Le manager de centre-ville cherche ses marques

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C'est un peu le mouton à cinq pattes. Interface entre la ville et le commerce, le manager de centre-ville, s'il a démontré son utilité, doit se professionnaliser, tant les statuts et les profils divergent.

Place du Capitole, il est des institutions auxquelles il ne faut pas toucher, au risque de faire saigner le coeur des Toulousains. Quand Sephora a déboursé une somme pharaonique il y a quelques années pour mettre la main sur Mon Caf', un vieux bistro qui rassemblait les fans de rugby les soirs de match, cela provoqua une « bronca ». Aussi, il y a quelques mois, lorsque le Bibent, brasserie mythique de la place, a cherché un repreneur, pas question de céder aux avances alléchantes des enseignes. Les riverains, aidés de la mairie, ont obtenu gain de cause, et le chef étoilé Christian Constant ouvrira un restaurant à l'automne prochain. Dans l'ombre, un homme a oeuvré pour sauver le bâtiment classé : Arnaud Ernst. Ce dernier, après dix ans passés chez Michelin, est devenu manager commerce de la ville de Toulouse et chapeaute une équipe de neuf personnes avec un budget annuel de un million d'euros. Des moyens dont peu de grandes villes françaises peuvent se targuer.

Véritable interface entre la ville, le commerce (4 000 à Toulouse pour 600 millions d'euros de chiffre d'affaires et 450 000 habitants) et les quelque 80 associations de commerçants, Arnaud Ernst et son équipe interviennent sur tous les problèmes concrets liés au commerce (déplacement d'aires de livraison, propreté, sécurité, éclairage public, voiries...) avec une obsession en tête : l'équilibre entre centre-ville et périphérie, entre petits et grands commerces. Pourtant indispensable sur le terrain, le manager de centre-ville peine à trouver ses marques. « Aujourd'hui, c'est un métier qui n'existe pas, il n'a pas de fiche emploi au sein de la collectivité territoriale », souligne Arnaud Ernst. D'où l'utilité de définir un référentiel métier et une formation.


Une mission difficile pour une profession au statut mal défini

À la demande d'Hervé Novelli, secrétaire d'État au Commerce, à l'Artisanat, aux PME, au Tourisme, aux Services et à la Consommation, l'école de commerce Négocia et le Centre d'études et de formation des assistants techniques au commerce (Cefac) mettront en place à la rentrée prochaine une formation sur dix mois (lire encadré ci-dessus). « Il a fallu créer un référentiel métier qui n'existait pas, précise Bernadette Roussy, chef de projet commerce à l'Assemblée des chambres françaises de commerce et d'industrie (ACFCI). Le manager de centre-ville doit jouer le rôle de coordinateur de l'ensemble des acteurs de la ville. » Jean-Claude Jarru, manager de Saint-Priest, dans la banlieue de Lyon, et vice-président du Club des managers de centre-ville, renchérit : « Il faut professionnaliser ce métier. Le manager a tendance à être davantage un animateur de dossiers Fisac [ces fonds de l'Etat destinés à développer le commerce, NDLR] qu'un véritable manager. »

De fait, la fonction n'a pas connu en France le même essor que dans les pays anglo-saxons. Ils sont une centaine actuellement, contre 400 en Grande-Bretagne. Leur mission n'est pas aisée et leur statut manque de clarté. « Il faut aller défendre des projets qui ne plaisent pas à tout le monde », estime Sébastien Proust, chargé de mission-développement du commerce à Beauvais, bien placé pour le savoir puisqu'il travaille à l'installation d'un centre commercial en plein centre-ville ! Rattachés pour 80 % d'entre eux à la ville ou à la chambre de commerce et d'industrie, ou aux deux, les managers souffrent également d'un manque de clarification de la finalité de leur mission. « C'est un métier qui fait peur aux villes et aux maires qui estiment que ce travail-là relève plutôt d'eux et aux chambres de commerce qui y voient une concurrence », précise Bernadette Roussy. « Être rattaché à la ville est la position la plus adéquate, assure Marcel Valin, manager du commerce de Montrouge, commune de 47 000 habitants aux portes de Paris. Cela permet d'avoir les données en temps réel puisque nous travaillons avec les services techniques et financiers de la ville. Tous les lundis matin, j'ai rendez-vous avec le maire de Montrouge. »

L'hétérogénéité des profils, de l'ancien commerçant au fonctionnaire, n'aide pas non plus à la pérennité de la fonction. D'ailleurs, le turnover, du fait du nombre de contrats à durée déterminée, est assez élevé. Autant de faiblesses que la nouvelle formation mise en place cet automne devrait pallier.

Un poste d'avenir...

- Un potentiel estimé à 322 villes en France si on le mesure dans celles de plus de 20 000 habitants. Mais il n'y a pas de seuil minimum : une commune de 8000 habitants peut avoir un manager de centre-ville.


- La nécessité de mieux harmoniser tissu urbain et développement commercial


- Un rôle-clé dans la dynamisation du centre-ville.


...Mais qui a encore du mal à s'imposer en France pour plusieurs raisons

- Une rémunération encore faible (de 30 000 à 35 000 E par an).


- Une multitude d'appellations animateur commercial, développeur, chargé de mission commerce et artisanat, animateur de centre-ville...


- Un statut hybride, qui relève soit de la ville, soit des chambres de commerce et d'industrie.

FORMATION

Le premier module sur le marché

Qui la dispense ?

L'école de commerce Négocia avec le Centre d'études et de formation das assistants du commerce (Cefac).


Qui vise-t-elle ?

Toutes les personnes qui travaillent dans les agglomérations, les conseillers commerciaux des chambres de commerce, les personnes bac + 2 qui veulent entrer dans ce métier.


Début : Octobre 2010


Durée : Dix mois et 34 jours


Nombre d'élèves : 20


Contenu : C'est une formation en alternance, qui vise à donner des connaissances sur le tissu urbain et sur les enseignes pour faciliter leur implantation, traiter les problèmes liés à la transmission du patrimoine immobilier, jouer le rôle de promoteur du commerce.


Finalité : Professionnaliser un métier qui ne l'est pas et qui se limite encore trop au rôle d'animateur et pas assez à celui de de manager.

«Une formation est nécessaire pour passer d’une logique technique à une logique managériale. Mais le métier de manager de centre-ville est encore nouveau et a besoin d’une véritable clarification.»

Denis Cristol, responsable de la formation continue à Négocia

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Article extrait
du magazine N° 2141

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