Le groupe Maïsadour vise une croissance gastronomique

|
Twitter Facebook Linkedin Google + Email Imprimer

Le groupe coopératif du Sud-Ouest a le vent en poupe. Producteur de maïs à l'origine, il maîtrise à la fois son amont et son aval, avec les marques Delpeyrat et St Sever, en structurant la gastronomie de la région. Et joue même la distribution, avec Gamm vert et Comtesse du Barry. Un déploiement étonnant.

Nous avons 75 boutiques Comtesse du Barry à rénover, et l'objectif est d'en ouvrir autant dans les grandes villes, avec un nouveau concept permettant de proposer toute la gastronomie du Sud-Ouest.
Nous avons 75 boutiques Comtesse du Barry à rénover, et l'objectif est d'en ouvrir autant dans les grandes villes, avec un nouveau concept permettant de proposer toute la gastronomie du Sud-Ouest. © DR

L'avenir serait-il à nouveau aux physiocrates ? Les économistes du XVIIIe siècle étaient persuadés qu'il fallait posséder des terres et les matières premières - la production physique - pour qu'un pays ou une entreprise soit pérenne. L'innovation leur a donné tort : les transformateurs ont créé plus de valeur ajoutée que les producteurs, et, dans les dernières décennies, c'est la distribution qui a engrangé les meilleurs bénéfices. Mais avec l'inflation des matières premières, la tendance s'inverse. Le groupe coopératif Maïsadour en est un bon exemple. De plus en plus solide sur son amont, il se déploie à l'aval à grande vitesse.

 

Du champ à l'assiette

À la base, la coopérative appartient à des producteurs de maïs, qui, pour s'assurer des débouchés, ont créé des filières d'élevage de volailles - canards, oies et poulets -, qui réalisent à l'heure actuelle près de 600 millions d'euros de chiffre d'affaires.

Puis le groupe constitué en amont a pris le contrôle des abattoirs, des outils de transformation et des marques : Delpeyrat (foies gras, confits, traiteur, jambon de Bayonne) et St Sever (volailles).

Plus récemment, Maïsadour s'est lancé dans la distribution, il possède des magasins à son nom pour la motoculture, des jardineries Gamm vert, et vient d'acquérir l'enseigne Comtesse du Barry, des épiceries fines où le foie gras est roi. Bref, en quelques années, le groupe a réussi à contrôler une activité qui va du champ à l'assiette.

Et sa croissance est insolente. Présidé par Michel Prugue - un cacique de la coopération, fin diplomate - et dirigé par Thierry Blandinières, le géant coopératif du Sud-Ouest a doublé son chiffre d'affaires en cinq ans, pour atteindre 1,2 milliard d'euros et les 1,4 milliard sont visés pour l'année en cours.

 

« Un développement fulgurant »

C'est ce type de réussite que Philippe Mangin, président de Coop de France, le lobby des coopératives agricoles, veut mettre en avant pour vanter, notamment auprès des politiques, le modèle économique des coopératives.

« Maïsadour a connu un développement fulgurant et maîtrisé. Le groupe est devenu le numéro un de l'agroalimentaire en Aquitaine et, surtout, il a permis de maintenir la population agricole dans cette région, et sa gouvernance est remarquable », expose-t-il. En effet, le groupe coopératif compte quelque 8 000 agriculteurs et éleveurs de volailles, avec des activités de semencier, d'agro-fournisseur, de production de maïs, de nutrition animale, et des productions animales et légumières. Le maïs doux de Bonduelle ou les carottes et les asperges Primco d'Agrial pour le Sud-Ouest viennent de Maïsadour, par exemple.

L'aval, lui, est constitué de Delpeyrat, la célèbre marque de foies gras (qui s'étend au traiteur au jambon de Bayonne), et des volailles des Fermiers du Sud-Ouest (FSO), avec la marque de poulets St Sever, commercialisée en grande distribution par Gastronome, en partenariat avec une autre coopérative de l'Ouest, Terrena.

Au total, le groupe compte 160 sites industriels et 4 500 salariés ! « Depuis huit ans, nous menons la même stratégie qui consiste à développer nos activités d'amont et d'aval au même rythme, et, en aval, d'être toujours au plus près du consommateur », indique Michel Prugue. Chacun des métiers - sept au total - est piloté par un élu et un dirigeant salarié. Un modèle semblable au tiers-temps d'Intermarché ou de Leclerc, en quelque sorte !

Sur place, la croissance de la branche Delpeyrat (400 millions de chiffre d'affaires) se voit à l'oeil nu. Le site de conditionnement de foie gras de Saint-Pierre-du-Mont est en train de doubler de volume. « Il deviendra le premier site mondial en volume en 2013, avec une capacité de 6 000 tonnes, soit 30 % de la production française », indique fièrement Thierry Blandinières. Il faut faire de la quantité pour pouvoir trier et offrir de la qualité. L'outil industriel est ultramoderne, mais le savoir-faire reste très artisanal. Le patron de Delpeyrat a engagé une course à l'innovation pour réduire les températures de traitement du foie gras afin de donner à la marque le meilleur niveau de fraîcheur et de goût, « et la barre de technicité est assez élevée pour créer une barrière à l'entrée », affirme-t-il, persuadé que les gains de part de marché passent aussi par là.

 

Coup de maître

Autre coup de maître, l'utilisation de la marque Delpeyrat pour le jambon de Bayonne. Elle détient désormais 16 % du segment du jambon sec en France ! La marque doit devenir l'Aoste du Sud-Ouest, avec l'avantage sur celle-ci de bénéficier d'une authentique IGP.

