Marchés

Le feu couve toujours sous les matières premières

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Le cours des matières premières continue de jouer au yo-yo, avec des hausses importantes suivies de baisses nettement moins drastiques. Cacao, riz, plats cuisinés en conserve n'échappent pas à ces variations que les enseignes ont du mal à répercuter aux consommateurs, dont le pouvoir d'achat se restreint.

CES PRODUITS DE BASE QUI FONT LE PRIX DE L'ÉPICERIE

Le cacao en hausse

  • Dernier cours1 1 702 € (Londres)
  • Variation sur un an + 7%
  • Prévision 2014 Forte hausse

Source Euronext/Alliance 7

Le blé a perdu 25% de sa valeur en un an. Mais il a augmenté de... 67% en six ans ! Tous les industriels qui utilisent de la farine, pour les pâtes alimentaires ou les gâteaux, ont les yeux rivés sur les cours, qui devraient à nouveau flamber sous peu. Dans le poisson, notamment destiné aux produits en conserve, la flambée a déjà lieu. Thon, grosses sardines et maquereau ont vu leur prix grimper de 90% en trois ans, et la Commission européenne promet encore de réduire les quotas de pêche. L'an dernier, le prix de l'oeuf, utilisé dans les gâteaux, a grimpé de plus de 94% à la suite d'une obligation de mise aux normes des bâtiments d'élevage, avant de chuter l'an dernier de 32%. La poudre de lait, destinée aux pâtes à tartiner et à la confiserie de chocolat, s'envole, sous la demande chinoise, de l'ordre 45%, et le beurre industriel suit la même pente.

 

Le blé va repartir à la hausse

Le blé en baisse

  • Dernier cours1 204 € / tonne Variation sur un an - 25%
  • Prévisions 2014 Hausse

Source Euronext

Sale temps aussi pour le cassoulet : l'Argentine en crise économique a bloqué les exportations de haricot, entraînant une hausse de 80% de ce légume sec. Le cacao n'a augmenté « que » de 7%, mais le beurre de cacao flambe de 170% ; à l'inverse, le café chute de 30% en un an, tout comme le sucre qui recule de 12% au niveau mondial et de 1% en Europe ; l'huile végétale baisse d'autant, mais après une augmentation de 65% en six ans. « Si on prend le marché du ravioli, non seulement nous avons eu à subir l'affaire de la viande de cheval, mais il s'en est suivi une hausse du prix du boeuf de 25%, une hausse du concentré de tomate et des coûts d'emballage plus élevés à cause de l'interdiction du bisphénol A », se plaint Jérôme Foucault, président de l'Adepale, le syndicat des produits alimentaires élaborés.

Le thon en hausse

  • Dernier cours1 1 644 € (thon Listao congelé)
  • Variation un an + 21%
  • Prévisi on 2014 Forte hausse

Source Adepale

Les choses pourraient empirer. La baisse du prix du blé n'est pas durable car « il n'est pas interchangeable en tant que base alimentaire, assure Anne Laure Paumier, analyste matières premières chez Coop de France. La production mondiale est certes revenue à un niveau suffisant pour répondre à la demande, et le prix de la tonne est à 200 € contre 270 en 2008. Mais les cours repartent déjà à la hausse : il n'y a que deux mois de stocks, lesquels diminuent. Le phénomène peut s'amplifier en 2014 : la Syrie a doublé ses importations, la Chine est devenue le premier client mondial, l'Arabie Saoudite préfère importer que d'épuiser ses ressources en eau pour produire du blé, le Moyen-Orient, l'Afrique ont des besoins... »

L'huile en hausse

  • Dernier cours1 2 700 € (huile de palme)
  • Variation un an + 18%
  • Prévision 2014 Stable

Source Cours Kuala Lumpur/Sofiproteol

Pour les industriels, la menace est lourde. « Pour fabriquer des gâteaux, nous avons besoin de farine, de sucre, de matières grasses, d'oeufs, de chocolat, explique Jean-Loup Allain, secrétaire général du Syndicat des Biscuits et Gâteaux (Alliance 7). En six ans, toutes ces matières premières ont augmenté globalement de 60% : le sucre et le cacao il y a deux ans, les oeufs l'an dernier, le beurre industriel progresse en ce moment de 35% et chaque vague de hausse n'est jamais suivie d'une baisse de même niveau. Le sucre, par exemple, a grimpé de 50% en deux ans et la baisse actuelle n'est que de 1%. » Le sucre a effectivement connu une très forte volatilité depuis le nouveau règlement européen, suite à une plainte devant l'OMC en 2006. Le prix de référence de la tonne de sucre de betterave a chuté de 700 à 400€ .

Le sucre en baisse

  • Dernier cours1 475 €
  • Variation sur un an - 12%
  • Prévision 2014 Stable

Source Euronext

Plus de 100 sucreries ont fer-mé en Europe. Les industriels de l'alimentaire, qui absorbent 80% de la production de sucre, se sont frotté les mains. Pas longtemps ! Les prix sont vite repartis à la hausse entre 2008 et 2011. « Les cours à Londres ne représentent que 20% des volumes, explique Bertrand Du Cray, délégué général du Cedus, l'interprofession du sucre. Ils donnent une tendance, mais le vrai prix est fixé par le marché physique, et le sucre se consomme là où il est produit. » Par ailleurs, l'industrie alimentaire n'est pas la seule à utiliser le sucre : les alcooliers, les parfumeurs, les chimistes, le bioéthanol pour les voitures représentent aussi des besoins importants. « Et si demain chaque Chinois mettait un sucre dans son café quotidien, ce geste représenterait l'équivalent de toute la production française », souligne le dirigeant... Ciel !

