Le fonds porcin voulu par la FNSEA aurait déjà du plomb dans l’aile

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Xavier Beulin, président de la FNSEA, a dénoncé Bigard et de groupements coopératifs qui refuseraient de se prêter à la constitution du fonds porcin de 100 millions d’euros, dont le principe a été accepté par toutes les  enseignes de distribution.  

Xavier Beulin, président de la FNSEA, en colère contre les abatteurs qui semblent se méfier du fonds porcin.
Xavier Beulin, président de la FNSEA, en colère contre les abatteurs qui semblent se méfier du fonds porcin.

Le président de la FNSEA, Xavier Beulin, a mis les pieds dans le plat sur la question du fonds porcin de 100 millions d’euros, pour aider les éleveurs de porc à traverser la crise. En cause, les intermédiaires et notamment Bigard, ainsi que des groupements de coopératives. “Bigard n’en veut pas et des coopératives refusent” a lancé Xavier Beulin, ce midi, mercredi 24 janvier 2016 après avoir pris connaissance d’un communiqué de Culture Viande, le syndicat des abatteurs, présidé par Jean-Paul Bigard.

J’ai rencontré Jean-Paul Bigard pendant deux heures, j’avais pourtant acquis la certitude qu’il adhérait au projet”, a ajouté Xavier Beulin, visiblement déçu et en colère. Le leader de l’abattage ne serait pas le seul à s’interroger sur le fonds de soutien porcin. Des coopératives, des groupements de producteurs, y seraient également opposés. Ils craindraient que les enseignes ne leur demande de baisser les prix pour compenser la “cotisation volontaire” en question. Même si toutes les enseignes en ont accepté le principe.

Fonds validé par l'Autorité de la concurrence

Le fonds en question a même été validé par l’Autorité de la concurrence, laquelle avait elle-même sollicité la Commission européenne. Le droit permettrait en réalité de prendre des mesures d’urgence, mais d’une durée limitée à six mois. Le fonds devait donc ensuite disparaître. La mise en oeuvre, elle, se fondait sur une méthode déjà existante, la cotisation pour l’équarissage. Chaque kilo de porc écoulé par un intermédiaire - abatteur pour le frais ou industrie charcutière pour l’élaboré - faisait l’objet d’une cotisation de dix centimes, apparaissant en pied de facture, pour bien l’identifier. Ce sont donc les intermédiaires qui facturent, les enseignes en acceptaient le principe, qu’elles pouvaient répercuter, ou non, au consommateur.

Les entreprises - comme Bigard, mais aussi Herta ou Fleury Michon - ayant “collecté la cotisation" devaient la reverser à une association, laquelle devait la partager entre les producteurs au prorata de leurs ventes, de manière équitable, pour éviter toute entorse à la concurrence. Les exploitations - même celle qui résistent à la crise des cours, elles existent - touchaient en moyenne 20 000 euros. “10 centimes, ca représente environ un tiers de ce que les entreprises ont perdu depuis un an sur le cours du porc”, précise Xavier Beulin, les cours ayant chuté d’environ 30 centimes, de 1,40 € à 1,10 € actuellement.

"Comment imaginer la solidarité des distributeurs ?"

Officiellement, il l'écrit, le syndicat des viandes reste en faveur du fonds porcin. Mais il s’interroge : “Un « pied de facture », représentant près de 7% du prix du produit en viande fraîche, ne peut qu’interférer avec la fixation du prix, notamment lors des appels d’offre « au moins disant » ou lors des promotions à marge zéro. Comment éviter cet écueil ? Comment imaginer la solidarité des restaurateurs et distributeurs qui vont voir se creuser le différentiel de prix entre les viandes et charcuteries françaises et celles proposées par l’Espagne, l’Allemagne et quelques autres européens ? L’analyse des flux qui entrent en France ne laisse aucun doute sur les volumes concernés d’où la mise en grande difficulté des découpeurs français”.

Autrement dit, le syndicat refuse la méthode et semble peu convaincu par l’efficacité du fonds mis en place. Le fonds porcin a peut-être déjà vécu, avant même son existence. Il en avait été de même avec le fonds de solidarité céréaliers-éleveurs. Du coup, à la FNSEA, on réfléchit déjà à un fonds semblable à celui que la distribution a mis en place pour la pêche, après que la fameuse “taxe poisson” ait été interdite par Bruxelles, parce qu’il s’agissait d’une aide… Mais pas avant, bien sûr, qu’une pression forte sur les transformateurs n’ait été exercée pour les faire revenir à de meilleures dispositions...

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