Le nouveau Bercy se mobilise pour la compétitivité

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Autour de Christine Lagarde, les trois nouveaux ministres de Bercy veulent redonner des ailes aux industriels. En favorisant les restructurations, en soutenant les exportations et leur compétitivité, y compris via l'équilibre des relations commerciales.

Hervé Novelli, le secrétaire d'État au Commerce qui lança les assignations, est parti, mais les contrôles de la DGCCRF dans les enseignes restent. Frédéric Lefebvre, son successeur, l'a indiqué lors de la première conférence de presse présentant les objectifs des nouveaux hôtes de Bercy : « Veiller au développement des entreprises, c'est aussi s'assurer de l'équilibre de leurs relations commerciales. J'ai demandé à la Répression des fraudes de poursuivre les contrôles dans la grande distribution et je souhaite qu'elle mette en place un plan de contrôle des relations de sous-traitance entre les PME et les grandes entreprises. » Mais cette précision n'était qu'une toute petite partie de son discours. Car Frédéric Lefebvre a aussi en charge le tourisme (7 % du PIB) et il a beaucoup plus développé sur ce thème, auquel, d'ailleurs, Christine Lagarde tient beaucoup. D'autant que le nouveau colocataire de Bercy a aussi pour priorité les consommateurs, via la « régulation des biens et des services ».

 

Épargner les consommateurs

« Dans une période de tension sur les prix des matières premières, explique Frédéric Lefebvre, il nous faut offrir plus de transparence, en particulier sur les prix des produits de première nécessité. » En clair, pas question de profiter de la hausse du blé pour rouler les consommateurs dans la farine. L'approche ne semble pas si éloignée des préoccupations des dirigeants d'enseigne, qui connaissent les effets désastreux des hausses de prix sur leur activité. Pour l'instant, il n'y a pas péril en la demeure. Malgré la hausse des matières premières, les prix des produits de grande consommation en grandes surfaces continuent de baisser au rythme de 1 %, selon nos indicateurs.

Voilà l'essentiel de la première déclaration publique du secrétaire d'État chargé du Commerce.

La consommation est aussi en bonne place dans les priorités de Christine Lagarde. « Elle progresse deux fois plus vite au troisième trimestre qu'au deuxième, se félicite la ministre. Depuis le début de la crise, elle n'a jamais baissé. Aucun pays n'a connu cette situation ». La reprise est là, assure-t-elle, la croissance française atteint 2 % en rythme annuel sur les quatre derniers trimestres.

Ce moteur continuant de bien fonctionner, la ministre va se concentrer sur le G20 pour tenter d'amener un peu de régulation face aux tempêtes financières et à la volatilité des matières premières. En France, c'est à l'assainissement des finances publiques - « impératif pour la souveraineté nationale » - et à la compétitivité des entreprises qu'elle compte se consacrer.

C'est là que les choses risquent de se compliquer. Car remplir les caisses de l'État pourrait tout de même déboucher sur un alourdissement de la fiscalité des sociétés. C'est ce qui ressort déjà du projet de loi de finances en cours de discussion au Parlement. Et nul ne sait précisément combien coûte la réforme de la taxe professionnelle. Apparemment, les commerçants sont assez perdants, alors que les industriels y gagnent...

 

Le levier du coût du travail

Pourtant, la compétitivité a bien été le maître mot à Bercy. Le nouveau ministre de l'Industrie, Éric Besson, a assuré que « l'industrie est moteur de notre économie », mais il est à la peine. En cause, une « industrie trop fragmentée ou insuffisamment innovante ». Il va plaider pour une « diminution de la taxation du stock de capital » et étudier avec Xavier Bertrand, ministre du Travail, la différence de coût du travail avec l'Allemagne. « La compétitivité, c'est aussi le coût du travail. En dix ans, la France, qui jouissait d'un avantage compétitif, a été rattrapée », constate-t-il. L'analyse est partagée par Pierre Lellouche. Le nouveau secrétaire d'État au Commerce extérieur, n'a pas hésité à reconnaître que « les chiffres ne sont pas bons. Les industriels français sont encore trop tournés vers la France et l'Europe, alors que la croissance se situe dans les pays émergents ».

Avec Frédéric Lefebvre et Éric Besson, il va s'attaquer au problème en s'appuyant sur les chambres de commerce en région, en simplifiant les formalités administratives, que Frédéric Lefebvre appelle « l'impôt papier », et en créant des guichets uniques facilitant la vie des PME. Ce dernier doit enfin « recevoir rapidement les associations de consommateurs ». Il a en outre déjà rencontré Jérôme Bédier, président de la FCD. Le quatuor paraissait assez carré et soudé sur les objectifs. Sans doute parce que le ministère est plus économique que jamais, puisque l'Emploi a rejoint le ministère du Travail. Même si Christine Lagarde n'a pu s'empêcher d'évoquer les bons résultats sur ce front qui lui échappe désormais.

 

Les principaux objectifs

Christine Lagarde Rendre la France plus compétitive pour favoriser l'emploi et le pouvoir d'achat

Militer pour la régulation des marchés monétaires et des matières premières dont les prix se sont envolés (à Bruxelles et lors du G20)

Éric Besson Rendre les entreprises plus compétitives grâce aux concentrations et en analysant le coût du travail

Pierre Lellouche Relancer les exportations en diminuant les formalités et en créant des guichets uniques en régions

Frédéric Lefebvre Veiller à l'équilibre des relations commerciales, y compris par la voie des contrôles, et à la transparence des prix

Écouter les associations de consommateurs concernant l'élaboration d'une directive européenne sur le sujet

Maintien des soldes flottants

Alors que des commerçants ont réclamé leur suppression, le gouvernement s'appuie sur les recommandations de l'IFM et du Crédoc pour maintenir cette pratique en 2011.

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Article extrait
du magazine N° 2162

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