 

La fausse sagesse du cacao

« Nous sommes très vigilants sur l'évolution des cours car le sucre est la base des produits de confiserie, confie Elodie Sebag, secrétaire

La viande en hausse

  • Dernier cours 1 4 E/kg (boeuf entrée abattoir)
  • Variation sur un an + 1%
  • Prévision 2014 Stable

Source France Agrimer

générale du Syndicat de la confiserie. Or, le marché européen est déconnecté du marché mondial en raison des quotas et de droits à l'importation rédhibitoires. Les prix sont très élevés, l'écart peut atteindre 300 € la tonne. Entre 2010 et 2011, le prix du sucre a augmenté de 50% ! Nous observons une légère détente, mais le niveau reste très élevé ! » Les fameux quotas doivent être supprimés en 2017. Les confiseurs, qui se sentent lésés, auraient préféré une suppression des quotas en 2015, comme il était prévu à l'origine.

L'aluminium en baisse

  • Dernier cours1 1 800 €
  • Variation sur un an - 6%
  • Prévision 2014
  • Hausse légère

Source Nyse Euronext

En comparaison d'autres matières, le cacao paraît bien sage. Las, les cours à la Bourse de Londres seraient trompeurs. « C'est un marché qui a toujours été cyclique, mais il a subi de plein fouet la crise des matières premières de 2008, puis la crise politique de 2011 en Côte d'Ivoire, qui assure 40% de la production mondiale, explique Florence Pradier, secrétaire générale du Syndicat du chocolat (Alliance 7). Les tensions sont ensuite retombées, mais la situation reste haussière, car la demande mondiale augmente et la production ne suit pas : les plantations vieillissent, elles sont soumises à des aléas climatiques plus fréquents et à des maladies qui déciment les cacaoyers. Par ailleurs, les cours du beurre de cacao et de la poudre ne suivent pas ceux du cacao, ces produits ont leur évolution propre. Celle du beurre de cacao est de 170% ! » Du coup, le prix de la tablette de chocolat ne va pas baisser de sitôt, pas plus que la boîte de Poulain ou de Nesquik...

Le café en baisse

  • Dernier cours1 103 € (Arabica New York)
  • Variation sur un an - 30%
  • Prévision 2014 Rebond

Source Euronext

Et les huiles, de palme, de soja, de colza ou de tournesol Les plantations pour l'huile de palme augmentent partout dans le monde, et les cours sont plutôt à la détente. « La production d'huile de palme a triplé en vingt ans, les récoltes de soja, de colza sont bonnes partout dans le monde, et la volatilité est faible, même si la demande mondiale augmente de 3% », expose Vincent Desfossés, trader chez Sofiprotéol, le groupe qui détient Lesieur. Les cours ne sont d'ailleurs que peu animés par la demande alimentaire, qui ne représente que 700 000 tonnes en France, contre 2,3 millions pour le biodiésel. Du coup, les hausses peuvent aussi venir d'une augmentation des utilisations industrielles. Ou d'une mauvaise météo qui s'abattrait sur un pays. Or, les aléas climatiques ont tendance à se multiplier...

 

Les industriels absorbent toute la volatilité

Le riz en hausse

  • Dernier cours1 15,7 €
  • Variation sur un an + 5%
  • Prévision 2014 Stable

Source Euronext 1. Seul le blé est un marché physique. Les autres matières premières répertoriées dans ces pages sont cotées sur des marchés financiers (Londres, New York, etc.)

Ces tendances ont aussi des répercussions sur les négociations commerciales. Les industriels sont écartelés entre la hausse des matières premières, les marges sous tension des enseignes et le pouvoir d'achat en berne des consommateurs, qui va encore se dégrader en 2014. « Ce sont les transformateurs qui absorbent toute la volatilité des matières premières, pourfend Jérôme Foucault, également en charge des relations commerciales à l'Ania. Ce n'est pas tenable. D'autant que le problème du pouvoir d'achat ne vient pas de la nourriture, il vient des dépenses contraintes et du logement. Les enseignes doivent accepter les hausses... »

JÉRÔME FOUCAULT PRÉSIDENT DE L'ADEPALE (PRODUITS ALIMENTAIRES ÉLABORÉS) « On ne trouve plus de poisson... »

LSA. Les matières premières pèsent-elles toujours sur vos coûts de production

Jérôme Foucault. Oui, une grande quantité de matières premières que nous utilisons connaissent des hausses très élevées. Le cassoulet va augmenter non seulement à cause du prix de la viande mais aussi du haricot lingot dont les prix flambent de 80% à cause d'une mauvaise récolte en Argentine.
La fabrication de compotes de pommes MDD s'est ralentie après une chute de 30% de la production et une flambée des prix de 70%. Avec l'affaire de la viande de cheval, le boeuf s'est envolé de 25%. On peut ajouter les surcoûts de l'emballage avec l'interdiction du bisphénol A dans les boîtes métalliques. Quant au poisson, c'est simple, nous n'en trouvons plus : les prix de la pêche destinée à la conserve ont augmenté de 90% depuis 2009 !

LSA. Pourtant, l'inflation alimentaire est au plus bas en grandes surfaces...

J.F. Il y a eu des répercussions, de l'ordre de 7% sur les produits agricoles depuis 2008, mais uniquement au bénéfice des enseignes puisque les prix de cession des industriels n'ont augmenté que de 4%, ce qui provoque un effondrement des marges des industries de transformation de 5%. Devant de tels phénomènes de volatilité, il faudrait que s'établisse un dialogue sain avec la distribution. C'est loin d'être le cas et je crains beaucoup pour les entreprises d'ici à la fin des négociations commerciales en mars.

PROPOS RECUEILLIS PAR S.A.

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