Le groupe Auchan juge ses résultats décevants

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bilan - En dépit d'un chiffre d'affaires en hausse, le groupe de distribution nordiste a vu ses bénéfices baisser de 8,8 % en France en 2007. Et ses dirigeants se gardent bien de tout pronostic pour 2008.

Déçus. Les dirigeants du groupe Auchan ne cachent pas que l'objectif espéré de maintien des marges n'a pas pu être tenu en 2007. L'Ebitda (résultat opérationnel avant impôts, dépréciation et amortissements) du groupe, à 2 milliards d'euros, a reculé de 2,5 %, en raison principalement de la guerre des prix en France et des difficultés du format supermarché en Italie. Dans l'Hexagone, où il est estimé aux alentours de 1,2 milliard d'euros, il a même chuté de 8,8 % !

« Ces résultats inférieurs à nos attentes sont la conséquence de la nouvelle réglementation sur le seuil de revente à perte, indique Xavier de Mézerac, directeur financier du groupe nordiste. Nous n'avons pas voulu répercuter l'ensemble des hausses des tarifs des industriels, d'où une pression accrue sur nos marges. Lorsque certains disent que les prix bas sont un discours facile des distributeurs, vous pouvez remarquer, à travers ces chiffres, qu'ils correspondent à du concret ! »

Casino fait mieux

Estimant qu'Auchan « contribue au pouvoir d'achat des Français », Xavier de Mézerac fait le constat qu'une « guerre des prix » a bien lieu - selon nos estimations, elle aurait coûté près de 100 millions d'euros au groupe - et qu'elle va se poursuivre en 2008.

« La baisse de l'activité d'exploitation ressemble précisément à celle de Carrefour, indique un analyste financier basé à Londres. Mais elle s'avère bien supérieure à celle de Casino. Je m'interroge sur les stratégies de baisses des prix qui ne semblent pas si efficaces qu'annoncé pour les deux premiers, tandis que le groupe stéphanois obtient de meilleurs résultats. » En effet, les financiers s'alarment de l'érosion ininterrompue des marges des grands distributeurs français depuis 2004, au point que le cours de Carrefour a frémi la semaine dernière suite à une déclaration anodine de José Luis Duran, président du directoire du groupe...

Les supers à la peine

Par ailleurs, le groupe Auchan souffre avec son format supermarché, dont le chiffre d'affaires n'évolue pas, et dont le rendement - non révélé - pèse probablement lourd dans la baisse des résultats. « Cette branche demeure une activité essentielle à notre stratégie multiformat et représente 18 % du chiffre d'affaires d'Auchan, affirme Xavier de Mézerac. Mais la pression sur les prix et la conjoncture maussade de la consommation en France pour Atac et Sabeco en Italie ne leur permettent pas de croître aussi rapidement que nous le souhaiterions. » Les magasins espagnols seraient moins exposés.

Toutefois, le groupe poursuit la transformation de son réseau de magasins en Simply Market. 191 points de vente arborent la nouvelle enseigne, dont 92 en Italie, 69 en France, 30 en Espagne. « Le processus est assez long, il va au rythme des efforts considérables de formation des hommes », explique Xavier de Mézerac. Interrogé sur la lenteur du basculement, il prévoit un achèvement du processus de transformation « dans les deux ou trois ans ».

En revanche, le groupe est plus à l'aise avec son format hypermarché, qui reste en croissance, et avec l'international. À 29 milliards d'euros, ce réseau voit son chiffre d'affaires progresser de 6,7 %, et il résiste même en France, avec une croissance de 2,5 %, à 14,9 milliards d'euros, au point que, dans le rapport annuel, Christophe Dubrulle, président du directoire, salue les hypermarchés « qui ont su retrouver le chemin de la croissance à partir de septembre, même si le résultat net est, lui, en baisse ».

Du côté de l'expansion internationale, le groupe profite de son habile percée en Europe de l'Est, avec la reprise des hypermarchés Ramstore, soit, pour la Russie, 9 unités dans la région de Moscou et 4 en province, tandis que, en Ukraine, la prise de participation « faiblement mobilisatrice en capitaux » dans Furshet vient de permettre à Auchan d'ouvrir son premier hypermarché. Le déploiement en Asie se poursuit aussi, avec 23 créations de magasins en Chine, ce qui porte le parc dans la région à plus de 100 unités.

Au passif vient, en revanche, le retrait contraint du Maroc, où la participation du groupe nordiste a été valorisée à 762 millions d'euros. « Nous aurions préféré rester, mais les conditions financières du retrait sont satisfaisantes », confie Xavier de Mézerac. En effet, elles permettent de renforcer le résultat net de 215 millions d'euros à titre de plus-value de cession...

Enfin, Immochan va bien, avec un rendement des loyers en hausse de 20 %. « Pour nous, il s'agit d'un " core-business ", soutient le directeur financier. Certains concurrents perdent le contrôle de l'immobilier commercial, ce n'est pas notre choix. Dans le contexte actuel, nous évitons la hausse des loyers, il constitue un actif de valeur qui nous permet de mieux gérer le groupe, y compris nos hypers. »

« Croissance organique plus rentable »

C'est aussi pourquoi le dirigeant estime qu'Auchan « n'est plus tout à fait un animal comparable aux autres enseignes », et que toute comparaison des résultats - y compris avec Carrefour - est erronée. Enfin, en cette période de difficulté d'accès au crédit, Auchan n'oublie pas de souligner son faible endettement et sa solidité financière, sanctionnée par un A de l'agence de notation Standard et Poors.

S'il n'y avait cette baisse de marges en France, tout irait bien. Le programme d'ouvertures pour 2008 prévoit 50 hypermarchés supplémentaires et 35 supermarchés, sans acquisition majeure, car « la croissance organique est plus économique et plus rentable ». Pour autant, Auchan ne lâchera pas la bride aux prix. C'est même Vianney Mulliez, président du conseil de surveillance du groupe, qui l'affirme dans le rapport annuel : « À l'abri des impératifs à court terme [...], nos fondamentaux sont clairs : discount dans tous les quartiles de prix, amélioration permanente de l'offre de produits, dynamiques commerciales vigoureuses. » Quitte, probablement, à ce que les marges soient à nouveau pressurées. Le groupe se garde, d'ailleurs, de tout pronostic lié à l'évolution de la législation en France et de son impact économique.

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Article extrait
du magazine N° 2040

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