Le jeu vidéo tente d'amortir la chute

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La fin du cycle de la génération actuelle de consoles est, cette fois, bien entamée. Le marché est nettement orienté à la baisse, et tous les intervenants comptent sur une fin d'année riche en lancements de jeux vidéo pour retrouver un peu de tonus.

Chiffre d'affaires annuel du jeu vidéo (consoles, jeux, accessoires) en France, en milliards d'euros
Chiffre d'affaires annuel du jeu vidéo (consoles, jeux, accessoires) en France, en milliards d'euros© Source : GfK

Si l'on en croit les grandes figures du jeu vidéo en France, tout va bien. Qu'il s'agisse de Jean-Claude Larue, le truculent délégué général du Syndicat des éditeurs de logiciels de loisirs (Sell), de Stephan Bole, directeur général de Nintendo France, ou encore de François Ruault, président de Microsoft XBox France, tous l'assurent : le cycle de vie des consoles suit son cours. Et il serait actuellement en pleine phase descendante. Rien de surprenant, mais les baisses sont tout de même spectaculaires.

Sur la période janvier-avril 2010, le chiffre d'affaires du secteur (console, jeux accessoires) s'est contracté de 10 % (680 millions d'euros) par rapport à 2009, qui avait déjà connu un recul de plus de 15 % par rapport à 2008. Selon les analystes du cabinet GfK, les ventes de jeux vidéo devraient s'établir à 2,5 milliards d'euros cette année, soit 700 millions « perdus » par rapport à l'année record que fut 2008.

 

Quelques interrogations

« Rien d'anormal à ce que le jeu vidéo baisse, insiste Tristan Bruchet, chef de groupe chez GfK, Pour le secteur, l'important est de descendre à chaque fois moins bas que lors de la baisse du pic précédent. » Sur ce point, les différents intervenants restent confiants. Avec un étiage de 2,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2010, le niveau reste deux fois plus élevé que celui de la génération précédente des PS2, Gamecube et autre XBox 1re génération.

Néanmoins, quelques questions se posent. La crise économique a-t-elle eu un impact sur un secteur qu'on disait imperméable ? Le téléchargement illégal n'accentue-t-il pas la chute ? L'apparition de plates-formes concurrentes (smartphones, tablettes tactiles) nuit-elle aux acteurs classiques fabricants de consoles ? Autant d'interrogations auxquelles les acteurs du jeu peinent à répondre. « Concernant la concurrence des produits Apple, c'est difficile à dire, estime Stephan Bole. Nos concurrents sont plus larges que les simples acteurs du jeu vidéo, il y a aussi le temps et l'attention. » Pour Nintendo, l'iPhone serait donc un concurrent au même titre que la lecture, le cinéma ou la salle de sport...

Concernant l'impact de la crise et de la baisse du pouvoir d'achat les acteurs du jeu ont plus de certitude. « La crise n'a pas d'effet amplifiant sur le cycle de vie des consoles, assure Antoine Seux, président de la filiale française de l'éditeur de jeux Capcom. Après un certain nombre d'années de commercialisation, les ventes de machines baissent, ce qui entraîne une baisse globale du marché du jeu. »

 

Piratage et occasion 

Pourtant, avec un parc élevé (près de 9 millions de DS, 4,5 millions de Wii ou encore 2,5 millions de PS3...), les ventes de soft devraient prendre le relais. Mais les ventes de logiciels pour consoles n'ont progressé que de 0,9 % en volume sur les quatre premiers mois de 2010, à 9,4 millions d'unités, et ont même enregistré un recul de 3,7 % en valeur, à 353 millions d'euros. Le piratage de jeux, notamment ceux de la DS de Nintendo, a sans doute eu des conséquences sur les ventes. Mais c'est difficilement quantifiable, assure le fabricant japonais, qui s'échine depuis deux ans à faire interdire la vente des adaptateurs permettant de lire des jeux téléchargés illégalement. Après des procès à Hongkong et en France, le groupe s'attaque maintenant au revendeur américain NXPGame.

Le développement de l'occasion n'est pas non plus sans effet sur les ventes de jeux neufs. Estimé à près de 200 millions d'euros par l'enseigne Game, ce marché parallèle tout à fait légal échappe aux éditeurs, mais aussi à de nombreux distributeurs non spécialisés. Même si certaines enseignes alimentaires sont tentées par ce juteux marché. C'est le cas de Casino, qui s'interroge sur une réorganisation logistique et informatique du rayon pour y intégrer des jeux d'occasion. « Le prix extrêmement élevé des jeux a amené les spécialistes à développer une démarche industrialisée de l'occasion, constate Patricia Sberro, directrice multimédia de Géant Casino interrogée par la revue Multimédia à la Une. Si les grandes nouveautés ne souffrent pas trop, les jeux de niveaux 2 sont touchés de plein fouet. »

 

Derniers feux 

D'où l'intérêt de stimuler le marché à nouveau avant de passer le flambeau à la génération suivante. Pour ce faire, Sony et Microsoft, envieux du succès de la Wii, vont lancer leur propre technologie sans manette. Ce sera le PSMove pour le groupe japonais et le Kinect pour son homologue américain. Mais, pour séduisantes qu'elles soient sur le papier, ces deux technologies restent des améliorations de machines déjà sorties. Or, par le passé, ces « add-ons » n'ont jamais rencontré de francs succès.

Quant à Nintendo, numéro un du marché, il n'a pas programmé de nouvelle console avant la 3DS prévue pour mars 2011. Sa fin d'année sera marquée par le retour des jeux dits gamers (spécialistes). Metroid Other M sur Wii, Dragon Quest IX sur DS ou encore Zelda sur Wii début 2011. Sans doute la dernière salve de hits avant que les nouvelles générations ne relancent ce fameux cycle de croissance.

207 M€

Le chiffre d'affaires des ventes de consoles sur la période janvier-avril 2010, en baisse de 21 % par rapport à 2009

Source : GfK

62%

La part de marché des enseignes spécialisées (Fnac, Micromania...) dans les ventes de jeux sur les quatre premiers mois de 2010 (en hausse de 1 %), contre 5 % pour internet (+ 15 %) et 32 % pour les hypers (- 6 %)

Source : GfK

Déjà deux ans de baisse

Après un recul de 15 % en 2009, le chiffre d'affaires du jeu vidéo devrait encore se rétracter en 2010 de 7 %. Les consoles portables vieillissantes, qui tiraient le marché, s'inscrivent en recul depuis le 1er janvier. La relève arrivera en 2011 avec la 3DS.

La DS domine largement en France

La console des superlatifs en France. Avec près de 9 millions d'exemplaires vendues depuis sa sortie en 2004, la DS Nintendo est la machine la plus vendue en France depuis que le jeu vidéo existe. À noter le succès de la PS3 de Sony depuis sa baisse de prix (300 €), talonnant la Wii certaines semaines.

Le choc de la 3DS

Présentée lors de l'E3 à Los Angeles, la nouvelle console portable de Nintendo a « bluffé » l'univers du jeu vidéo. La raison : une technologie 3D sans lunettes qui permet un rendu très convaincant et le soutien d'une kyrielle d'éditeurs majeurs de jeux (Activision, Konami, Capcom, Ubisoft...). Pas de prix annoncé, une simple date (mars 2011), qui promet d'ores et déjà d'être l'acmé de la saison 2010-2011 du secteur.

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Article extrait
du magazine N° 2145

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