Le groupe Doux engage un bras de fer avec la distribution

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Le numéro un européen de la volaille dénonce la position de trois enseignes qui refusent les hausses de prix demandées, dans un contexte de flambée du cours des céréales.

président-directeur général
du groupe Doux
président-directeur général du groupe Doux© DR

L'année 2010 sera-t-elle pire que 2007 pour la filière avicole française ? « La situation devient intenable. D'ici aux prochaines semaines, nous n'aurons pas d'autre issue que de diminuer la rémunération de nos éleveurs ou même de réduire les emplois sur nos sites de production dédiés à la volaille fraîche », a prévenu Guy Odri, président-directeur général de Doux. Sous cette déclaration, on comprend que c'est un véritable bras de fer qui s'est engagé avec la grande distribution, sur fond de flambée du prix des céréales.

Les céréales représentent 60 % de l'alimentation animale. Ce poste représente 50 % du coût de production d'une volaille vivante. Depuis le mois de mai, le cours du blé a augmenté de 66 %, le prix du maïs a bondi de 61 %, celui du soja de 7 %. Cette flambée des prix a entraîné un renchérissement de l'ordre de 30 % du prix des aliments pour la volaille, selon Doux. Une situation que les industriels de la filière avicole ont déjà connue en 2007. Cette année-là, le groupe volailler avait enregistré une perte nette de 45 millions d'euros et fermé trois sites industriels.

 

Un climat tendu avec la grande distribution 

Au cours d'une conférence de presse organisée précipitamment la semaine dernière, Doux a - sans les nommer - dénoncé la position de trois enseignes qui refusent de passer toute hausse de tarif. Il s'agirait notamment de Carrefour et de Leclerc. Trois autres enseignes ont accepté une augmentation des prix de la volaille fraîche de 7 %. Mais cette situation ne satisfait pas Guy Odri, qui redoute qu'au prochain round de négociations ces enseignes fassent valoir la position beaucoup moins conciliante du reste de la grande distribution...

Le climat est tendu. Guy Odri a rappelé qu'à peine sorti de la crise de 2007-2008, Doux avait joué le jeu, acceptant de baisser le prix de ses produits de 8 %. « La grande distribution doit participer à son tour à l'effort de la filière qui, en première ligne, supporte seule le renchérissement des céréales depuis le mois de mai », clame le directeur général de Doux. Le volailler breton n'a donc pas l'intention d'en rester là. Après avoir réclamé le mois dernier une première augmentation des prix de 6 %, il estime que « les acteurs de la grande distribution doivent accepter des hausses de prix raisonnables de 15 %, conformes aux augmentations observées sur le marché mondial. »

 

Le lobby de la volaille veut se faire entendre 

La partie n'est pas gagnée. Officiellement, les négociations tarifaires entre Doux et la grande distribution sont terminées. Alors que le lobby de la volaille est actuellement en pleine effervescence, multipliant les communiqués pour alerter les médias sur la situation du secteur, Guy Odri entend également faire entendre la voix de son entreprise. Une lettre ouverte a ainsi été adressée au ministre de l'Agriculture, Bruno Le Maire, à celui de l'Industrie, Christian Estrosi, et à celui du Commerce, Hervé Novelli, sur la crise de la filière avicole et l'attitude des distributeurs.

L'enjeu est de taille. La filière, qui a cédé du terrain à l'export, risque de perdre encore en compétitivité si les parcs d'élevage, faute d'investissements, ne sont pas renouvelés. Mais, au-delà du jeu traditionnel des négociations commerciales, Doux cherche également à rassurer les financiers et à prouver que l'industrie avicole maîtrise ses coûts de production et n'est pas une activité à risque. Pris en tenaille entre la grande distribution et les spéculateurs, sa position est de plus en plus difficile à tenir.

L'entreprise en chiffres

1,3 Mrd € de CA en 2009

1 M de tonnes de produits

25 000 tonnes de volaille fraîche produites en France, contribuant à

30 % du CA du groupe

130 pays d'exportation

La grande distribution doit participer à son tour à l’effort de la filière, qui supporte seule le renchérissement des céréales, et accepter des hausses de prix de 15 %.

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Article extrait
du magazine N° 2155

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