Le DVD atteint par le syndrome du CD musical

|

Cette fois, c'est fait : comme la musique, la vidéo risque de voir son chiffre d'affaires baisser ou stagner en 2005 pour la première fois. Sur le banc des accusés : le piratage, bien sûr. Mais pas uniquement.

Jean-Yves Mirski, délégué général du Syndicat des éditeurs vidéo (SEV), lève les yeux au ciel, l'air fataliste. « Le chiffre d'affaires des éditeurs va être légèrement négatif cette année, assure-t-il. Si la fin d'année est très bonne, nous serons peut-être autour de zéro. Le contexte est vraiment difficile. » Malgré des ventes qui devraient encore progresser d'une quarantaine de millions d'unités, le chiffre d'affaires ne quittera pas la zone de 1,2 milliard d'euros. La tendance est la même en Europe, comme le constate Jean-Paul Commin, le président de l'International Video Federation : « Les principales indications du marché 2005 [...] ne sont pas favorables. S'il y a toujours croissance des volumes, ceux-ci ne compensent pas une baisse rapide des prix. »

Face à cette situation difficile, le piratage des films sur internet se trouve plus que jamais au premier rang des préoccupations de l'industrie. Au début de cette année déjà, Thierry Rogister, le président du SEV et de Gaumont Columbia Tristar Home Vidéo, s'emportait : « Il faudrait peut-être cesser de parler de " pirates ", c'est un terme trop sympathique... Ce sont des pillards, des voleurs, des fossoyeurs ! Il n'est pas acceptable que les journalistes, les points de vente et nous, dans l'industrie, regardions ce phénomène avec un sourire amusé. Une guerre est nécessaire pour que nos industries survivent ! »

Imposer une « riposte graduée » au piratage

 

Quelques mois plus tard, le discours officiel du Syndicat s'est quelque peu apaisé. Des discussions sont en cours avec les fournisseurs d'accès internet afin de mettre en place une « riposte graduée » comparable au système prôné dans le jeu vidéo. « L'idée est d'envoyer d'abord un e-mail d'avertissement à l'internaute identifié comme téléchargeur, résume Jean-Yves Mirski. S'il persiste, on passe à la lettre recommandée. Et, dans un troisième temps seulement, nous basculons dans une procédure pouvant aboutir à des poursuites et des amendes. Dans le même temps, nous négocions sur une offre légale qui est le pendant logique de tout cela. Mais il faut être pédagogue, expliquer aux gens que la gratuité est un leurre. Et leur rappeler aussi que sur internet, l'anonymat n'existe pas ! »

Reste que, si les sites de peer-to-peer viennent évidemment grignoter les revenus des éditeurs, ils reconnaissent eux-mêmes que la chute du prix moyen des DVD - parfois présentée comme un moyen de décourager le piratage - en est sans doute la cause principale. Au point que, pour François Klipfel, directeur commercial de l'institut GfK, la vidéo fait figure d'exemple à ne surtout pas suivre par les autres industries du divertissement. « Les éditeurs vidéo ont fait la grosse erreur de massacrer les prix, faisant passer en un an le prix de vente des nouveautés de 29 à 19 E », notait-il au printemps devant les éditeurs de jeux vidéo. Une analyse qui agace Jean-Yves Mirski : « Je ne veux pas polémiquer, mais il ne faudrait pas oublier que les modèles économiques sont complètement différents ! Dans le jeu, la guerre des prix se fait sur les consoles, et les fabricants prélèvent leur dîme sur les éditeurs. » Les DVD vendus 3 Eavec les quotidiens du samedi sont aussi évoqués, accusés sont d'introduire la confusion dans l'esprit des consommateurs qui, dès lors, se demandent pourquoi payer un autre film 19 E. « C'est sûr que ça ne fait pas de bien, reconnaît Jean-Yves Mirski. Mais ce sont des films issus du fond de catalogue, pas des nouveautés, et ils ne sont disponibles qu'une journée. »

