LE MARCHÉ du bio sort de son cocon

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2007 aura érigé le bio en véritable superstar adulée des politiques, des professionnels et des médias, avec une croissante des ventes à l'avenant (+ 15 % en valeur). De l'avis des spécialistes, 2008 devrait marquer les prémices de la transformation du secteur en marché de masse.

2008 année zéro pour le bio ? Alors que s'ouvre le Printemps du Bio - du 1er au 15 juin -, la question prend tout son sens, après une année 2007 qui restera charnière dans l'histoire de l'agriculture biologique. Des candidats à l'élection présidentielle se livrant à une surenchère de promesses vertes, la création d'un ministère de l'Écologie, le Grenelle de l'environnement... Le contexte n'aura jamais été aussi porteur. « L'engagement des hommes politiques, la notoriété croissante des fondements de l'agriculture biologique, l'accélération des achats et la multiplication des points de vente sont autant d'atouts pour le développement de la bio », souligne Élisabeth Mercier, directrice de l'Agence bio, chargée de la promotion de la filière. Une surexposition aux répercussions concrètes, avec une croissance historique de 15 %, pour un marché total d'environ 2 milliards d'euros. Soit environ 1,5 % du marché des produits de grande consommation. Une niche ? Un terme à éviter devant un professionnel du secteur. « Un secteur qui a une ambition aussi profonde et qui se développe à une telle vitesse ne peut être considéré comme une niche », assène Élisabeth Mercier. De fait, le Grenelle de l'environnement a fixé des objectifs pour le moins ambitieux : 6 % de la surface agricole utile cultivée en bio en 2010, contre 2 % aujourd'hui, et 20 % à horizon 2020.

Seul bémol, ces objectifs sont inatteignables en l'état, selon les spécialistes du secteur. Première de la classe à la fin des années 80, la filière biologique française est aujourd'hui en queue de peloton au niveau européen. Résultat, la production hexagonale ne permet pas de répondre à une demande intérieure qui croît à grande vitesse. Plus de 25 % de notre consommation en bio est ainsi importée. Et ce chiffre tend à progresser.

Des aides à la conversion insuffisantes

En cause, le faible taux de conversion des agriculteurs. « Il faut savoir que, pendant environ deux ans, l'agriculteur va produire en bio, mais vendre en conventionnel, avec des rendements beaucoup plus bas », souligne Claude Gruffat, PDG du leader français des magasins spécialisés Biocoop (305 magasins). Les aides à la conversion sont unanimement dénoncées comme étant bien trop légères pour être incitatives. Vincent Perrot délégué général de la Fédération nationale d'agriculture biologique (Fnab), se montre d'ailleurs plutôt pessimiste sur les chances d'atteindre les objectifs du Grenelle de l'environnement en matière de conversion. « On a déjà pris énormément de retard, et aucun budget n'a été encore adopté depuis le Grenelle. L'envolée des cours des matières premières agricoles n'arrange rien. »

Structurer les filières

Autre volet à travailler pour voir s'étendre les champs cultivés en bio : la structuration des filières. « La contractualisation des achats est un axe très important pour sécuriser les débouchés et inciter ainsi les agriculteurs à se convertir au bio », souligne Claude Gruffat. Le ministre de l'Agriculture, Michel Barnier, a d'ailleurs créé en 2007 un fonds de structuration des filières, doté d'un budget annuel de 3 M E sur cinq ans. Un geste salué par les professionnels, mais qui semble insuffisant pour rattraper le retard qui rend les produits français peu compétitifs. Les exploitations sont en effet trop éparpillées pour permettre des économies d'échelle en transport ou en stockage. Les professionnels craignent de voir la grande distribution, par qui passent 40 % des ventes de produits bio, se fournir massivement vers l'étranger afin d'offrir à ses clients les prix les plus bas, notamment pour ses marques propres. Même si importer des produits de pays plus ou moins lointains est en totale contradiction avec l'esprit du bio, qui se veut être le plus propre possible au niveau environnemental.

Enfin, il y a nécessité à rééquilibrer l'axe des recherches vers le bio afin de développer des variétés mieux adaptées, qui permettraient d'améliorer les rendements. Le ministre de l'Agriculture l'a bien compris, puisqu'il a annoncé en septembre 2007 un plan à cinq ans qui prévoit davantage de moyens pour la formation et la recherche. Il faut dire que l'enjeu est de taille. Les analystes estiment que le bio pourrait, à terme, peser près de 10 % du marché français des PGC. Et 2013 devrait être une année décisive, puisque l'Europe se dotera d'une nouvelle Politique agricole commune, qui déterminera notamment la place accordée au bio. Mais il faudra compter avec les puissants fabricants d'engrais et de pesticides qui comptent bien défendre leur business.

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Article extrait
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