Le job-dating, un outil à manier avec précaution

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Trouver un job rapidement et sûrement en moins de dix minutes : c'est la promesse du « job-dating ». Auchan, Casino et Kiabi s'y sont essayés. Retour sur une expérience qui a attiré plus de 1 000 candidats le 24 septembre à Paris.

Natacha sait exactement ce qu'elle veut. Travailler chez Auchan, dans une entreprise qui « respecte les valeurs humaines ». Bonne ambiance selon elle, formation avec un parrain pendant cinq mois : cette jeune femme de 26 ans, titulaire d'un master 2 de management international à l'École supérieure de gestion (ESG) de Paris, a fait le déplacement jusqu'au parvis de la Défense le 24 septembre pour rencontrer la chargée de recrutement de l'enseigne nordiste.

Ce jour-là, Valérie Le Toullec, responsable du recrutement chez Auchan, est venue aussi dans l'espoir de faire des rencontres et d'embaucher des Bac + 4 ou + 5 comme managers de rayon, premier poste d'entrée de cadre dans l'entreprise. Assise derrière une table, tout comme ses homologues de Casino et de Kiabi, elle reçoit chaque personne dix minutes montre en main. Deux semaines plus tard, Natacha a passé avec succès un deuxième entretien et doit être contactée par un chef de secteur d'un magasin Auchan. Coup double réussi pour les deux parties, recruteur et candidat.

 

Une longue file sous l'Arche de la Défense

Ce n'est pas le cas pour tout le monde. Samuel, 24 ans, fraîchement sorti lui aussi de l'ESG, est à la recherche d'un CDI. Il a vu les affiches du job-dating, annoncé à coup de panneaux 4 × 3 m dans tout le métro parisien, et patiente dans la longue file sous la Grande Arche de la Défense. « Il y a quelques années, les jeunes diplômés de mon école trouvaient un emploi tout de suite, soupire-t-il. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas, et il y a beaucoup de concurrence dans le marketing. » Il repartira déçu. Peu attiré par le métier de manager de rayon, il rêve d'être chef de produits ou chef de produits marketing. Or les enseignes présentes cherchent surtout des chefs de rayon, des directeurs de supermarché pour Casino, des responsables de collection, des acheteurs ou des managers logistique pour Kiabi.

Luisa, 33 ans, ne trouve pas non plus employeur à son pied. Un bac pro de secrétariat en poche, elle se voit bien changer de métier, mais n'a qu'une vague idée de ce que proposent Auchan ou Casino. « Je vais regarder », dit-elle, avant de se diriger finalement... vers les personnes de Keljob, organisateur de la manifestation, qui donnent quelques conseils pour bien passer un entretien d'embauche. Le large éventail de profils déçoit les recruteurs. « Nous avons vu beaucoup de profils non cadres, des employés qui viennent spontanément, précise Valérie Le Toullec. Nous prenons leurs CV sans pouvoir leur offrir de poste. » Au final, Auchan aura découvert et recruté deux personnes seulement grâce à cette journée de job-dating. Deux, alors que plus de mille jeunes, et moins jeunes, ont défilé.

 

Un gain de temps pour les recruteurs

Utilisée depuis quelques années par des entreprises de tous secteurs, cette méthode de recrutement, version professionnelle du « speed-dating », est à manier avec précaution. « L'objectif est clair, souligne François Dufresne, directeur du marketing du site d'emploi Keljob. Il s'agit de faire gagner du temps aux recruteurs en faisant venir le maximum de monde en une journée. La qualité n'est pas toujours là, mais à eux ensuite de filtrer ! » Tout dépend de l'utilisation qui en est faite. Maud Dégruel, directrice de projet dans un cabinet de conseil en ressources humaines, entreprise et personnel, confirme : « C'est une forme de sélection qui peut être pertinente comme mode de prérecrutement. Cela permet de rencontrer le candidat et d'enrichir l'information tirée du CV. En revanche, le job-dating ne peut constituer en soi un processus de recrutement. D'ailleurs, certaines expériences, menées par le passé et ayant plus fréquemment conduit à rompre les périodes d'essai, l'ont démontré. »

Le job-dating convient à des opérations de recrutement massif. Auchan cherche 200 managers de rayon cette année, et Kiabi s'est lancé dans un plan d'embauche à grande échelle : plus de 2 000 postes seront créés en 2011 par le groupe. Belen Quiros, chargé de recrutement chez Kiabi, n'est pas mécontente de la journée du 24 septembre. « Nous avons retenu 140 CV, dont 40 à 50 potentiellement intéressants, raconte-t-elle. Tous ne seront pas embauchés, mais nous les gardons dans ce que j'appelle un vivier. » Faire son marché en donnant à l'enseigne le maximum de visibilité, tels sont les avantages de ce mode opératoire.

Il en coûte 5 000 € hors taxes pour participer à un job-dating sur une journée, ce qui n'est pas excessif comparé à d'autres modes de recrutement. Valérie Le Toullec le reconnaît volontiers : « Le lieu est idéal - l'arche de la Défense -, puisque c'est un endroit à fort trafic. Et cela nous permet de faire connaître nos métiers. » Après quelques semaines ou mois de recherche d'emploi, Samuel sera peut-être ravi de découvrir le poste de manager de rayon. Même si, pour lui, c'est pour l'instant impensable.

 

Pour les candidats

- Tester leur motivation en direct.

- Découvrir une large palette de métiers.

Pour les recruteurs

- Avoir un premier contact autre qu'un CV papier.

- Élargir le champ de recrutement à des profils plus variés.

- Faire connaître l'entreprise et ses métiers, avantage non négligeable pour les distributeurs, qui font face à une pénurie sur certains postes.

La rapidité des entretiens (dix minutes), qui permet seulement de se faire une première idée.

Le fait de se retrouver confronté à des parcours tous azimuts qui ne correspondent pas forcément aux profils recherchés.

Le coût non négligeable.

Samuel 24 ans

Son parcours Titulaire d'un master 2 en marketing à l'École supérieure de gestion (ESG) en 2010.

Pourquoi il est venu Par curiosité et pour voir ce que vaut son CV. Il sait que la concurrence st rude dans le marketing.

« J'ai vu la responsable du recrutement chez Auchan pour un poste de manager de rayon. Ce n'est pas ce que je recherche. J'ai laissé mon CV. Je la rappellerai si je change d'avis. »

Luisa 33 ans

Son parcours Bac pro secrétariat. Recherche un emploi depuis mai, après avoir été standardiste pendant cinq ans chez Disney.

Pourquoi elle est venue Pour « regarder » ce qu'Auchan et Casino proposent.

« J'en profite pour m'entraîner aux entretiens. J'aimerais bien changer de métier, mais rien ne correspond à ma formation. »

Élodie 23 ans

Son parcours Titulaire d'un BTS d'assistante de manager, et après un stage de deux ans en alternance au siège de Carrefour, à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), elle cherche un poste en alternance (trois jours par semaine).

Pourquoi elle est venue La rentrée dans son école étant prévue en octobre, tous les moyens sont bons pour décrocher le stage.

« Je cherche un contrat en alternance depuis juin. Tout ce qui est marketing direct est très développé chez kiabi.com. Mais ils sont à Lille et mon école à Paris ! »

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Article extrait
du magazine N° 2153

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