Le crédit sain, levier de croissance à effet rapide

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Alors qu'il y a eu trois lois en un an sur le sujet, le PDG du numéro un européen du secteur plaide pour une notion responsable du crédit à la consommation. Pour lui, la lutte contre le surendettement et le développement du crédit ne sont pas antinomiques.

LSA - Vous venez d'annoncer les meilleurs résultats de Cetelem depuis la création de BNP-Paribas, votre maison mère. Comment l'expliquez-vous, alors que la courbe de croissance des acteurs de ce marché s'établit à 4 % ?

François Villeroy de Galhau -Concernant Cetelem, notre production globale a en effet augmenté de 14 % en 2004, et notre contribution au résultat consolidé de BNP-Paribas a progressé de 14,5 %. La contribution de l'international est notamment très forte, avec une production en hausse de 16 %. En France, nous avons observé une inflexion au cours de l'été. Durant le premier semestre, il y a eu une très forte corrélation entre le crédit et la consommation, avec une forte hausse du premier (+ 7 %) qui a contribué au dynamisme de la seconde. Après le ralentissement de cet été, la consommation a repris au dernier trimestre, et a crû plus fortement que le crédit. C'est un phénomène exceptionnel, et il est encore un peu tôt pour analyser. Mais il semble que les mesures de déblocage de l'épargne salariale ont soutenu ponctuellement la con-sommation. Il reste un potentiel de crédit à la consommation très important en France.

LSA - Voulez-vous dire que le crédit n'est pas assez développé dans notre pays ?

F. V. de G. - C'est un instrument sous- utilisé. La France reste une anomalie. Le Cetelem, présent dans treize pays européens, est bien placé pour le savoir. Il y a tradition- nellement une différence forte entre l'Europe du Nord et l'Europe du Sud. Dans ces derniers pays, les ménages ont moins recours au cré-dit, mais il y a un phénomène de rattrapa- ge. En Espagne, la production de crédits nouveaux a augmenté au Cetelem de plus de 15 % en 2004. La France a un niveau d'encours du type Europe de Sud, mais le rattrapage ne se fait pas.

LSA - Pourtant, on ne peut pas dire que le gouvernement n'a pas encouragé le recours au crédit à la consommation...

F. V. de G. - Il y a eu des incitations fiscales, qui ont eu un grand mérite psychologique en montrant que le crédit peut être un levier de croissance. En France, on a encore trop tendance à assimiler le crédit au surendettement. On oublie toujours les 98 % à 99 % d'emprunteurs qui ne posent pas problème. Or, il n'y a pas de réalité du surendettement plus forte dans notre pays qu'ailleurs en Europe continentale. S'il y a une réalité du surendettement, c'est en Grande-Bretagne et aux États-Unis. Le bon indicateur est le taux de risque mesuré par rapport à l'encours. Il est deux à trois fois plus élevé dans ces pays anglo-saxons qu'en France.

LSA - À plusieurs reprises, des députés ont tenté de faire adopter un amendement introduisant en France la possibilité d'un fichier positif qui recenserait toutes les personnes à risque, sur le modèle anglo-saxon. Est-ce une bonne solution pour lutter contre le surendettement ?

F. V. de G. - Il y a une grosse ambiguïté sur le fichier positif. Ce dernier est présenté par ses partisans comme un instrument de lutte contre le surendettement, alors qu'aux États-Unis et en Grande-Bretagne, où il existe, c'est avant tout un instrument de prospection commerciale. Le modèle anglo-saxon est différent du nôtre, qui combine un surendettement supérieur, des taux d'intérêt plus élevés et une prospection plus agressive. Nous sommes donc réservés sur l'introduction d'un fichier positif. On peut tout à fait être contre le surendettement et pour le développement du crédit. Mais pour un crédit sain et responsable. Nous répondons par la négative à 30 % des demandes qui nous sont faites. Et en 2004, le nombre de dossiers de surendettement au Cetelem a baissé de 2 %. En aidant le bon crédit, on aide la consommation et la croissance. Si nous allions, en France, vers des taux de croissance du crédit à deux chiffres, comme en Espagne ou en Italie, l'économie française gagnerait quelques dixièmes de points de PIB par an...

LSA - Justement, le crédit à la consommation a beaucoup passionné les hommes politiques ces derniers mois...

F. V. de G. - Le nombre élevé de mesures législatives complique le développement du crédit en France. Depuis le début de 2004, il y a eu trois lois : celle sur la sécurité financière, la loi Borloo et la loi Chatel. La multiplication des lois crée une difficulté d'application pour les professionnels et une difficulté de compréhension pour les consommateurs. En fait, ces lois, censées clarifier la situation pour ces derniers et les protéger, risquent plutôt de les désorienter.

LSA - Les dispositions de la loi Chatel qui obligent les organismes de crédit à la consommation à prévenir les consommateurs un mois avant la date limite de renouvellement de leurs contrats sont-elles davantage source de complication que de simplification ?

F. V. de G. - Il n'y a pas de difficultés spécifiques sur l'application de la loi Chatel, mais une succession rapide de changements de règles qui nuisent au crédit. Les distributeurs se sont interrogés, par exemple, pendant plusieurs mois, sur l'application de la loi sur la sécurité financière, en matière de publicité sur le lieu de vente...

LSA - Que pensez-vous de l'autorisation de la publicité sur le crédit gratuit hors du lieu de vente qui vise, elle, à soutenir directement la consommation ?

F. V. de G. - Ce qui compte pour augmenter le chiffre d'affaires des professionnels, c'est de pouvoir développer le crédit en général sur le lieu de vente. La libéralisation du crédit gratuit n'est qu'un levier parmi d'autres. Mais cette disposition ajoute un instrument à la palette existante, et le Cetelem l'inclut dans son offre aux distributeurs. Depuis plus de cinquante ans, le développement du crédit sur le lieu de vente est le coeur de notre métier. Nos 11 000 salariés sont plus proches du commerce que de sociétés financières. En cela, au côté de la distribution, nous contribuons au développement de la croissance et de la consommation. Finalement, le retard français en matière de crédit est une bonne nouvelle. Nous avons là un levier à effet rapide de soutien à la croissance. Et l'économie française en a bien besoin.

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Article extrait
du magazine N° 1898

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