Le groupe Casino en pleine tourmente boursière

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Endettement important et dégradation économique en Amérique latine pèsent sur l’action du distributeur, qui a perdu près de la moitié de sa valeur en un an. De quoi éveiller l’appétit de fonds opportunistes, mais aussi provoquer la vente des branches dynamiques de Casino pour renflouer ses comptes, et redresser la tête.

L’action Casino a chuté de 49?% depuis un an au 9 février 2016.
L’action Casino a chuté de 49?% depuis un an au 9 février 2016.© ©iStock

Les résultats de Casino du 9 mars 2016 vont être très écoutés, et pas uniquement sur la dynamique commerciale ou le parc de magasins. Car le titre du distributeur en Bourse est particulièrement chahuté. Fin janvier, il a atteint son point le plus bas depuis près de vingt ans, à près de 35 €, fruit d’une lente dégringolade entamée il y a des mois. En clair, les investisseurs sont dubitatifs quant au potentiel du groupe de Jean-Charles Naouri.

L’une des raisons de cette chute (- 49% en un an) tient à la dette élevée de la société holding de Casino. Elle s’élevait à 7,6 Mrds € en 2014, ramenée à 5,9 Mrds € l’été dernier après une tumultueuse réorganisation des filiales en Amérique latine, qui avait fait grincer les dents des minoritaires. Elle sera réduite de 3,3 Mrds € supplémentaires une fois la cession de Big C Thaïlande (officialisée le 7 février 2016) entérinée. « Le cœur du problème de Casino, c’est sa dette, décrypte Fabienne Caron, analyste chez Kepler Chevreux. Elle est en euros et se trouve au niveau du holding, en France. Il finance des actifs dans les pays émergents qui se déprécient en valeur, du fait de la baisse des monnaies locales, de la mauvaise performance opérationnelle, et de la baisse de la valeur boursière, car ces actifs sont cotés (Brésil, Colombie). Il faut donc diminuer la dette en euros, pour réduire ce déséquilibre. »

Une activité distribution insuffisante

Si le distributeur a, certes, retrouvé des couleurs en France après avoir mangé son pain noir et lourdement investi dans la baisse des prix, il doit faire face à une situation économique très dégradée au Brésil, grevée par le fort ralentissement de l’équipement des ménages et par des effets monétaires négatifs. Autant dire que, pour réduire sa dette, Casino ne peut pas beaucoup compter sur les revenus issus de l’activité distribution, insuffisants pour combler cet énorme fossé dans un délai acceptable. La solution la plus rapide, mais aussi la plus douloureuse, est de mettre en vente des actifs « attractifs ». C’est précisément la voie empruntée par le groupe (qui n’a pas souhaité s’exprimer). Elle s’est faite en deux temps, Casino a d’abord décidé de mettre en vente sa filiale vietnamienne et d’ouvrir le capital de son immobilier commercial en Thaïlande et en Colombie, le 15 décembre, pour initier un plan de désendettement de plus de 2 Mrds €, destiné à renforcer sa « flexibilité financière », une des « priorités principales du groupe » pour Antoine Giscard d’Estaing, son directeur financier.

Et un mois après cette première vente, le distributeur décidait même d’élargir le périmètre des cessions en Thaïlande devant les marques d’intérêt reçues. Finalement, c’est toute la filiale Big C qui a été mise sur le marché… pour trouver un premier preneur en trois semaines seulement. Le groupe TCC, important conglomérat du pays, souhaite se porter acquéreur de l’activité thaïlandaise pour la somme de 3,1 Mrds €, de quoi réduire l’endettement de Casino de 3,3 Mrds € (en prenant en compte la dette financière). Cela ramènerait l’endettement à 2,6 Mrds €, une belle bouffée d’air pour le distributeur, alors que le feu couvait depuis quelques semaines, alimenté par une offensive venue d’outre-Atlantique.

