Le Groupe Casino se renforce dans le discount

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Le groupe stéphanois investit 260 millions d'euros pour renforcer ses participations dans Leader Price et Franprix. Dans un an, il aura également les coudées un peu plus franches pour développer la marque Leader Price à l'international.

« Nous poursuivons la réalisation de nos accords prévus sur le long terme. L'opération de la semaine dernière marque tout simplement notre intérêt pour le discount et son importance au sein du groupe. » Pour Benoît Cornu, directeur délégué de Groupe Casino, la montée du groupe stéphanois à 95 % dans Franprix Holding et à 75 % dans Leader Price Holding s'inscrit naturellement dans le calendrier des accords croisés avec la famille Baud, fondatrice des deux enseignes.

Quant au gel de toute initiative - de cession, pour la famille Baud, dans les quatre prochaines années, et d'achat, pour Casino, pendant cinq ans -, il peut se lire de diverses manières. « Cet accord apporte une garantie patrimoniale à la famille Baud, qui garde un attachement affectif à son entreprise », dit-on chez Casino. Pour les analystes financiers, c'est surtout une « manière intelligente et prudente de gérer les fonds propres », selon Olivier de Combarieu, de Fitch Ratings. Casino se donne ainsi une visibilité jusqu'en 2008 et va être en mesure de gérer les dossiers un par un en s'évitant l'avalanche : le rachat de la participation de Deutsche Bank dans Cora, ainsi que les prises de contrôle de Vindémia et de Monoprix .

Une dynamique de PME

Un autre relativise pourtant la portée de l'accord, estimant qu'« il n'y a plus grand-chose à attendre du développement de Franprix. Le vrai potentiel s'appelle Leader Price, sur lequel la famille Baud n'a cédé que 5 % ». Casino aurait-il cherché à mettre la main sur la totalité de Leader Price ? Certainement pas, estime notre interlocuteur ; d'abord pour une raison financière : une telle opération obligerait Casino à débourser 1 Mrd E. Pour des raisons opérationnelles aussi, estime un consultant : « C'est encore Jean Baud qui tient la boutique, et Casino est bien conscient de la dynamique qu'il insuffle à Leader Price. Rien ne dit qu'un management piloté par le groupe soit capable de conserver cet état d'esprit de PME. »

Bien qu'octogénaire, le fondateur de Leader Price ne semble, en effet, pas près de passer la main. Une calculette en permanence près de lui, il continue de négocier tous les achats épicerie et d'entretenir des relations on ne peut plus simples avec Casino : un repas d'actionnaires tous les ans, au cours duquel se négocie l'intéressement sur les résultats, le tout sans contrat ni autre forme d'intrusion dans ses affaires. Un mode de fonctionnement qui conviendrait parfaitement au groupe stéphanois, qui peut s'appuyer largement sur la famille Baud pour l'approvisionnement, mais aussi sur les master franchisés, qui assurent l'essentiel du management dans les magasins. Tôt ou tard, cependant, une nouvelle génération prendra la relève et il semble que les relations entre le groupe et l'un des fils pressentis pour la succession ne soient pas aussi faciles.

Vieux complice de Jean Baud, associé dans la création de Leader Price à la fin des années 80, Albert Baussan, lui, a décidé de prendre progressivement du recul. Dans un an - il aura alors 78 ans -, il cédera son poste de PDG de la Geimex à son neveu, Olivier Baussan. En confiance : cet homme de 52 ans est, en effet, à l'origine de deux belles réussites dans la distribution, avec L'Occitane et Oliviers & Co. « Quand mon neveu prendra les commandes, précis Albert Baussan, les choses se poursuivront dans le même état d'esprit qu'aujourd'hui, concernant les implantations de Leader Price à l'étranger. » Société de négoce et d'import, Geimex (198 M E de CA en 2002) est aussi propriétaire de la marque Leader Price hors de France. « Chaque fois que Casino veut implanter des magasins Leader Price à l'étranger, il nous demande notre accord, explique Albert Baussan. Moyennant quoi, nous touchons des royalties. »

La carte maîtresse à l'international

Lors de la prise de contrôle de Leader Price en 1998, Casino avait souhaité prendre une participation dans Geimex. Une autre société a ainsi été créée, Exim, actionnaire de Geimex, dans laquelle le groupe stéphanois détient 17 %. Même si Casino affirme ne pas être gêné par ce montage, fondé sur « un partenariat en bonne intelligence », le groupe aura les coudées un peu plus franches dans douze mois pour déployer son enseigne de soft-discount à l'international. Implantée en Pologne, en Argentine, en Thaïlande et dans les Dom-Tom, pendant que d'aucuns spéculent sur une possible arrivée en Chine, celle-ci représente la seule carte maîtresse de Casino dans son expansion hors de France.

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Article extrait
du magazine N° 1867

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