Le Maroc propose son bio

Le royaume chérifien fait ses premiers pas dans l'agriculture biologique. Il souhaite devenir une source d'approvisionnement de l'Europe. Et plus particulièrement de la France, où la production ne suffit pas à répondre à l'explosion de la demande.

Les caisses de fruits et légumes s'étendent sur toute la longueur du stand. Mohamed Kahji, tout sourire, égrène à l'intention des visiteurs le nom de chacune des variétés, comme s'il s'agissait d'espèces rares. À la fin de son énumération, il marque une pause, comme pour ménager son effet. Avant de pointer du doigt un panneau sur lequel est inscrit en capitales : « Produits issus de l'agriculture biologique. »

Mohamed Kahji n'est pas le seul à être fier. À l'instar du responsable de la toute récente filière biologique du Maroc, la majorité des 156 exposants du Salon de l'Alimentaire du Maroc - qui s'est tenu fin mars à Casablanca - est persuadée que le pays a les moyens de répondre au déficit de production qui frappe l'Europe, et plus particulièrement la France.

L'année dernière, la consommation de produits biologiques y a progressé de 30 %. Malgré les aides gouvernementales destinées à encourager la reconversion des exploitations françaises, l'agriculture biologique ne représente que 1 % des surfaces cultivées. La France est de plus en plus obligée d'avoir recours aux importations : 20 180 tonnes, tous produits alimentaires biologiques confondus en 1999, contre 1 370 tonnes quatre ans plus tôt.

Importateurs, exportateurs, grossistes, coopératives agricoles : tout le monde veut sa part du gâteau. « La France et le Maroc ont toujours entretenu des relations commerciales étroites, rappelle le directeur de la Fédération des industries de la conserve et des produits agricoles du Maroc, Meriem Oudhigiri. Il n 'y a pas de raison pour que le bio fasse exception. Contrairement à la France où la culture est intensive, les rendements marocains ont l'avantage d'être encore proches de ceux en vigueur dans l'agriculture biologique. »

Un plus, certes. Mais est-ce vraiment suffisant ? Le tissu agricole marocain se compose majoritairement de petits exploitants, habitués le plus souvent à vendre leur production en direct sur les marchés ou à des épiceries locales. L'agriculture biologique ne représente pas grand-chose pour eux. En tout cas, pas une priorité.

« La première fois que j'ai rencontré un agriculteur pour lui proposer de passer au bio, on m'a pris pour un fou, s'amuse Jean-Pierre Payan, un importateur français installé depuis dix ans à Marrakech. Il m'a fallu plusieurs mois avant de le convaincre, malgré la garantie de lui acheter toute sa récolte. » Aujourd'hui, il travaille avec une quinzaine d'agriculteurs, tous convertis au bio. S'il reconnaît que les mentalités ont évolué - les coopératives agricoles y sont pour beaucoup -, il sait aussi que le Maroc a encore beaucoup à faire pour prétendre jouer dans la cour des grands.

Une partie de l'avenir se joue à Bruxelles

La production marocaine de fruits et légumes biologiques reste confidentielle : 8 000 tonnes en 1999 (ce chiffre est à considérer avec prudence, étant donné la « fragilité » des statistiques). Et la filière reste à organiser. Entre agriculteurs, coopératives et exportateurs, les négociations, le plus souvent informelles, échappent à toute planification. On voit mal, en l'état actuel des choses, une centrale d'achats française traiter dans de telles conditions.

Autre problème : la certification. Aucun fruit ou légume marocain ne peut bénéficier du logo AB. À la place de ce label, réservé aux produits issus de l'Union européenne, les Marocains doivent se contenter de la mention : « Issu de l'agriculture biologique. »

Pour Mohamed Chraïbi, président de la Fédération nationale de l'alimentaire, ce n'est pas le plus grave : « Les rapport de forces économiques entre le Maroc et l'Union européenne ont toujours été déséquilibrés. La production agricole européenne n'est compétitive et performante que grâce aux subventions. Les aides dont bénéficient les agriculteurs marocains ne représentent que 2 % du prix de mise en marché, contre 40 % en Europe ! »

L'adhésion de l'Espagne à la Communauté européenne en 1986 a encore aggravé, selon lui, cette distorsion de la concurrence : « Le flux des échanges agricoles a été totalement bouleversé. Entre 1990 et 1999, l'Espagne a fait passer ses exportations de fruits et légumes de 4 à 8 millions de tonnes. Durant la même période, le Maroc a stagné autour de 950 000 tonnes. » Pourquoi les produits biologiques marocains échapperaient-ils au phénomène ?

Les professionnels du Maroc savent qu'une partie de leur avenir se joue autour des tables de négociations de Bruxelles, où le pays prêche pour la création d'une zone de libre échange agricole (ZLE) avec l'Europe. L'issue des débats ne sera connue que dans plusieurs mois. En attendant, les Marocains s'organisent, bien décidés à exporter leur bio. Une première étape importante a été franchie avec la création, il y a quatre mois à peine, de l'Association des produits biologiques (APB) pour fédérer les acteurs de la filière afin qu'ils s'entendent sur une politique commune.
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Article extrait
du magazine N° 1673

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