Le crowdfunding, un nouveau levier pour les e-commerçants

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Né dans le secteur culturel, le crowdfunding séduit de nombreux porteurs de projets dans le commerce, le social ou l'environnement. Une réglementation est à l'étude pour encadrer cette activité qui intéresse de près les e-commerçants.

L'idée du crowdfunding ? Emprunter à des gens qui vous veulent du bien ! Ces dernières années, des plates-formes proposant à des particuliers d'investir dans des projets divers et variés se sont multipliées. Récemment, on a même vu l'animateur Nagui utiliser la pionnière My Major Company pour lever des fonds afin de produire la nouvelle formule de l'émission Taratata, trop onéreuse pour une chaîne publique. Résultat : 16 100 € réunis en trente-six heures.

Le crowdfunding nous a permis de faire levier pour convaincre les business angels qui ont vu l’intérêt de notre communauté pour lancer notre projet.”

Florence Haxel, cofondatrice et présidente de mesbonnescopines.com

Mais le financement participatif n'est plus seulement anecdotique. My Major Company s'est ouvert à la création d'entreprises. Surtout, elle a fait des émules. De nombreuses plates-formes se sont créées, généralistes, comme Anaxago ou Hellomerci, ou spécialisées, comme Babyloan dans le crowdfunding de solidarité, ou Iamlamode, qui accompagne les porteurs de projets mode.

Le chaînon manquant

Cet automne sera lancé Unilend, spécialisé dans le financement de fonds de roulement d'entreprises matures, qui permettra à tout le monde

60 000 : Le nombre de projets financés par le crowdfunding depuis 2008

40 M € : Le total des fonds levés

2x : Un marché qui doublé entre 2012 et 2013

Source : LSA

d'investir dans les entreprises françaises. Un carton annoncé !

« Depuis 2008, 60 000 projets ont été financés par le crowdfunding, soit 40 millions d'euros levés, et ce marché a doublé entre 2012 et 2013, a indiqué Fleur Pellerin, ministre déléguée auprès du ministre du Redressement productif en charge des PME, lors des Assises du financement participatif qu'elle présidait, lundi 30 septembre, à Bercy. Face à la frilosité des banques apeurées par les idées nouvelles, le financement participatif est une révolution pour les entreprises innovantes et les épargnants, qui marchent au coup de coeur. Le gouvernement souhaite l'encourager tout en limitant les risques pour les particuliers », a déclaré la ministre, qui y voit un moyen de combler un manque dans le financement des sociétés.

On manque de financement à tous les niveaux. Il y a beaucoup de business angels pour la première étape qui permettent de démarrer une activité, mais beaucoup moins de monde pour le stade d’après, lorsqu’il faut lever entre 5 ou 10 millions d’euros. Si on agrandit le premier maillon de la chaîne et pas celui d’après, il y aura des morts.

Pierre Kosciusko-Morizet, cofondateur et PDG de Price Minister et cofondateur d’ISAI, le fonds des entrepreneurs internet.

Lancé en septembre 2012, le site mesgouts.fr a fait appel au crowdfunding pour développer son projet de moteur de recherche alimentaire.

LES 3 AVANTAGES POUR L'E-COMMERCE

  • Trouver des financements pour les petits porteurs de projets 
  • Venir en complémentarité d'un autre financement en offrant plus de crédibilité par rapport aux banquiers et en permettant d'avoir des meilleurs taux d'intérêts.
  • Satisfaire aux besoins en fond de roulements des petites entreprises

« Nous avons réalisé une première levée de fonds en 2012 de 120 000 € avec notre propre argent et de la " love money ", raconte son cofondateur Laurent Pasquier. Notre objectif est de lever 150 000 € pour poursuivre le développement du site. » Pour ce dernier, le crowdfunding n'est pas forcément plus simple que l'appel à un business angel : « Il y a plus d'actionnaires donc plus de comptes à rendre. »

C'est plutôt la philosophie qui l'a séduit : « Le crowdfunding s'est imposé car notre produit est là pour servir les gens. Il est d'utilité publique. C'est plus communautaire. Nous allons pouvoir créer une famille d'investisseurs, les consulter. Il y a beaucoup de valeurs transmises par le projet qui touchent tout le monde. Les gens auront envie d'y participer s'ils y croient. » Une façon aussi de tester l'appétence pour le produit ou le projet. « Le crowdfunding a été le levier qui nous a permis d'attirer l'attention des business angels, indique Florence Haxel, cofondatrice du réseau social mesbonnescopines.com, site d'entraide entre femmes. Devant l'intérêt suscité, ils ont complété nos besoins en financement pour développer l'aspect marketing et commercial. » Elle aussi a choisi d'ouvrir son capital à ses membres : « Que les bonnes copines soient les propres investisseurs de leur réseau communautaire étaient une forme d'aboutissement », lance-t-elle.

Nous avons remis nos propositions au gouvernement. Cela va ouvrir le marché et créer un cadre favorable au crowdfunding plus souple et défini. On redonne le pouvoir aux particuliers qui ont envie d’investir.”

François Carbone, cofondateur d’Anaxago et pdt de l’association Financement Participatif France.

Vers « une charte de qualité »

Dans cette démarche, le rôle de la plate-forme est souvent essentiel. Pour Thierry Hernandiz, créateur du comparateur de prix Le bon côté des choses, elle a été un véritable soutien : « J'avais peur que cela soit plus compliqué, confie-t-il. En réalité, Anaxago centralise beaucoup de choses. Ils nous permettent, par exemple, de nous adresser à tous les souscripteurs au travers de web conférences. »

L'essor des plates-formes a poussé les pouvoirs publics à se positionner pour encadrer le financement. Une nouvelle réglementation entrera en vigueur au premier trimestre 2014 et un portail rassemblant tous les acteurs, tousnosprojets.fr, de BPI France, sera lancée. 700 projets issus de quatorze partenaires sont déjà référencés. « Ils devront proposer des projets français et répondre à une charte de qualité », a indiqué Fleur Pellerin. Car les mauvaises expériences pourraient échauder les internautes avec le risque de marginalisation du secteur.

La ministre va encore plus loin. « Il faut faire en sorte que cette réglementation serve de modèle aux autres pays européens, lever les freins au crowdfunding en Europe, élaborer un cadre juridique commun. On a intérêt à avoir des plates-formes européennes. » Avec la France qui tiendrait le rôle précurseur...

LA RÉGLEMENTATION ÉVOLUE AU 1ER TRIMESTRE 2014

  • La création pour les plates-formes de financement participatif d'un statut spécifique de « conseiller en investissement participatif », sans fonds propres minimum.
  • Des procédures simplifiées en cas d'offre au public de titres financiers. Le seuil en dessous duquel les entreprises sont contraintes à la rédaction d'un prospectus visé par l'AMF a été fixé à 300 000 € contre 100 000 auparavant.
  • Un assouplissement du monopole bancaire, avec la possibilité pour des particuliers de financer des personnes physiques ou morales dès lors que les conditions suivantes sont réunies : au moins 20 prêteurs dans les opérations, moins de 250 € par personne, une collecte totale inférieure à 300 000 €.

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Article extrait
du magazine N° 2291

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