Le gouvernement met les distributeurs sous surveillance

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À la veille des négociations commerciales et un mois et demi après la première alliance entre Système U et Auchan, les pouvoirs publics tentent de calmer le jeu. Distributeurs et fournisseurs avaient pris les devants, un jour avant…

TABLE RONDE SIAL 29 JUIN 2012
TABLE RONDE SIAL 29 JUIN 2012© © Laetitia Duarte

Jean-Charles Naouri, le patron de Casino, et Michel-Édouard Leclerc n’en étaient pas, mais tous les autres, oui : Georges Plassat, PDG de Carrefour, Vincent Mignot directeur général France d’Auchan, Serge Papin, président de Système U, mais aussi des représentants de la FNSEA, de la Feef, de l’Ania ou de Coop de France pour tous les industriels de l’agroalimentaire. Tous convoqués au ministère de l’Agriculture le 23 octobre. Objectif : fixer des règles du jeu alors que les négos commerciales commencent.

En sortant, Emmanuel Macron, ministre de l’Économie, s’est félicité de ces échanges « apaisés ». « Nous voulons une parfaite transparence et une application des décrets de la loi Hamon, notamment sur la volatilité des prix. » Stéphane Le Foll, le ministre de l’Agriculture, a renchéri : « Nous avons tenu notre engagement de provoquer une réunion dans ce contexte de tension sur les prix. C’est chose faite et tout le monde s’est retrouvé dans un état d’esprit constructif. »

 

« Deux poids, deux mesures »

Les professionnels ne démentent pas. Xavier Beulin, président de la FNSEA, le lobby de l’agriculture, confirme que le climat s’est « apaisé ». « Le gouvernement a rappelé la nécessité de faire suivre la loi Hamon et les sanctions seront appliquées. » Au passage, il s’est félicité de la saisine de l’Autorité de la concurrence sur les regroupements des distributeurs. « C’est une question sans a priori. Cela nous inquiète. Or, il y a deux poids, deux mesures. Dans les filières agricoles, il y a eu aussi des regroupements, dans le yaourt, la volaille et le gendarme de la Concurrence a été saisi. »

Côté distributeurs, Jacques Creyssel, le président de la FCD (Fédération des entreprises du ­commerce et de la distribution), se montre sur la même longueur d’onde. « Le ton des uns et des autres n’avait rien à voir avec l’ambiance, tendue, de la table ronde en juillet. Maintenant, il faut concrétiser ce ton ! Les marges des producteurs ont diminué. La baisse des prix est également due à une chute sur les prix des matières premières, de 10 à 20% sur les céréales ou le sucre. » Philippe Mangin, président des Coop de France, qui rassemble près de 3 000 coopératives dans l’agroalimentaire, se dit aussi « prêt à travailler en amont des négociations commerciales, sur des chantiers opérationnels gagnant-­gagnant avec les enseignes ».

Une fois ces bonnes paroles prononcées, comment faire en sorte que cela ne reste pas lettre morte ? « Les sanctions prévues par la loi Hamon seront appliquées », a prévenu Emmanuel Macron.

 

Un comité de suivi sera mis en place

Attendu depuis des mois, le décret qui oblige les distributeurs à revenir à la table des négos en cas de forte volatilité des prix agricoles est enfin paru le 19 octobre. « Les prix bas ne sont bons pour personne et représentent, à terme, une menace pour l’emploi », a répété Stéphane Le Foll. Et la CFDT représentative de l’agroalimentaire d’enfoncer le clou, dénonçant une « incidence directe de la pression sur les prix sur les rémunérations des salariés ». Le gouvernement a annoncé la création d’un comité de suivi, une fois les négociations lancées. « Nous veillerons aussi à ce que le crédit impôt compétitivité emploi ne serve pas à baisser les prix », a rappelé Emmanuel Macron.

Lassés de passer pour de mauvais élèves, les distributeurs ont voulu faire part de leur « bonne volonté » avec un code de bonne conduite signé in extremis, la veille de la table ronde au ministère de l’Agriculture. La FCD et la Feef, qui rassemble 600 PME, ont ajouté au décret du gouvernement un délai de deux mois pour permettre d’aménager une éventuelle évolution du prix, et juré que des « rendez-vous réguliers » entre enseignes et fournisseurs seraient pris, en dehors du cadre des négos. Enfin, chaque distributeur s’est engagé à nommer un « médiateur interne », sorte de modérateur entre les deux parties.

 

Cavalier seul

Le solitaire Leclerc y a ajouté son grain de sel en renouvelant son accord avec la Feef. Ce que Dominique Amirault, président de ce lobby, salue bien bas. « Leclerc est l’enseigne qui va le plus loin. Elle est à l’origine de la réflexion de la différenciation entre PME et multinationales. Avec eux, nous cherchons avant tout à obtenir des CDI en rayons et non des CDD. » Stéphane Le Foll y croit : les patrons de la distribution lui ont laissé leur numéro de téléphone portable au cas où… ???

Magali Picard

L’Autorité de la concurrence donnera son avis

Quatre acteurs, contre sept auparavant, qui détiennent 90 % du marché. Face à cette nouvelle donne, le gouvernement réagit en saisissant l’Autorité de la concurrence. « Les regroupements entre grandes enseignes ne sont certes pas de nature capitalistique, mais nous demandons son avis au gendarme de la Concurrence dans un souci de transparence et pour avoir une vision éclairée de la situation », souligne Emmanuel Macron, le ministre de l’Économie. Il faudra attendre deux à trois mois pour avoir un retour de l’Autorité.

Les distributeurs devancent l’appel

  • La veille de la table ronde rue de Varenne, distributeurs, par la voix de la FCD, et PME, par le canal de la Feef, ont conclu un accord. Celui-ci réaffirme le principe de la « clause de revoyure » et fixe un délai de deux mois pour aménager une éventuelle évolution du prix.
  • Un médiateur pour dénouer les conflits éventuels Chaque enseigne nommera un interlocuteur ayant autorité pour la médiation avec les PME.
  • Leclerc a aussi présenté un accord avec le représentant des PME, où il s’engage à tenir compte des fragilités des PME dans les « négos », à leur « faciliter l’accès aux acheteurs Leclerc » et à développer leur part dans ses résultats.

Un décret d’application qui accentue la pression

Il a été discrétement publié le dimanche 19 octobre. Dans la suite logique de la « clause de revoyure », qui oblige les distributeurs à renégocier selon la volatilité des prix des matières premières, le décret définit les listes de produits concernés : lait, produits laitiers, viandes, œufs, pâtes alimentaires et produits de la pisciculture.

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Article extrait
du magazine N° 2340

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