Le groupe Doux face à de nouvelles échéances

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La décision du tribunal de Quimper ce lundi 10 septembre, très rude sur le plan social, devrait permettre au groupe de faire face, au moins jusqu'au 30 novembre. LDC et Sofiprotéol se partagent les sites.

Le verdict rendu lundi 10 par le tribunal de commerce de Quimper (29) concernant la cession du pôle frais de Doux marque une étape importante pour le groupe volailler de Chateaulin. C'est cette branche qui perdait le plus d'argent et qui a failli faire couler le navire, qui réalisait 1,4 milliard d'euros de chiffre d'affaires et employait plus de 4 000 salariés jusqu'à l'an dernier. Sur le plan social, cette scission est très douloureuse. Elle se traduit pas près de 1000 emplois supprimés, et certains subodorent que d'autres coupes claires pourraient avoir lieu dans les mois à venir, chez Doux ou chez les deux repreneurs, LDC et Sofiprotéol associé à Duc.

 

Les syndicats sonnés

« Il n'y a pas de réelle surprise, les sites qui devaient être repris l'ont été, mais, au total, on met dehors 971 personnes, entre les CDI et les CDD, grogne Jean-Luc Guillard, responsable syndical CFDT de Doux. Ce qui nous dégoûte, c'est que Doux soit allé perdre son argent au Brésil, quand il aurait eu la possibilité de moderniser ses sites et d'améliorer les conditions de travail. » Les syndicats se réunissent le 13 septembre avec la direction de Doux pour signer le plan de sauvegarde pour l'emploi..

Sur les neuf sites en liquidation, celui de Pleucadeuc (56) est repris par Galina Doux, une filiale de Doux, qui conservera seulement 135 des 395 salariés actuels, ce qui constitue une surprise relative, puisque d'aucuns estimaient que le groupe ne pouvait pas être sur les rangs.

De son côté, LDC récupère deux sites d'abattage très importants, l'un basé à Laval (53), l'autre à Sérent (18), en taillant toutefois rudement dans les effectifs. Les syndicats, sonnés, doivent tout de même être satisfaits cette reprise même partielle : Duc convoitait aussi ce site, mais les salariés doutaient de sa solidité financière. « Notre offre visant à reprendre 127 salariés reposait sur un vrai projet industriel », conteste la société.

 

Restructurations à venir

Via sa filiale Glon Sanders, Sofiprotéol reprend le site de Blancafort (18), et, associé à Duc, ceux de Boynes et d'Amilly (45). Xavier Beulin, président de Sofiprotéol, et par ailleurs président de la FNSEA, qui a rudement bataillé contre Charles Doux, n'a donc pas réussi à reprendre la totalité du groupe.

Dans le cadre du partenariat entre Sofiprotéol et Duc pour les sites de Boynes et d'Amilly, une coentreprise à 50-50, baptisée DGS, est constituée, dans le Morbihan. Il sera intéressant de voir l'évolution de ce partenariat. D'aucuns pensent qu'à terme Glon Sanders entrera dans le capital de Duc. Ou transférera sa propre activité de volailles (un million de volailles abattues chaque année), Ronsard, dans la société commune. La restructuration du secteur n'est probablement pas finie Le groupe Doux doit maintenant faire face à de nouvelles échéances. Dans les prochains jours, la banque Barclays doit convertir sa créance gigantesque de 140 millions d'euros en capital, et en devenir l'actionnaire majoritaire, avec environ 80 % des parts. Au passage, la part des familles Doux sera diluée, mais aussi celle de BNP Paribas, actuellement de 20%. « La question n'est pas la transformation de la dette en haut de bilan, c'est aussi de savoir si l'entreprise aura assez de trésorerie pour continuer à fonctionner. Ce n'est pas impossible », s'interroge un expert.

 

La dette brésilienne

Par ailleurs, les syndicats sont convoqués le 9 octobre au tribunal pour les deux autres activités, produits élaborés et surgelés, en redressement judiciaire jusqu'au 30 novembre. « Nous craignons, que le problème de la dette contractée au Brésil par Doux remonte à cette occasion à la surface. Nous ne savons rien sur cet endettement, sinon qu'il est gigantesque. » Le montant des dettes de Doux, qui a dû céder en location gérance sa filiale Frangosul et ses usines brésiliennes au géant de l'industrie de la viande local JBS, se situerait entre 300 et 400 millions d'euros. Et JBS déclarait en mai qu'il n'était pas question de prendre en charge ce passif.

La crainte est vive aussi du côté des 800 éleveurs de volaille. « On cède les outils industriels, mais que va-t-il advenir des contrats liant les éleveurs à l'entreprise s'il n'y a plus d'outils pour écouler la production ? Que vont devenir les créances des éleveurs ? » , interrogeait Michel Prugue, président de la Confédération française de l'aviculture. Le groupe Doux s'est engagé à prendre en charge 50% des créances des éleveurs, le reste devant, à terme, être transformé en part de capital...

D'ores et déjà, la quasi-faillite de Doux va changer la structure du marché de la volaille. À l'instar de celle du groupe Bourgoin, jusqu'à sa disparition, criblé de dettes, dans les années 2000, dont il ne reste aujourd'hui que la société Duc. À l'époque, Doux avait profité de la déconfiture de son concurrent. Il est aujourd'hui confronté au risque d'une chute drastique de sa part de marché. En effet, la prise de parts de linéaire pour les volailles festives vendues à la fin d'année « s'est négociée en mai et juin avec tous les concurrents, et c'est une période où la valeur ajoutée est plus forte », indique un spécialiste. Mais, pour Doux et ses salariés, ce n'est pas la fête, et Noël paraît bien loin.

Les enjeux

Délesté de son pôle frais, Doux doit désormais préserver ses autres activités « produits élaborés » et surgelés, qui représentent la moitié du chiffre d'affaires. La vente du pôle frais s'est soldé par la cession ou la fermeture d'une dizaine d'usines et la suppression d'un millier d'emplois. Ses principaux concurrents, LDC, Duc, mais également Terrena et Maisadour, devraient gagner des parts de marché.

LES SIX SITES RACHETÉS

  • Laval (53) Abattoir - 303 emplois : 260 repris, ainsi que 40 CDD, par LDC
  • Sérent (56) Abattoir - 175 emplois : 60 ou 127 repris par LDC
  • Pleucadeuc (56) Abattoir - 407 emplois : 135 repris par Galina Doux
  • Blancafort (18) Abattoir - 244 emplois : 120 repris par Sofiprotéol
  • Boynes (45) Abattoir - 172 emplois : 80 repris par Sofiprotéol et Duc
  • Amilly (45) Couvoir - 18 emplois repris par Sofiprotéol et Duc
  • Clémont (18) Aliments - 14 emplois. Le site est repris par Sofiprotéol

 

LES SITES QUI FERMENT

  • Graincourt (59) Abattoir253 salariés
  • La Vraie Croix (56) Siège administratif du pôle frais, 113 salariés
  • Le Pontet (84) 20 salariés
  • Champagné-St-Hilaire (38) 15 salariés
  • Abbatoir de Plouray (56) 100 emplois, n'est pas cité dans la décision du Tribunal de commerce, mais devait être repris par Volailles du Poher

 

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Article extrait
du magazine N° 2241

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