Le défi de l'information produits

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Les demandes des consommateurs sur les produits pourraient faire basculer les industriels vers les nouvelles générations de codes-barres. Sans déconstruire une efficacité qui a fait ses preuves dans la supply chain ou les échanges informatisés.

Table ronde Industriels

Un magnifique packaging coloré de shampooing L'Oréal dont le code-barres ne pourrait pas être lu par un scanner en caisse ? Difficilement imaginable pour Natalie Alligier, manager en qualité des données chez l'industriel. « Nous avons depuis longtemps mené des actions de formation avec les équipes du marketing - création de L'Oréal - , afin qu'elles intègrent le respect du contraste et des couleurs des codes-barres sur les packagings. » Noir sur vert, sur gris foncé... autant d'associations de couleurs qui nuisent à la bonne lecture du pictogramme, au contraire, par exemple, du noir ou du vert sur blanc.

L'avis des professionnels

 

Informer

55%

jugent que, dans le futur, l'usage client le plus probable à partir du scanning de code-barres sera de pousser l'information produit.

QR codes

90%

d'entre eux ont déjà scanné des QR codes sur les packagings produits. Mais la fréquence est assez rare (60% l'ont fait très occasionnellement).

RFID

85%

pensent que le code-barres sera longtemps utilisé en parallèle avec la RFID. 10% jugent que la RFID ne s'imposera pas dans la grande consommation.

NFC

95%

des professionnels estiment que la technologie sans contact est une bonne (75%) ou très bonne (20%) chose.

Et qui sont donc prohibées chez L'Oréal. Si le géant de la cosmétique accorde autant de soin au sujet, c'est que chez les industriels des PGC, comme chez les distributeurs, le code-barres a révolutionné les processus de la grande consommation. « Il symbolise la collaboration entre les acteurs des PGC, qui s'appuient sur cette solution pour développer et rentabiliser le commerce de masse », synthétise Jean-Rafael Garcia, le directeur supply chain de Saupiquet.

Laurent Grégoire, director customer business solutions de Sca, abonde dans ce sens. « Le code-barres est un élément fondamental de la traçabilité de nos produits, qui a su s'adapter à nos contraintes. » La preuve ? Il rappelle que son groupe a été le premier, en Europe, à utiliser, dans sa supply chain les étiquettes « palettes » dites SSCC, il y a douze ans déjà, calibrées pour ces usages. « Cela nous a permis d'assurer une qualité de service de 100% pour nos clients distributeurs. Nous avions installé des lecteurs de code-barres autour de nos portiques de chargement. En cas d'erreur par rapport aux prévisions de chargement, une lumière rouge s'allumait ! »

 

Au service de la traçabilité

Au fil des années, la grande majorité des processus mis en place pour accompagner l'essor du commerce moderne l'ont été autour du code-barres. Pour les industriels, cela commence bien en amont. « Il a permis d'améliorer la qualité dans notre supply chain, mais aussi la productivité dans les échanges entre nos usines et nos plates-formes, par exemple en nous évitant la ressaisie des données ! », souligne Flore Belbis, directrice logistique de Yoplait. Jean-Jacques Hénaff, président du leader français des pâtés en conserve, insiste aussi sur le fait que le code s'est avéré « un instrument très puissant au service de la traçabilité : toutes nos matières premières sont tracées grâce à lui ».

Sur le versant aval, même satisfecit des industriels : le langage commun fonctionne. « À l'usage, le code GS1 a fait la preuve de sa capacité à porter l'information produit et logistique tout au long de la chaîne, analyse Natalie Alligier. Il a accompagné le développement des flux d'échanges entre industriels et distributeurs. Le défi n'était pas évident et s'est complexifié au fil du temps. L'explosion des promotions consommateurs, par exemple, aurait pu perturber les chaînes logistiques. Le code n'a jamais été un frein. » Il a même été un catalyseur pour les projets de développement des échanges de données informatisées (EDI), qui accélèrent et fiabilisent aussi les relations commerciales.

