Marchés

Le nouveau filon du textile recyclé

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Si consommer mieux est un enjeu de société majeur, c’est aussi, pour les marques de textile, un atout de différenciation important. De Bonobo à H & M, en passant par Levi’s ou Patagonia, les initiatives commencent à être nombreuses. Et intéressantes.

textile recyclé

Chaque jour, 15 tonnes de vêtements et chaussures arrivent au Relais 81, près de Castres, l’un des vingt-cinq centres de collecte et de tri, nés dans le sillage de l’association Emmaüs en France. Sur la chaîne de tri, six salariés sont à l’œuvre avec, devant eux, une vingtaine de bacs de sélection. Leurs mains expertes s’activent. Quelque 5% des vêtements sont jugés aptes à repartir dans le réseau de distribution solidaire des 73 magasins Ding Fring, exploités par Le Relais. Et 40% environ vont trouver une seconde vie dans l’industrie, notamment automobile, quand le restant, après transformation, va redevenir… textile.

Ici, près de Castres, les équipes du Relais travaillent en partenariat avec l’enseigne du groupe Beaumanoir, Bonobo qui, en septembre, a lancé sa collection Rebirth : six modèles de denim conçus à partir de jeans ainsi recyclés. Une collection en édition limitée, mais sur laquelle Xavier Prudhomme, directeur général de Bonobo, fonde beaucoup d’espoir : bon pour l’image de l’enseigne et bon pour la planète, quand on sait que quasi les trois-quarts des vêtements achetés finissent tristement jetés à la poubelle quand ils pourraient facilement renaître ailleurs, à une autre vie.

Des réponses avancées autres que la réparation

« Les choses bougent sur ces questions au sein des enseignes, se réjouit Stéphane Petitjean, directeur associé de GreenFlex, cabinet de conseil en développement durable. C’est, pour elles, un élément de différenciation utile, avec des vrais enjeux de société liés. Et, dans ce contexte, le recyclage est l’une des réponses apportées, au même titre que l’écoconception, la mode collaborative, voire les offres de réparation. » Sur ce dernier élément, citons le très engagé jeaner suédois Nudie Jeans, qui offre un service de réparation à ses clients, gratuit, en magasins. Imaginez l’effet positif perçu par les clients. Mais pour quelle rentabilité ? Simple : le consommateur, ravi de cette offre, est en magasin. D’une certaine manière, le plus dur est fait…

Sans doute d’ailleurs vaut-il mieux miser sur ce service clients, pour faire la différence, que sur les prix. Le jean femme coûte, en effet 59€, et son pendant masculin 69€ chez Bonobo – soit dans la fourchette haute des prix de l’enseigne. La faute à un processus de fabrication plus compliqué : « Il nous a fallu deux ans de travail pour aboutir à Rebirth », résume Xavier ­Prudhomme. Pour faire simple, le coton du jean initial doit être retransformé en fibres, avant de repartir dans un nouveau cycle de conception. Sans parler, non plus, des considérations techniques, qui empêchent, pour l’heure, de pouvoir ajouter de l’élasthanne au mélange utilisé, 50% coton recyclé-50% polyester recyclé. En clair, pas de slim possible en recyclé…

De plus en plus d’enseignes sur ce créneau

Reste que, en dépit de ces difficultés, le rendu final est plus qu’honorable. Et puis, surtout, cela répond à une attente de consommation, qu’on voit poindre. Pour preuve : la liste, de plus en plus longue, des enseignes occupant ce créneau. H & M, par exemple, avec Close the Loop, boucler la boucle en français, sur le même modèle que Bonobo, mais avec 20% de fibres recyclées : après une première collection en 2014, une seconde est en rayons depuis septembre.

Avant cela, en pionnier, Patagonia, dès 1993, proposait ses premiers articles en polyester recyclé. L’unique polaire conçue alors est maintenant accompagnée d’une gamme complète, avec vestes ou sous-vêtements. Même chose avec Levi’s et son offre Waste

H&M persiste et signe 

Dans la foulée de son programme de collecte de vêtements lancé dans ses magasins en 2013, H&M présente sa deuxième collection Close the Loop (boucler la boucle en français) en septembre 2015: 10 modèles réalisés avec 20% de fibres recyclées.

Bonobo s’en mêle

Dix mois de travaux de R & D menés par l’association Le Relais, Filatures du Parc, pour le traitement des fibres recyclées, et Bonobo. Résultat : six modèles de denim en coton recyclé présentés en septembre 2015.

Patagonia en pionnier

Depuis 1993, le groupe propose des gammes –d’abord une polaire, puis aujourd’hui des vestes, des sousvêtements et autres– confectionnées à base de polyester recyclé, issu de plastique.

Levi’s prend de la bouteille

Depuis 2013, le jeaner vend des modèles waste < Less, soit des jeans conçus à partir de plastique recyclé: huit bouteilles sont nécessaires pour fabriquer un jean, avec minimum 20% de matériau recyclé.

Une opportunité… mais des limites techniques

  • Une filière nouvelle, créatrice d’emplois, via les associations (Le Relais…).
  • Des produits très demandés par les clients, donc propres à améliorer l’image des enseignes.
  • Des opérations de collecte difficiles et coûteuses.
  • Une qualité compliquéeà obtenir : mélange de coton etde polyester, avec l’impossibilité d’introduire de l’élasthanne.

Les chiffres

  • 75% des vêtements achetés finissentà la décharge, sans être valorisés
  • 1 800 employés dansles centres de collecte et de tri du Relaisen France, émanation d’Emmaüs

Source : Le Relais

« Il est toujours très vertueux de mettre le recyclage de textile en avant, car plus on en parle, mieux c’est. Après, c’est l’une des réponses à apporter. On peut aussi évoquer l’écoconception, la mode collaborative, même la réparation ou la location des vêtements. »

 

 

Stéphane Petitjean, directeur associé de GreenFlex

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