Attaques en règle

Fragilisé en Bourse depuis des mois, Casino a en effet été attaqué mi-décembre par un rapport assassin du fonds activiste Muddy Waters Reseach. Spécialisé dans la vente à découvert (qui consiste à emprunter un titre, le vendre, puis parier sur sa baisse pour le racheter moins cher et le rendre à son prêteur en empochant la différence), ce fonds a jeté le trouble en fustigeant une structure financière présentée comme opaque, composée d’une cascade de holdings de contrôle « destinée à masquer la détérioration de l’activité », et pointant – évidemment – une dette très élevée. Suite à cette attaque en règle, le cours, déjà malmené, a chuté. Casino a répliqué via un long document destiné à rassurer les marchés. Du redressement de la situation en France, avec une amélioration prévue des résultats, à la « très bonne liquidité » qui couvre tous les remboursements de dette, en passant par le plan de désendettement, tout y est passé pour effacer les « allégations inexactes et trompeuses » du fonds. Mais, dans le sillage de Muddy Waters, d’autres fonds ont spéculé à la baisse sur Casino. Un épisode de plus dans le chemin de croix boursier.

Repli vers la France et le Brésil

Avec la vente partielle de ses activités en Asie, Casino a de quoi temporiser : juste après l’annonce de la cession de la Thaïlande, l’action reprenait un peu d’allant. Mais l’arrivée d’argent frais le déleste de deux pépites, certes peu contributrices en chiffre d’affaires (l’Asie représente 8,6% des ventes groupe), mais plus rentables en proportion et, surtout, prometteuses en matière de développement. En coupant ce bras, le groupe réduit la voilure, tout comme ses velléités de conquête de l’international.

"Vendre une partie de ses actifs, comme l’Asie, offrirait une grosse bouffée d’oxygène à Casino. Mais si le real brésilien voit sa valeur encore baisser fortement, les problèmes risquent de resurgir.".

Fabienne Caron, analyste chez Kepler Chevreux

« Jean-Charles Naouri est victime de ce qui a fait son succès, le rachat par endettement massif. Il y a quelques années, on imaginait même que Casino serait un groupe présent à l’international uniquement, et abandonnerait la France, trop peu dynamique. Aujourd’hui, c’est plutôt le contraire qui se passe », note un ancien proche collaborateur de celui qui est souvent présenté comme un génie de la finance. Les cessions n’ont pas changé la position de l’agence de notation Standard & Poor’s, qui a placé sous surveillance négative les notes de crédit du groupe le 18 janvier, toujours pour les mêmes raisons : Brésil et endettement. Ce processus de revue doit durer quatre-vingt-dix jours, délai durant lequel tout sera épluché. Dans les colonnes du Financial Times, Raam Natnam, analyste crédit pour Standard & Poor’s, notait, le 3 février, que « le groupe Casino est inhabituel, car sa maison mère Rallye est également très endettée, et dépend donc des dividendes de Casino. Là ou Tesco et Carrefour sont capables de réduire leurs dividendes lorsque l’activité est sous pression, Casino n’a pas ce luxe ».

Malgré le plan de désendettement, de bonne augure pour l’avenir, la situation reste précaire. « Vendre une partie de ses actifs, comme l’Asie, offrirait une grosse bouffée d’oxygène à Casino. Mais si le real brésilien voit sa valeur encore baisser fortement, les problèmes risquent de resurgir », souligne Fabienne Caron.

Casino n’est pas le seul à être implanté dans les pays émergents, dont les retournements peuvent être spectaculaires. « Carrefour s’en sort mieux au Brésil, mais la Chine pourrait lui coûter cher en cas de dégradation continue de la situation économique. Toutefois, Carrefour n’a pas de problème d’endettement », poursuit l’analyste. Un problème de dette qui semble en partie résolu pour Casino. Reste à résoudre l’équation, bien complexe, qui permettrait de retrouver les sommets des marchés.