Occasion et déstockage, une âpre concurrence

 

Plus problématique peut-être, la poussée d'internet dans les ventes de DVD - avec une part de marché évaluée entre 10 et 12 % l'an dernier - contribue également au phénomène de chute des tarifs. « Les vendeurs en ligne ont conquis leur part de marché en utilisant les possibilités offertes par la législation européenne, ce qui leur a permis de casser les prix, déplore Jean-Yves Mirski. C'est un état de fait, nous ne pouvons que le subir. » Certains sites s'approvisionnent donc à l'étranger, bénéficiant de tarifs inférieurs qu'ils répercutent à la vente. D'autres s'appuient sur des professionnels du déstockage ou sur la revente de produits d'occasion par les particuliers, mais l'intérêt de l'opération reste le même, comme le confirme Laurent Moreau, responsable éditorial du site Kelkoo France : « Les nouveautés vidéo restent chères. On a donc rapidement vu naître un vrai marché de l'occasion, à peu près au même rythme que le marché du DVD perçait. » Et selon Aymeric Chotard, PDG et cofondateur du site 2xmoinscher.com, la réciproque est également valable : « Le grand intérêt d'internet pour les particuliers qui revendent leurs DVD, c'est de pouvoir céder son produit à un juste prix. C'est très rarement le cas dans la distribution physique ! »

Attaqués de toutes parts, les éditeurs doivent désormais trouver des solutions pour maintenir leurs revenus à flots. L'arrivée prochaine des disques haute définition (HD) pourra résoudre certains problèmes pendant un temps, notamment en compliquant la tâche des pirates. Mais encore faudrait-il qu'industriels et éditeurs se mettent enfin d'accord sur une norme unique, ce qui semble encore poser problème alors même que l'offre de téléviseurs a entamé son basculement vers la HD.

Proposer des solutions originales

 

À plus court terme, l'opération mise en place par Toshiba pour les fêtes de fin d'année, même si elle concerne le monde de la location, ouvre une piste intéressante. Plutôt que de proposer une sélection de 10 - voire 100, cela s'est vu ! - DVD offerts ou vendus pour un prix symbolique, le groupe japonais a passé un contrat avec le loueur Vidéo Futur, et offre à ses clients un « passeport » d'une valeur de 23 E. « Offrir des DVD quand le marché explosait, c'était une bonne idée, reconnaît Thierry Chabrol, directeur général de Toshiba. Mais aujourd'hui, le marché étant plus mature, il nous semble plus séduisant de proposer une solution de location que d'imposer une liste de films. Et puis, avec un taux d'équipement frisant les 75 %, il faut chercher des propositions originales. »

Autre piste particulièrement d'actualité : l'apparition de nouveaux supports. Avec sa nouvelle console portable PSP capable de lire des films stockés sur un support inédit, l'UMD, Sony vient d'ouvrir un nouveau débouché aux éditeurs. « Nous avons vendu environ un film UMD pour deux consoles le premier mois, ce qui est loin d'être négligeable, se félicite Georges Fornay, PDG de Sony Computer Entertainment. Les gens critiquaient le prix [19 Eenviron, NDLR], le fait que ce soit un format propriétaire... Pourtant, nous avons déjà plus de 150 films annoncés, et il n'y a plus que Warner qui semble traîner un peu des pieds. » Il y a quelques jours, Nintendo annonçait à son tour l'arrivée de « cartouches vidéo » lisibles sur toutes ses consoles portables (GBA et DS). Pour 19,99 E, l'offre ne comporte pour l'instant que des dessins animés, mais ouvre encore une porte supplémentaire aux éditeurs. Seul sujet d'inquiétude pour l'un d'entre eux : « On me dit qu'il devrait être très facile de pirater les UMD. » La vie est un éternel recommencement.

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 1924

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous

X

Produits techniques, objets connectés, électroménager : chaque semaine, recevez l’essentiel de l’actualité de ces secteurs.

Ne plus voir ce message