Le futur de Darty soulève des interrogations

Dossier L'annonce du départ de Thierry Falque-Pierrotin, directeur général de Darty, prévu pour la fin de l'année, met en lumière les difficultés que rencontre le groupe. Mais elle apporte plus de questions que de réponses...

C'est un petit mieux, mais il ferait mal bouder son plaisir. Alors que des analystes tablaient sur un recul des ventes de 4,5% au premier trimestre (clos fin juillet), Darty France n'a perdu que 2,5% de chiffre d'affaires à surface comparable. Porté par ses filiales, le groupe a même annoncé une hausse de 1,1% de ses ventes. Mais, pour Thierry Falque-Pierrotin, le directeur général de Darty, la bonne nouvelle arrive trop tard, et, surtout, elle n'apporte pas assez de réponses. En désaccord avec son actionnaire, il quittera ses fonctions à la fin de l'année.

Nommé en janvier 2009 à la tête de ce qu'il fallait encore appeler Kesa Electricals, l'ancien patron de Redcats a vu sa cote chuter en même temps que celle de son cours de Bourse. En l'espace d'un an, l'action de Darty a été quasiment divisée par deux. Le 17 septembre, les marchés s'accordaient sur une valorisation de l'entreprise de 312 millions d'euros. Soit moins que son patrimoine immobilier. Ce qui lui fait un point commun, dont il se serait bien passé, avec Carrefour...

 

Pourtant rentable

Sévères, les marchés ? Oui, dans la mesure où l'entreprise reste rentable. Avec un chiffre d'affaires de 4 milliards d'euros sur son exercice clos fin avril, le groupe Darty a dégagé un bénéfice de 70,1 millions (1,7%). Surtout, le coeur de l'entreprise, la France, affiche un résultat opérationnel de 3,8%, pour 2,8 milliards d'euros de chiffre d'affaires.

Là où le bât blesse, c'est que le groupe semble pris dans une ornière, et que les solutions pour l'en sortir ne sont pas évidentes. Depuis 2007, les profits de Darty n'ont fait que reculer, passant de 200 millions à presque trois fois moins aujourd'hui. « Pour un oeil extérieur, les chiffres ne sont pas bons. Il est normal que l'actionnaire ne soit pas satisfait, estime un bon connaisseur de l'entreprise. En revanche, il est difficile de savoir si un autre que Falque-Pierrotin aurait fait mieux à sa place... »

Le directeur général de Darty a, en effet, dû régler des dossiers épineux. À commencer par Comet, la filiale anglaise en perte. Compte tenu des piètres performances de ce réseau de 250 magasins, Thierry Falque-Pierrotin s'est résolu à les céder pour 2 livres sterling à un fonds d'investissement... ainsi qu'à investir 50 millions de livres pour effacer des dettes. « C'est une sortie claire du marché anglais, très compétitif, nous expliquait Thierry Falque-Pierrotin, en novembre dernier. Cela réduit notre profil de risques, et permettra à notre management de se focaliser sur le développement du concept Darty. »

 

Conjoncture désatreuse

C'était compter sans la conjoncture désastreuse des pays d'Europe du Sud. Bouleversés par les plans d'austérités successifs, les consommateurs espagnols et italiens ont déserté les magasins. L'an dernier, les pertes des pays en « développement » (Espagne, Italie, Turquie), selon l'expression interne, sont passées de 31 à 41 millions d'euros, pour un chiffre d'affaires en recul de 3,3% à surface comparable. Quant au marché français, qui représente désormais 70% des ventes du groupe, il est plombé par le recul des ventes de télévisions (- 22% au premier semestre, selon GfK). « Nous sommes en fin de cycle technologique, mais tous nos autres marchés sont en croissance », se défend un cadre dirigeant de l'entreprise.

Confronté à ce casse-tête, le fonds Knight Vinke, actionnaire majoritaire à hauteur de 25%, a perdu patience. Selon Natixis, le changement de direction pourrait porter à l'ordre du jour la vente des filiales d'Europe du Sud, afin de réduire les pertes, et de renflouer les caisses. Si la Turquie, qui reste un pays dynamique, serait facile à vendre, l'Italie pourrait séduire un repreneur local. En revanche, le cas de l'Espagne est plus compliqué. Faut-il vendre alors que cette petite filiale gagne des parts de marchés, et qu'il sera difficile de la valoriser en raison du contexte local ? Cette question serait l'un des points de désaccord entre Falque-Pierrotin et ses actionnaires, selon des proches de l'entreprise.

En attendant la fin de l'année, le directeur général de Darty, continuera d'occuper ses fonctions dans le cadre de la revue stratégique des activités du groupe, en vue du passage de témoin à son successeur. Pour l'instant, Darty n'a communiqué aucune information sur son identité...

CHIFFRES

4 Mrds € Le chiffre d'affaires groupe, en recul de 2%, en 2011-2012, exercice clos au 30 avril 2012

70,1 M € Le résultat opérationnel groupe, en recul de 40%

- 5,8% Le recul des ventes à surface comparable de Darty France

- 41,1 M € Les pertes pour les filiales espagnole, italienne et turque, en hausse de 33%

Source : Darty

 

Les questions que pose le départ de Thierry Falque-Pierrotin

Comment relancer l'activité en France ? En se recentrant sur la France, après la vente en 2011 de Comet, la filiale anglaise, Darty a fermé un foyer de pertes, mais accru la pression sur le marché français. Depuis, il ne cesse d'envoyer des signes de faiblesse inquiétants. Trahies par l'effondrement du marché de la télé, les ventes de Darty France ont reculé de 2,5%, à surface comparable entre mai et juillet. Quel avenir pour les filiales d'Europe du Sud ? Avec 41 millions d'euros de pertes, pour 370,5 millions de chiffre d'affaires, les filiales espagnole, italienne et turque plombent les résultats du groupe. La tentation de les vendre au plus vite sera grande pour la nouvelle direction. Pourtant, Darty gagne des parts de marché en Espagne, et la Turquie reste un marché prometteur... Quelle stratégie pour le nouvel actionnaire ? Entré récemment au capital à hauteur de 25%, le fonds Knight Vinke, désormais principal actionnaire, a vu la valeur de son investissement fondre de plus de moitié en un an. En Bourse, la valeur de Darty est désormais inférieure à celle de son patrimoine immobilier. Aura-t-il la patience de relancer l'activité ?

 

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Article extrait
du magazine N° 2242

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