Le chiffre

- 49 % : la baisse de l’action Casino depuis un an au 9 février 2016

Source : Euronext

UN AN DE BAISSE QUASI ININTERROMPUE

Cours de l’action Casino Guichard Perrachon, en €, du 10 janvier 2015 au 9 janvier 2016

Source : Euronext

2015

  • 30 juillet : réorganisation des opérations en Amérique du Sud pour dégager des synergies et désendetter la société mère du groupe.
  • 15 décembre : plan de désendettement de plus de 2 Mrds € via la mise en vente de l’activité au Vietnam et l’entrée d’investisseurs dans l’immobilier commercial (Thaïlande et Colombie).
  • 17 décembre : le fonds activiste Muddy Waters sort un rapport au vitriol sur Casino, qu’il considère largement surévalué en Bourse.
  • 21 décembre : Casino réplique, dans un document de 7 pages, aux « allégations inexactes et trompeuses » de Muddy Waters.

2016

  • 14 janvier : publication du T4 de Casino, et annonce de la mise en vente de la filiale thaïlandaise Big C.
  • 17 janvier : Standard & Poor’s met sous revue (négative) la notation de crédit du groupe Casino
  • 7 février : Casino annonce la signature d’un contrat de cession pour sa filiale thaïlandaise Big C, pour un montant de 3,1 Mrds €.

Casino ferme la marche

Source : Datastream

Face aux autres distributeurs alimentaires européens cotés, Casino a réalisé, en 2015, la plus mauvaise performance sur les marchés. Les valeurs anglaises ont, elles, beaucoup souffert de la guerre des prix.

La branche e-commerce, Cnova, chahutée en Bourse

Casino semble décidément fâché avec la Bourse. L’introduction de la filiale de commerce électronique Cnova (dont fait partie Cdiscount) en novembre 2014 ne s’est pas déroulée dans les conditions espérées. Initialement prévue entre 12,5 $ et 14 $ par action, elle s’est finalement opérée autour des 7 $. Et, aujourd’hui, elle vaut à peine plus de 2,4 $. Cerise sur le gâteau, si l’on peut dire, une class action est en cours aux États-Unis. Des avocats d’investisseurs estiment que les documents d’introduction de Cnova étaient trompeurs, car ils ne mentionnaient pas le ralentissement des opérations de la société, et d’autres problèmes rencontrés au Brésil. Rien n’indique que la procédure ira à son terme, mais Casino se serait bien passé de cette publicité.

Les problèmes de Casino

  • Un endettement très important, à 5,9 Mrds € au 10 février, avant la prise en compte de la baisse de 3,3 Mrds € grâce à la vente de Big C Thaïlande.
  • Une dégradation forte de l’activité au Brésil.
  • Une activité convalescente en France.
  • L’obligation de générer des dividendes pour rétribuer la maison mère Rallye, également endettée.

Une seule issue possible

  • Se séparer des actifs valorisables le plus rapidement possible, pour réduire au maximum l’endettement. Quitte à vendre des activités prometteuses.

Carnet des décideurs

David Collas

David Collas

Directeur marchandises alimentaires distribution Casino France

Thibault  de Pompery

Thibault de Pompery

Fondateur de l'agence Next

Ludovic  Degres

Ludovic Degres

Directeur des partenariats du groupe Casino

Valérie  Lavail

Valérie Lavail

Directrice du développement des ventes des produits techniques et saisonniers du groupe Casino

Patrice Mounier

Directeur des achats des produits frais marques nationales et MDD du groupe Casino

Yannick  Faure

Yannick Faure

Directeur approvisionnement de Casino France

Georges  Pinto

Georges Pinto

Directeur organisation et méthodes espace marché du groupe Casino

Michel  Menneteau

Michel Menneteau

Directeur opérationnel du groupe Casino

Denis  Bihler

Denis Bihler

Directeur d'exploitation de Franprix, groupe Casino

Julie Badiche

Secrétaire générale en charge de la direction financière, ressources humaines, […]

Vincent Rebillard

Vincent Rebillard

Directeur général exécutif de la branche proximité de Casino

Marc Landrin

Marc Landrin

Directeur de service du groupe Casino

Anne-Laure Feldkircher

Anne-Laure Feldkircher

Directrice de la stratégie de Leader Price

Cyril Bourgois

Directeur des opérations du groupe Casino

Vincent Chollet

Vincent Chollet

Directeur du transport du groupe Casino

Alain Berne

Alain Berne

Directeur du digital et de l'e-commerce de Géant Casino et des supermarchés Casino