« Delpeyrat n'existe que depuis trois ans dans ce secteur, nous arrivons de nulle part et nous approchons déjà des 20 % de part de marché », se félicite Thierry Blandinières. Delpeyrat détient les deux-tiers de la production de jambon de Bayonne après le rachat de Chevallier à Campo Frio. Et l'usine située près de Biarritz doit doubler sa capacité, avec 13 millions d'euros d'investissement au programme ! Enfin, Delpeyrat produit aussi des plats cuisinés frais, ultrafrais et surgelés. Maïsadour aurait bien racheté la marque Marie pour renforcer ce pôle, mais LDC lui a soufflé la mise. « Je sais que les équipes qui ont travaillé sur ce dossier ont été frustrées, mais le risque financier était trop important », confie Michel Prugue. D'autant plus frustrant que LDC semble avoir remis Marie sur les rails !

Mais Maïsadour était déjà sur le dossier de la restructuration du secteur de la volaille du Sud-Ouest, en créant les Fermiers du Sud-Ouest avec Terrena.

En fait, via un droit de préemption, Maïsadour a d'abord repris l'activité des Fermiers landais - dont il détenait 40 % - au groupe Arrivé, qui venait d'être racheté par... LDC. Lequel voulait aussi l'outil industriel, mais cette fois, Michel Prugue n'a pas lâché. Il a finement joué avec les autres coopératives du Sud-Ouest, Euralis et Vivadour, habituellement concurrentes, pour qu'elles apportent leur activité de volailles. FSO vient tout récemment de se renforcer avec les Fermiers du Périgord, l'ensemble devant réaliser 240 millions de chiffre d'affaires en 2012, pour 29 millions de volailles. Et surtout, FSO a réussi à imposer la marque St Sever label Rouge en grande distribution, qui est en train de devenir l'équivalent du poulet de Loué... vendu par LDC. Décidément ! Le site de préparation des volailles à Saint-Sever fait lui aussi l'objet de programmes d'investissements constants, tandis qu'un autre va être construit à Terrasson, pour 15 millions d'euros. Du coup, Maïsadour détient un quasi-monopole industriel de la gastronomie dans le Sud-Ouest.

 

Et demain ?

Va-t-il en rester là ? Les dirigeants ne sont pas diserts sur les acquisitions. Mais Maïsadour pourrait bien s'intéresser - avec Terrena - aux poulets Duc, dans les mains d'un fonds, et qui traverse une passe difficile. Doux, en redressement judiciaire ? Cette société est visiblement trop lourde et trop endettée pour la taille de Maïsadour. Ayant raté Marie, le groupe pourrait viser Findus, que Lion Capital a mise en vente, mais il faudrait sans doute d'autres partenaires au sein de Coop de France, compte tenu des chiffres d'affaires de ces sociétés. Par ailleurs, le géant du Sud-Ouest a une nouvelle activité à développer, les jardineries Gamm vert, en partenariat avec le géant coopératif In Vivo, et les épiceries fines Comtesse du Barry - qui réalisent pour l'heure 30 millions d'euros de chiffre d'affaires.

« Nous avons 75 boutiques Comtesse du Barry à rénover, et l'objectif est d'en ouvrir autant dans les grandes villes, avec un nouveau concept permettant de proposer toute la gastronomie du Sud-Ouest », explique Thierry Blandinières. Il verrait bien un magasin à la Madeleine, tout près de Fauchon et Hédiard. Le choix des adresses, pour ce type de magasin, est essentiel. À ce rythme, le groupe présidé par Michel Prugue va encore grossir dans les années qui viennent, le plus difficile restant de gérer toutes les activités en croissance en même temps.

Un groupe coopératif sur deux pieds

Le pôle amont 591 M € de CA en 2011 1 569 salariés 127 sites Le pôle aval 615 M E de CA en 2011 2 955 salariés 57 sites

 

Un déploiement tous azimuts

  •  Maïsadour a presque doublé son chiffre d'affaires en cinq ans, de 600 à 1,2 Mrd € en 2011 
  • Le groupe, présidé par Michel Prugue, multiplie les investissements industriels dans la « gastronomie du Sud-Ouest » : les volailles, foie gras, et jambons, le traiteur 
  • D'autres acquisitions sont à attendre, ainsi que le déploiement de magasins, notamment la Comtesse du Barry 
  • La croissance maîtrisée et la gouvernance seraient prioritaires pour ce modèle économique coopératif

 

Les dernières acquisitions

2010 Fermiers landais à Arrivé - Marque St Sever

2010 Salaisons pyrennéennes pour Delpeyrat Jambon de Bayonne 2011 Comtesse du Barry (foies gras)

2012 Rachat de Fermiers du Périgord

 

Un éventail de griffes réputées

Maïsadour, au fil des ans, détient de plus en plus de marques à forte notoriété, commercialisées en GMS, à l'export ou réservées aux circuits traditionnels, aux boutiques de luxe ou à la restauration.

  • VOLAILLES ST SEVER
  • DELPEYRAT FOIE GRAS
  • DELPEYRAT TRAITEUR 
  • DELPEYRAT JAMBON DE BAYONNE IGP
  • CHEVALLIER (foies gras et salaisons)
  • SARRADE (gastronomie restauration) 
  • LE CANARD DU MIDI (gastronomie collectivités, trois boutiques) 
  • MARIE HOT (volailles restauration) 
  • COMTESSE DU BARRY (produits et magasins)
  • GAMM VERT (magasins)

 

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 2234

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous

 
Suivre LSA Suivre LSA sur facebook Suivre LSA sur Linked In Suivre LSA sur twitter RSS LSA