Le nouveau garant de la communication

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carrière Au moment où l'industrie agroalimentaire multiplie les allégations santé, le nutritionniste est de plus en plus sollicité sur la véracité des informations délivrées au consommateur.

Comment diminuer le taux de sel d'une soupe sans qu'elle perde son goût ? Est-il judicieux de communiquer sur le calcium d'une barre de chocolat au lait ? Quelle bactérie détrônera demain les probiotiques ? Quelques questions parmi les milliers qui animent quotidiennement les équipes de marketing de France et de Navarre. Pour chaque nouveau produit candidat au lancement, le critère de la nutrition est devenu un élément incontournable de la recette et de la communication. Pour garantir le tout auprès des consommateurs d'un côté et des professionnels de santé de l'autre, le nutritionniste devient de plus en plus indispensable. Mais beaucoup d'entreprises ne savent pas encore bien à quel saint se vouer.

Un « filon en or »...

Le métier de nutritionniste n'étant pas réglementé, les profils sont multiples, et les charlatans foisonnent. « C'est un filon en or qui attire toute une faune sans compétences jusque dans les agences de pub et de communication », déplore Béatrice de Reynal, docteur en nutrition et directrice de Nutrimarketing, une des premières agences sur ce marché. Pour Patrick Serog, médecin nutritionniste, co-auteur du guide Savoir Manger et consultant pour de grands groupes comme Nestlé et Lesieur, il est impossible d'être un bon conseiller pour les entreprises sans continuer à voir des patients : « Il faut garder ce lien avec la réalité de tous les jours pour ne pas se laisser endormir par l'entreprise. »

Voilà pour les médecins purs et durs. Mais beaucoup de responsables nutrition se retrouvent désormais à l'intérieur des entreprises avec des profils variés d'ingénieur agronomes ayant suivi des formations de nutrition ou de diététicien et ayant progressivement grimpé les échelons. Laurence Depezay a été nommée responsable de la nutrition chez Bonduelle en 2004 pour jouer son rôle d'ingénieur experte au sein des services de l'entreprise. Alors que Simone Prigent ou Valérie Busson, responsables de nutrition respectivement chez Nestlé et chez Unilever, ont une formation initiale de diététicienne.

Entre eux, le débat est souvent vif pour savoir s'il est plus intéressant d'être interne à l'entreprise ou consultant extérieur. « Chez Andros, où je suis auditeur extérieur, j'ai vraiment l'impression de pouvoir dire tout ce que je veux », explique Béatrice de Reynal. « Lors-que l'on est indépendant, on peut être poussé à mettre de l'eau dans son vin pour faire plaisir au client », rétorque Laurence Depezay. Mais dans l'ensemble, les missions sont très similaires en interne ou en externe. Il s'agit de travailler avec les équipes de recherche et développement et de marketing en amont de la fabrication, pour intégrer les critères nutritionnels dès le brief de départ et tout au long de la chaîne de fabrication.

... et qui a de l'avenir

Les produits existants sont aussi retravaillés, comme Actimel, qui fait l'objet de recherche permanente pour abaisser ses taux de sucre. Surtout, le nutritionniste est garant des allégations santé et de la communication nutritionnelle des packagings et de tous les outils de communication à destination du grand public et des professionnels. « Pour certains produits, comme Danonino, la recette et la communication peuvent être différentes d'un pays à l'autre en fonction du contexte local législatif et culturel, et du profil des consommateurs et de leurs carences », explique Anne-Sophie Bourhis, responsable de la nutrition du groupe Danone.

Interface entre le monde scientifique et l'entreprise, le responsable de la nutrition interne ou le consultant externe doit déployer des trésors de pédagogie et d'écoute sans transiger avec l'éthique. D'autant plus que, depuis quelques années, le métier évolue. « Alors que nous étions très tournés vers la création de produits, nous allons de plus en plus vers la communication, pour répondre à une exigence toujours plus accrue du consommateur en termes d'informations », explique Laurence Plumey, médecin nutritionniste à l'hôpital Necker et conseillère scientifique chez Protéine.

Former, sensibiliser, éduquer le consommateur, notamment grâce aux nouveaux systèmes de coaching par internet initiés par les industriels puis les distributeurs, tel est le challenge des nutritionnistes pour demain. Dans les grandes entreprises, telles Danone, Nestlé et Unilever, les équipes formées de près ou de loin à la nutrition ne cessent de s'étoffer et travaillent en étroite collaboration avec les centres de recherche et de développement internationaux. Les plus petites, elles, ont de plus en plus recours à des consultants extérieurs mais beaucoup réfléchissent à intégrer leur propre responsable nutrition. Un peu plus de calcium, quelques gouttes de vitamine et un peu moins de sucre, le métier de nutritionniste a décidément de l'avenir.

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Article extrait
du magazine N° 1954

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