Damien Dufort

Directeur de la communication et de la stratégie de Casino Proximité

Bruno Pertriaux

Bruno Pertriaux

Conseiller de Jean-Charles Naouri, président du groupe Casino

Hubert Hémard

Hubert Hémard

Directeur de la stratégie client et de l'innovation au sein du groupe Casino

Jean Michel Pottier

Jean Michel Pottier

Directeur-adjoint mananger produits frais au sein du groupe Casino

Sophie Talbot

Sophie Talbot

Acheteuse vins pour les enseignes Géant et Casino

Nathalie Andrieux

Nathalie Andrieux

Membre du conseil d’administration du Groupe Casino

Philippe Alarcon

Philippe Alarcon

Directeur de la coordination internationale de Casino

Jacques Dumas

Conseiller du président du groupe Casino

Gérard Walter

Gérard Walter

Directeur général exécutif de Géant Casino

Charles Bianchi

Charles Bianchi

Directeur de la stratégie de GPA (Casino Brésil)

Carlos Mario Giraldo Moreno

Carlos Mario Giraldo Moreno

Président du groupe Exito, la filiale colombienne de Casino

Jean-Marc Humbert

Jean-Marc Humbert

Directeur juridique du groupe Casino

Anne-Laure Imbert

Anne-Laure Imbert

Responsable des projets innovation au sein du groupe Casino

Georges Plassat

Georges Plassat

Président-directeur général de Carrefour

Jean-Yves Haagen

Directeur juridique de Casino

David Mossé

David Mossé

Secrétaire général de Cnova

Stéphanie Zolesio

Stéphanie Zolesio

Directrice des arbitrages au sein de Casino Immobilier & Développement

Arnaud Strasser

Directeur du développement et des participations de Casino

Geoffroy Guichard

Geoffroy Guichard

Fondateur du groupe Casino

Hervé Daudin

Hervé Daudin

Directeur des activités marchandises et président d’EMC Distribution, groupe Casino

Corinne Aubry Lecomte

Corinne Aubry Lecomte

Directrice recherche et développement et coordination industrielle du groupe Casino

Julien Lagubeau

Julien Lagubeau

Directeur du plan et de la stratégie du groupe Casino

Jean-Charles Naouri

Jean-Charles Naouri

Président-directeur général du groupe Casino

Antoine Giscard d’Estaing

Antoine Giscard d’Estaing

Directeur financier du groupe Casino

Pascal Rodriguez

Pascal Rodriguez

Directeur général exécutif des supermarchés Casino

Gabriel Naouri

Gabriel Naouri

Directeur de la marque, du digital et de l’innovation de Casino

Antoine Guichard

Antoine Guichard

Président d'honneur du conseil d'administration de Casino entre 2003 et 2013

Aziza Bouster

Aziza Bouster

Directrice de la communication externe de Casino

Yves Braibant

Yves Braibant

Membre du comité exécutif de Casino

Yves Desjacques

Yves Desjacques

Directeur des ressources humaines du groupe Casino

Pierre Rizzo

Pierre Rizzo

Directeur exécutif de la branche proximité du groupe Casino

Nadège Beck

Nadège Beck

Directrice des achats alimentaires du groupe Casino entre 2011 et 2012

Claude Risac

Claude Risac

Directeur des relations extérieures du groupe Casino

Alain Thaly

Alain Thaly

Ancien directeur marketing du groupe Casino

Frédéric Croccel

Frédéric Croccel

Ancien directeur de la communication et relations presse du groupe Casino

Tina Schuler

Tina Schuler

Directrice générale de Casino Supermarché

Christian Couvreur

Christian Couvreur

Directeur franchise et expansion hyper et supermarchés du groupe Casino.

Henri Giscard d'Estaing

Henri Giscard d'Estaing

Administrateur du groupe Casino
Président-directeur général de Club Méditerranée

Jean-Michel Duhamel

Jean-Michel Duhamel

Conseiller auprès du groupe Casino et fondateur de France conseils marches publics

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Article extrait
du magazine N° 2400

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