"Le crowdfunding est une réponse au manque d'investisseurs en France"

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TRIBUNE D'EXPERTS Suite à notre article sur le crowdfunding paru le 21 octobre , Sébastien Rigoigne, associé chez Particeep, une plateforme de financement participatif, tient à rappeler pourquoi le crowdfunding peut être une alternative durable aux modes de financement classiques

Sébastien Rigoigne Particeep

Le financement participatif existe depuis quelques années en France, mais son application au financement des entreprises est nouvelle. Avant d’en étudier les contraintes et les opportunités, il convient de définir ce concept large.
Le crowdfunding est l’art de financer des projets par un grand nombre de personnes. Il en existe plusieurs modèles très différents :

- Le don, qui consiste à donner une somme d’argent pour un projet (culture, associatif, entrepreneurial…), et concerne de faibles montants (généralement <10 K€, sauf exceptions)
- Le prêt, qui se développe et peut concerner des prêts entre particuliers ou vers des entreprises
- L’equity, qui permet à un investisseur particulier ou professionnel d’investir dans une start-up ou PME et de devenir actionnaire de celle- ci. Les montants à financer se situent généralement entre 100 K€ et 1,5M€.

Nous abordons donc plusieurs concepts différents à travers la notion de « crowdfunding ». Le modèle de don se présente comme n’ayant aucun but lucratif, alors que « l’equity » vise une rentabilité à environ 5 ans (à lors de la revente des parts). Le point commun des différents modèles est l’engagement de l’internaute dans un projet et l’adhésion à celui- ci.


Plusieurs articles récents ont présenté le crowdfunding comme « une fausse bonne idée », notamment pour l’application du modèle à l’entrepreneuriat. En réalité, il convient de différencier les modèles de financement participatif appliqués à l’entrepreneuriat. Pour la partie « don », les montants sont faibles et concernent un lancement d’activité ne nécessitant que peu de capitaux. C’est le modèle de plusieurs « plateformes de don » ayant appliqué leur activité à l’entrepreneuriat. Pour la partie « crowdfunding en equity », l’enjeu est tout autre ; les entreprises candidates sont souvent des  structures bien établies, réalisant un chiffre d’affaires, et ayant besoin de lever des fonds pour accélérer leur développement.
Ainsi, plusieurs critiques ont été avancées comme la faiblesse des montants, la multiplicité des investisseurs, la confidentialité, ou encore les difficultés pour trouver des financements futurs si trop de jeunes entreprises sont financées. Comme le disait Pierre Kosciusko-Morizet dans LSA-conso.fr : "On manque de financement à tous les niveaux. Il y a beaucoup de Business- Angels pour la première étape qui permettent de démarrer une activité, mais beaucoup moins de monde pour le stade d’après, lorsqu’il faut lever entre 5 ou 10 millions d’euros. Si on agrandit le premier maillon de la chaîne et pas celui d’après, il y aura des morts."
Cependant ces arguments ne semblent pas tous fondés. Pour le financement participatif avec prise de participations (« equity crowdfunding »), la faiblesse des montants n’entre pas en compte. Ces derniers sont généralement compris entre 100K € et 1,5M €.

De plus, même si chaque entrepreneur évite d’exposer tous les détails de sa stratégie, la confidentialité est souvent un « faux- problème ». Il faut savoir qu’entre penser à un sujet et le lancer une phase importante de recherche est nécessaire. Pour les entreprises déjà établies et en cours de croissance, le « vol de données » par des concurrents est relativement peu probable dans la mesure où le nombre d’investisseurs est très limité et leur identité connue (nombre d’investisseurs ayant accès aux informations de l’entreprise limité à 149 personnes – voir la législation du financement participatif). D’autre part, la multiplicité des investisseurs peut poser des problèmes de gouvernance. C’est à ce niveau qu’il est nécessaire de savoir tirer profit de ces investisseurs qualifiés et de leur réseau. Il est nécessaire de choisir une plateforme proposant une réponse à ces enjeux afin de pouvoir solliciter ces investisseurs qui peuvent se révéler utiles et de bons conseils. C’est pour répondre à ce besoin que des plateformes comme Particeep visent à proposer des outils innovants d’interaction et d’échange.  De plus, le crowdfunding en equity permet de donner un cadre juridique et légal à un apport en « love money » lors d’une création.


Enfin, selon France-Angels, il y aurait actuellement entre 7 000 et 8 000 business angels en France, contre environ 40 000 au Royaume-Uni, et plus de 400 000 aux Etats-Unis. Lorsqu’on prend connaissance de ces chiffres, on comprend l’explication du manque d’acteurs dans le capital-risque pour financer les besoins des PME se situant entre 100K € et 2,5M € (« equity gap »). Or, si ces entreprises lauréates grandissent et affichent un succès après quelques années, elles n’auront pas de difficultés à intéresser les investisseurs soucieux de minimiser leur risque lors d’un second tour de table.
Pour ces raisons, le « crowdfunding en equity » s’affiche comme une alternative dans le financement des jeunes entreprises. Les plateformes se positionnent comme acteurs complémentaires des business angels, qui peuvent parfois même faire appel à ces dernières pour « boucler un tour de table ».

Pour aller plus loin :

- Consultez les propositions du gouvernement pour réformer le cadre juridique du financement participatif
- Lire l’article « Et si le crowdfunding était une fausse bonne idée du commerce »
- Apprenez-en plus sur le financement participatif et découvrez comment investir dans une startup ou une PME

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