Le doux rêve d’Amazon [Edito de la semaine]

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EDITORIAL "Le livreur frappe à votre porte alors que vous ne saviez même pas que, dans votre placard, la rupture en café était proche !"

Yves Puget, directeur de la rédaction
Yves Puget, directeur de la rédaction© Laëtita Duarte

Au-delà de l’admiration que suscite l’aventure d’Amazon, l’annonce faite la semaine dernière de l’arri­vée de l’e-commerçant dans l’alimentaire suscite bon nombre d’interrogations. Pour les industriels d’abord, puisqu’il convient de savoir quels seront, dans le temps et non simple­ment les premiers jours, sa stratégie d’achats et son positionnement prix. Le pure player jouera-t-il le jeu des marques en travaillant main dans la main avec elles, jusqu’à créer des corners sur son site ? Ouvrira-t-il très largement les vannes de sa marketplace ? Se "contentera-t-il" de l’épicerie et des boissons ou attaquera-t-il d’autres rayons ?

La deuxième interrogation concerne les distributeurs. Que vont-ils faire, comment vont-ils réagir ? Très probablement, détailleront-ils l’assortiment et analyseront-ils les prix. Avec comme idée simple de ne surtout pas apparaître moins chers qu’Amazon. Ensuite, ils convoqueront quelques industriels dont ils trouveront l’offre trop alléchante. Cette période terminée, ou concomitamment, soit ils joueront la carte du dédain pour ne pas faire de « pub » à Amazon, soit ils passeront à l’attaque et se feront un plaisir de montrer dans les médias que chez eux… c’est encore moins cher. Histoire de brouiller l’image de l’e-commerçant et de valoriser leur image de discounter. La bataille sera alors lancée. Les consommateurs en seront les grands gagnants, puisque la surenchère de prix bas est garantie. À l’inverse, les fournisseurs peuvent craindre cet embrasement (et donc leurs salariés-consommateurs).

Mais il se peut aussi que ce scénario, que certains pensent « gravé dans le marbre », ne soit pas le bon, et qu’Amazon joue avant tout la carte du service et du marketing client. Que les équipes de Jeff Bezos dressent le constat que l’e-commerce n’a plus à faire ses preuves, qu’il n’a plus besoin d’aller chercher des internautes avec des promesses de prix bas, qu’il suffit d’être bien « positionné », au milieu du corridor des prix. Que le service prime avant tout. Avec une écoute client exemplaire, une logistique parfaite et un marketing puissant, Amazon pourrait changer les règles du jeu et déplacer le débat sur d’autres terrains. Il ne s’agirait plus de mettre en avant le prix ou la taille de l’assortiment, mais de valoriser le service. La question ne serait plus de savoir combien coûte une dosette de café, quelle référence choisir ou quel magasin fréquenter, mais, par exemple, de tout confier à Amazon et à son système de réapprovisionnement automati­que. Ou la folle illusion de l’e-commerçant de faire disparaître… les courses. Plus besoin de perdre du temps dans un point de vente ou derriè­re son clavier pour préparer sa liste d’achats. Le livreur frap­pe à votre porte alors que vous ne saviez même pas que, dans votre placard, la rupture en café était proche ! Et qui n’a pas rêvé d’être livré en seulement une heure pour préparer son dîner.

La douce illusion d’Amazon est là et nulle part ailleurs. Comme disent certains, Amazon veut « raccourcir le temps ». À tel point que l’entreprise américaine a déposé un brevet portant sur des imprimantes 3D installées dans des camions de livraison. Fantasme ou inspiration, il n’en reste pas moins qu’elle a imaginé la suppression des stocks et la fabrication des produits juste après la commande, lors du transport. Le rêve ultime d’Amazon. Mais avant d’y arriver, il devra se frot­ter à l’impitoyable réalité quotidienne du métier d’épicier. 

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Article extrait
du magazine N° 2381

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