« Le made in France n'est pas une idée ringarde » : Robert Rochefort, député européen et coprésident de L'Observatoire société et consommation (Obsoco)

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Dossier Avant sa Conférence du 29 mai dédiée au made in France, LSA lance une série d'interviews sur le sujet.Industriels, distributeurs fédérations et politiques donneront leur avis et y dévoileront leurs idées.

LSA - Pourquoi le made in France est-il à la mode ?

Robert Rochefort - Les Français ont compris le lien entre leur consommation et la montée du chômage. Ils voient, à coté de chez eux, que des usines ferment et que des entreprises licencient. On peut réellement parler d'une prise de conscience. Mais le déclic ne date pas d'hier. Rappelez-vous les initiatives d'Yves Jégo dans le gouvernement Fillon, mais aussi du débat lancé par le MoDem dès novembre 2011 lors de la campagne présidentielle. Malheureusement, des personnes ont trop longtemps pensé que cette idée était une idée d'arrière-garde, vieillotte, et même populiste. On voit aujourd'hui qu'il n'en est rien.

Les idées

  • L'ancien dirigeant du Crédoc préfère des Français citoyens plutôt que patriotes
  • Il faut créer un imaginaire fort autour des produits français
  • Il est urgent d'appeler à la mobilisation générale.

LSA - Les Français sont pourtant nettement moins patriotes que d'autres...

R. R. - Oui. Mais la notion de patriotisme me gêne. Elle nous renvoie à une notion guerrière qui rappelle notre passé. Je ne réclame pas des Français patriotes, mais citoyens, qui réfléchissent sur leurs actes et leurs conséquences. Et je ne demande pas d'acheter des produits français parce qu'ils sont fabriqués en Bretagne ou en Auvergne. S'ils sont trop chers ou d'une qualité déplorable, cela n'a aucun sens. Comme je préfère qu'on vante les mérites d'un produit d'un groupe étranger fabriqué en France plutôt que celui d'une entreprise française qui vient d'Europe de l'Est, du Maghreb ou d'Asie.

 

LSA - Dans l'alimentaire, les marques régionales devancent la notion de made in France...

R. R. - Oui, mais ce n'est pas grave. Pour convaincre les consommateurs, il faut créer un imaginaire fort. Et si, dans le non-alimentaire, les marques offrent souvent cet imaginaire, dans l'alimentaire, il faut davantage se tourner du côté des régions. D'abord pour des raisons de gastronomie. Mais aussi climatiques. Si vous communiquez sur les pêches made in France, vous n'apportez pas grand-chose. En revanche, si vous affichez les mérites des pêches du Languedoc-Roussillon, vous entrevoyez le soleil. Les Français ne peuvent pas consommer 100% français. Mais s'ils achetaient 5% de plus de made in France, on pourrait réduire d'environ 50% le déficit extérieur qui se monte à 70 M € ! L'enjeu n'a rien d'anecdotique.

 

LSA - Alors que doivent faire les politiques ?

R. R. - Appeler à une mobilisation générale. Dès qu'ils sont aux affaires, ils sont tétanisés par les fonctionnaires de Bruxelles ou de Paris. Le gouvernement doit en faire une priorité. Il faut mettre autour d'une table tous les acteurs, travailler sur un label et sur la question des marchés publics.

 

LSA - Quid des distributeurs ?

R. R. - Sur ces questions, ils ne veulent pas être avant-gardistes. Ils attendent que le train soit parti pour monter dedans. Ils sont dans leur logique. Je n'ai donc rien à leur reprocher. Je leur en veux davantage sur ce qu'ils ont fait dans le passé en abusant des promotions et des produits d'importation. J'en veux aussi au précédent gouvernement qui, avec la LME, a favorisé la multiplication des magasins de hard-discount, qui propose avant tout de l'importation.

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Article extrait
du magazine N° 2265

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