avril. Le mouvement social du 9 avril aura obligé la direction à revoir sa copie.

Michel Enguelz, délégué national Hypers Carrefour, et Dejan Terglav, secrétaire fédéral de FO Commerce.
Michel Enguelz, délégué national Hypers Carrefour, et Dejan Terglav, secrétaire fédéral de FO Commerce.© DR

Un pas en avant selon la direction et une semi-victoire pour les syndicats. Conviés de nouveau autour de la table des négociations salariales le 13 avril, après avoir claqué la porte fin mars, les partenaires sociaux devaient faire connaître leur position avant le 22 avril. Entre-temps, ils estiment avoir mobilisé 85% des salariés dans 130 hypers (sur 226) pour un jour de grève, le 9 avril, fait plutôt rare en grande distribution et chez Carrefour Hypermarchés où le dernier conflit remontait à 2008.

 

Des propositions correctes

 

Devant l'ampleur du mouvement, la direction de Carrefour a fait des concessions et sorti de son chapeau de nouvelles propositions. Parmi les plus importantes, une augmentation des salaires de 2%, en une seule fois, au 1er mars 2011, l'octroi d'une prime exceptionnelle de 203 € net versée le 1er juillet 2011, l'ouverture de négociations sur un quatorzième mois et le maintien d'une remise sur achats de 10%. Soit, pour une caissière, un gain annuel de 360 € brut.

Des propositions jugées « correctes » par FO, le syndicat majoritaire chez Carrefour. Résultat : les délégués syndicaux ont dit oui, à 82%, ce qui augure d'une signature de l'accord, FO étant le premier syndicat représenté, avec 45% des voix. Or, il suffit de 30% de représentativité pour que l'accord soit validé. « Nous avons ciblé les priorités. Aujourd'hui, les salariés de la grande distribution sont pauvres et nous ne voulons pas les épuiser dans un conflit à l'issue duquel nous n'aurions pas obtenu un centime de plus, explique Dejan Terglav, secrétaire fédéral de FO Commerce. Il nous semble responsable de capitaliser sur ce que l'on nous a donné. Aucun salarié ne perdra un centime pour avoir fait grève, et la remise de 10% s'étend aux carburants et au fuel. » La CFDT, à ce jour, n'a pas fait connaître sa position. La CGT, elle, se montre dubitative. « C'est une coquille vide !, s'exclame Virginie Cava, déléguée nationale adjointe CGT. L'augmentation en une fois couvre juste l'inflation, les salariés n'auront pas de perte de pouvoir d'achat, c'est tout. »

Le syndicat ne signera pas l'accord, mais c'était déjà le cas l'année dernière. Les 2% ne font pas de Carrefour le mieux-disant sur le plan social, mais le situent dans la moyenne, et au niveau de l'inflation qui se profile.

 

Maintenir la pression

 

En réalité, c'est une stratégie à double détente. Une fois les revendications salariales peu ou prou satisfaites, les syndicats comptent bien maintenir la pression sur deux autres fronts. Celui de l'organisation du travail, qui passe par le fameux NMO ou nouveau modèle opérationnel testé dans vingt hypers. Aux yeux des syndicats, il bouleverse les rythmes de travail en faisant commencer une partie des salariés dès 2 heures du matin et aboutit à une trop grande automatisation des tâches. Second front, celui des actionnaires. L'assemblée générale du 21 juin risque d'être mouvementée. « Le seul objectif des deux mercenaires, Colony Capital et Bernard Arnault, est de ramasser un maximum d'argent pour repartir sur leurs métiers de base. Nous, nous préserverons l'entreprise Carrefour », prévient Dejan Terglav. À bon entendeur..

Ce qui a changé

  • Une hausse des salaires en une seule fois, + 2% au 1er mars 2011. Pour la direction, cela représente 2,2% sur l'année par rapport à 2010, soit 430 € pour un salarié de classe 2B.
  • Une prime exceptionnelle, versée sous forme d'intéressement d'un montant brut de 220 € (203 € net), au 31 juillet 2011.
  • La prise en compte des heures de grève du 9 avril. Les employés pourront les récupérer d'ici au 30 juin et aussi via des compteurs positifs.
  • La direction s'est engagée à négocier début mai sur un intéressement collectif.

Ce qui reste

  • Une revalorisation de la remise sur achats pour les salariés du groupe de 7 à 10%, effective à partir du 1er juillet 2011.
  • Dans le cadre de l'égalité hommes-femmes, les futurs pères pourront bénéficier de trois absences par an dans le cadre des visites prénatales avec 3,5 heures rémunérées.
  • Pour les cadres, une revalorisation de 2% au 1er janvier des minimas avec application d'une augmentation minimum de 0,5% pour tous ceux qui n'atteindraient pas ce seuil d'augmentation.

 

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Article extrait
du magazine N° 2178

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