Le gouvernement a-t-il pris l’e-commerce en grippe ?

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Les membres du gouvernement multiplient ces dernières semaines les attaques contre l’e-commerce, probablement pour pousser les Français à se rendre en magasin, en pleine crise des gilets jaunes. 

Matignon
Matignon© dominiopublico.gov.br

Depuis le début de la crise des gilets jaunes, les secrétaires d’Etat multiplient les petites phrases contre l’e-commerce, probablement pour pousser les Français en magasin. Car ce mouvement social, qui a démarré le 17 novembre et s’est déroulé cinq week-end d’affilée, a généré pas moins de 2 milliards d’euros de pertes sèches dans les centres commerciaux. Les hypermarchés et les supermarchés auraient perdu 300 millions d’euros au cours du seul mois de novembre. 

Dernière sortie en date : un communiqué publié le 19 décembre par les équipes du secrétaire d’Etat au numérique Mounir Mahjoubi, qui appelle les Français à la prudence lorsqu’ils font leur courses sur le net, car ils peuvent acheter sans le savoir des produits dangereux. La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes a joué les clients mystères en achetant, sur les sites d’Aliexpress, Amazon, Cdiscount, Ebay, Fnac, Rakuten et Wish 70 produits fréquemment mis dans leur panier par les Français en cette période de fêtes de fin d’année. Guirlandes électriques pour les sapins, jouets en caoutchouc et en latex pour les tous petits… Ces articles ont ensuite été soumis à une série de tests dans les laboratoire de la DGCCRF ou dans des espaces agréés par l’Union européenne. 39% de ces 70 produits sont dangereux et les trois quarts sont non conformes aux réglementations en vigueur en France. “Ce que vous mettez dans les mains de vos enfants peut se révéler être une véritable bombe à retardement”, a commenté Mounir Mahjoubi. 

Ne pas céder à la facilité des plateformes

Le Premier ministre Edouard Philippe et le ministre de l'Economie et des Finances Bruno Le Maire ont de leur côté annoncé le 17 décembre que la France commencera dès le 1er janvier prochain à prélever une taxe sur les GAFA, sans attendre la finalisation du projet de taxe européenne. Cet impôt s'étendra "aux revenus publicitaires, aux plateformes et à la revente de données personnelles", a indiqué Bruno Lemaire, ciblant notamment Amazon. 

La ministre du Travail, Muriel Pénicaud, a lancé le 17 décembre un appel aux consommateurs, leur demandant de se rendre en magasin. "On est en train d’enrichir les plateformes américaines, type Amazon, et pendant ce temps on tue les petits commerces qui sont déjà en mode survie depuis quelques semaines", a-t-elle affirmé sur France Inter.

Le 13 décembre, c’était au tour d’Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d'État auprès du ministre de l'économie et des finances, d’attaquer : “Si on veut aider les commerçants à passer ce cap, c'est aussi à nous Français, dans nos achats de Noël, de faire en sorte de descendre de chez nous et d'aller acheter dans la distribution, chez nos commerçants de proximité, chez nos artisans plutôt que de céder à la facilité de la grande plateforme internet internationale qui ne paie pas d'impôt en France”, a-t-elle déclaré au micro de RTL

Le 23 novembre, la secrétaire d'État auprès du ministre de la transition écologique et solidaire Brune Poirson s’est elle élevée sur Twitter contre le Black Friday, qui contribue à polluer la planète en faisant décoller les ventes de produits programmés pour tomber en panne.

Le Black Friday, “c’est une double arnaque, pour la planète et pour votre porte monnaie. Et nous au gouvernement, on est en train de travailler sur des mesures concrètes pour lutter contre ça. On a déjà présenté en avril dernier un plan, on travaille sur un indice, un système qui permettra de mieux savoir quelle est la durée de vie des produits que vous avez achetés et ensuite on va mettre tout ça dans un projet de loi qui va arriver en 2019”, indique-t-elle sur Twitter.

Mais en espérant faire venir les Français en magasin pour limiter la casse, le gouvernement oublie que les enseignes brick and mortar vendent aussi en ligne et que aujourd’hui, scinder le marché entre pure players et commerce physique n’a pas de sens. Par ailleurs, à l’exception notable de Rakuten, qui a annoncé une forte hausse de ses ventes de 65% sur un an le samedi 8 décembre, l’e-commerce n’aurait pas profité de cette crise. “Au global, les actions des ”gilets jaunes” n’ont pas entraîné de report des achats en maga­sin sur les sites”, a indiqué Marc Lolivier, délégué général de la Fédération de l’e-commerce et de la vente à distance. Entre le 23 novembre, jour du Black Friday, et le 26, Cyber Monday, les ventes ont été multipliées par trois par rapport à un jour moyen de 2018, mais ces résultats étaient attendus avant les manifestations. 

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