Le japonais Otsuka poursuit ses emplettes en France

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DÉPLOIEMENT - À quelques mois d'intervalle, le géant japonais de la pharmacie et des aliments santé a racheté Gerblé et pris une participation dans Cristaline. Cette rapidité prouve l'ambition d'Otsuka en Europe.

Le 24 décembre, Abénex Capital, L Capital et Didier Superbielle ont dû sabrer le champagne. Contrairement à d'autres, ils ne fêtaient pas seulement Noël, mais la signature surprise de l'accord de cession de Nutrition et Santé, la société propriétaire des marques Gerblé, Gerlinéa ou Céréal Bio, au japonais Otsuka Pharmaceutical. « L'offre d'Otsuka est arrivée après l'été, nous ne l'avions pas sollicitée », explique Didier Superbielle, président du directoire de Nutrition et Santé, précisant que les trois partenaires n'envisageaient pas de sortir avant deux ans de ce LBO monté en 2006. Cette reprise est d'autant plus soudaine que Nutrition et Santé a rencontré des difficultés ces derniers mois. Bien que porteur, le marché de la diététique commençait à ralentir.

En 2008, l'entreprise espérait atteindre 280 millions d'euros de chiffre d'affaires, soit une croissance de 7 % de ses ventes et de 12,5 % de sa rentabilité. À fin novembre, la croissance n'était que de 4,3 %. Surtout, la réputation de Nutrition et Santé a été écornée cet été en Espagne, où sa marque de laits infantiles, Sanutri, a été tenue pour responsable de plusieurs cas de gastro-entérites chez des nourrissons. Sanutri a d'ailleurs procédé à un retrait des lots incriminés. Autant dire que pour un japonais souhaitant s'implanter en Europe, le moment ne semblait pas opportun. « C'est une opération inespérée, surtout en ce moment. Les deux fonds sont euphoriques et il y a de quoi : Abénex s'apprête à toucher trois fois sa mise ! », souligne une source proche du dossier.

Avant de se réjouir pleinement, il faudra quand même attendre la signature définitive de cet accord fin février. D'ici là, les parties prenantes restent donc sur leurs gardes pour qu'Otsuka maintienne son offre. La Commission européenne doit également autoriser le rapprochement, ce qui ne devrait pas poser de problème étant donné les très faibles positions d'Otsuka en France et en Europe pour l'instant. « Nous sommes tout à fait sereins sur les questions de concentration », confirme Didier Superbielle.

Une stratégie volontariste

En Europe, Otsuka a pourtant déjà posé ses valises. En avril dernier, le groupe sortait de l'ombre pour s'associer avec Pierre Papillaud à la reprise des parts de Castel dans le holding Alma, propriétaire de plusieurs marques d'eau, et notamment de Cristaline. Le groupe japonais avait alors déboursé 120 milliards de yens, soit 770 millions d'euros, pour acquérir 49 % d'une entreprise dont le chiffre d'affaires atteignait 783 millions d'euros. Déjà, la capacité d'investissement et le volontarisme de ce groupe familial privé, numéro trois japonais de la pharmacie, avaient surpris. Avec cette deuxième acquisition, Otsuka confirme clairement ses ambitions sur le secteur agroalimentaire et plus précisément sur les aliments santé. « Cela doit nous permettre de faire passer notre activité produits nutraceutiques à un niveau supérieur », a juste déclaré Taro Iwamoto, président d'Otsuka.

Le groupe japonais va désormais consolider ses nouvelles positions et mettre en place des synergies. Une stratégie déjà entamée sur l'eau, où Pierre Papillaud et Otsuka se connaissent depuis plus longtemps. En effet, les deux alliés ont repris Crystal Geyser aux États-Unis, reproduisant outre-Atlantique le succès de Cristaline. Une collaboration appréciée par l'entrepreneur français : « J'ai les mains libres. Otsuka n'intervient pas dans la gestion. » Mais le japonais compte sur son partenaire pour distribuer prochainement certains de ses produits phares. Pierre Papillaud n'en fait pas mystère : Pocari Sweat, la boisson à succès d'Otsuka, devrait entrer dans nos linéaires au plus tard en 2010. La notoriété de cette eau enrichie en vitamines et minéraux est colossale au Japon et en Asie, au point que certains la comparent à un Coca-Cola local. Dans l'autre sens, c'est Courmayeur qui commence à être distribuée au Japon, en insistant sur ses vertus pour la santé et en jouant de l'image positive de la France.

Importer les marques

À l'avenir, on peut facilement imaginer que d'autres marques suivent ce canal Japon-France, notamment Calorie Mate et SoyJoy sur le marché des barres diététiques, ou encore Oronamin-C côté boissons énergétiques. Mais au-delà de ces échanges franco-japonais, Otsuka est aussi connu pour développer rapidement ses affaires et se révèle un adepte de l'effet « booster ».

« Le groupe a racheté Pharmavite et sa marque NatureMade aux États-Unis en 1988, lorsque l'entreprise générait 50 millions de dollars de chiffre d'affaires. Dix ans plus tard, grâce aux investissements d'Otsuka, elle en fait 500 millions et s'est imposée en leader du secteur diététique », révèle Didier Superbielle. Une réussite fulgurante aux États-Unis que le groupe aimerait reproduire aujourd'hui sur le Vieux Continent. « Ils ont une stratégie très volontariste d'acquisition et d'expansion, je ne serais pas surpris que d'autres projets soient annoncés, au moins de petites acquisitions stratégiques autour de la plateforme Nutrition et Santé », indique Philippe Franchet, senior partner chez L Capital. Dans le contexte actuel, où se succèdent les mauvaises nouvelles, Otsuka pourrait venir en annoncer de bonnes.

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Article extrait
du magazine N° 2073

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