Mais des pistes d'améliorations demeurent. Les industriels soulignent à l'unisson les problèmes de lisibilité des codes dans certains cas. Pour des raisons de qualité d'impression, d'abord. François Cabet, directeur des systèmes d'information de Lustucru-Rivoire et Carret : « Les problèmes concernent surtout le marquage " en ligne " de nos unités logistiques, sur colis et palettes. La qualité des équipements ou des rubans est parfois insuffisante. Nous avons mis en place deux procédures. D'abord, nous faisons valider les étiquettes par GS1, ce qui offre une garantie. Ensuite, pour mesurer la dégradation des étiquettes sur nos lignes d'équipement, nous procédons à des relectures en interne. »

Comme les distributeurs, les industriels soulignent aussi que le code n'affranchit pas d'une saisie rigoureuse des données. « Le grand problème, dans la distribution, c'est surtout la qualité de l'enregistrement des données, pointe Flore Belbis (Yoplait). Il y a trois ans, nous avions un produit laitier référencé dans la catégorie vélo ! La rigueur est indispensable lors de la création des codes-barres, et cette qualité de l'information doit se retrouver dès la phase de palettisation. » Un point d'autant plus crucial que, comme le souligne Natalie Alligier : « Le respect de la qualité des informations garantit un bon réapprovisionnement. D'autre part, avec le développement de canaux de vente comme le drive, le client doit être sûr de ce qu'il commande en ligne ! »

À terme, peut-être que certaines informations disparaîtront du packaging pour s’intégrer dans un QR code.

Laurent Grégoire, director customer business solutions, Sca

La grosse lacune du code-barres, c’est qu’il ne permet pas de régler le problème des pertes de marchandises ou des vols.

Jean-Jacques Hénaff, président, Hénaff

Le grand problème, dans la distribution, c’est surtout la qualité de l’enregistrement des données.

Flore Belbis, directrice logistique, Yoplait

Bases de données identiques

Les réflexions portent aussi sur l'avenir : quelle place pour le pictogramme à l'heure du dialogue avec les consommateurs et des applications de smartphones ? Sur ce point, les industriels sont plus mitigés que les distributeurs. « Nous avons déjà des expériences où l'on diffuse de l'information produit, mais avec les codes EAN 13, celle-ci est figée, tranche François Cabet (Lustucru-Rivoire et Carret). Les clients sont demandeurs de plus en plus d'informations, sur le plan de la qualité, surtout. Je crois beaucoup aux codes de nouvelle génération, où l'on encode davantage de données, comme le numéro de lot, les dates limites de consommation... Tout pousse vers ces nouveaux codes, qui cohabiteront peut être avec les EAN 13. »

Laurent Grégoire, lui, regrette que le QR code ne soit pas plus développé en France. « Il permettrait au consommateur de connaître par exemple le prix avec la promotion en cours. Notre souci, dans ce domaine, c'est que l'information soit juste et authentique et, pour cela, il faut que le distributeur et le client disposent des mêmes bases de données. À terme, peut-être que certaines informations disparaîtront du packaging pour s'intégrer dans un QR code », présage-t-il. Rien d'impossible. Il y a vingt-cinq ans, personne n'imaginait qu'un produit ne puisse pas avoir une étiquette avec son prix.

Former sur la nécessité du respect des standards de code-barres sur les packagings.

Natalie Alligier, manager en qualité des données, L’Oréal

Le code-barres symbolise la collaboration entre l’ensemble des acteurs des PGC.

Jean-Rafael Garcia, directeur supply chain, Saupiquet

Il reste difficile, avec l’import de certains pays étrangers, d’avoir une grande qualité de lisibilité des étiquettes de code-barres.

François Cabet, directeur des systèmes d’information, Lustucru-Rivoire & Carret

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Article extrait
du magazine N° 2268

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