LE NOUVEL ESSOR DE LA GASTRONOMIE FRANCAISE

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Partout dans le monde, la haute cuisine française demeure la référence culinaire. Mais elle n'est plus la seule à occuper le créneau du haut de gamme, avec le succès des cuisines italienne et asiatique. Pour maintenir son influence internationale, elle doit affirmer son caractère d'industrie de luxe et développer de nouveaux leviers. Brasseries, bistrots, concepts thématiques, bars-restaurants, hôtels-restaurants : d'autres formules existent où le génie français sait aussi s'illustrer. D'autant qu'il ne manque pas d'artistes et d'entrepreneurs.

Connaissez-vous Éric Ripert, Jean-Luc Le Du, Alain Sailhac et Jacques Torres ? Tous les quatre sont Français, travaillent à New York et viennent d'obtenir un award de la Fondation James Beard, la plus haute distinction culinaire américaine. Eric Ripert a été élu Meilleur Chef de l'année 2003. Il exerce à Manhattan au restaurant Le Bernardin qu'il détient avec Maguy Le Coze. Un Relais gourmand réputé pour sa cuisine de poissons et de fruits de mer. Jean-Luc Le Du a obtenu le titre de Meilleur Sommelier de l'année. Une reconnaissance qui rejaillit sur son établissement Daniel, également membre des Relais gourmands (Relais & Châteaux) et propriété du chef français Daniel Boulud, l'une des locomotives de la haute restauration new-yorkaise.

LES ÉTATS-UNIS RESTENT UNE PLACE FORTE

Quant à Alain Sailhac et Jacques Torres, enseignants des arts culinaires, la fondation les honore pour « leurs importantes et durables contributions et réussites dans l'industrie culinaire ». Alain Sailhac est le vice-président et doyen du French Culinary Institute et son collègue Jacques Torres, Meilleur Ouvrier de France, dirige le département pâtisserie. Quel symbole ! Quatre représentants de la France récompensés aux États-Unis, malgré le ressentiment antifrançais que font peser depuis mars dernier l'administration Bush et les médias américains. Et récompensés dans nos domaines d'excellence : la cuisine, la pâtisserie, les vins et la formation. Peut-on encore prétendre que la cuisine française est sur le déclin ? Aux États-Unis, tel n'est pas le cas.

« La France est toujours la référence en matière culinaire », lit-on dans une note de synthèse de l'ambassade de France sur la restauration aux États-Unis. « Nous tenons le haut du pavé », assure Luc Pasquier, attaché culinaire au Consulat général de France. « Regardez New York, par exemple. Cinq des six restaurants classés 4 étoiles par le New York Times - la référence ici - ont des chefs français : Daniel Boulud (Daniel), Alain Ducasse (At The Essex House), Jean-Georges Vongerichten (Jean-Georges), Éric Ripert (Le Bernardin) et Christian Delouvrier (Lespinasse). »

LES MAÎTRES CUISINIERS DE FRANCE BIEN REPRÉSENTÉS

Ce qui est vrai à New York l'est aussi dans nombre de grandes cités et régions américaines. Elles comptent toujours un ou plusieurs établissements français réputés pour être le ou l'un des trois ou quatre meilleurs restaurants de la ville. On citera, par exemple, à Los Angeles, L'Orangerie de Gérard et Virginie Ferry et de leur chef Christophe Emé, et La Cachette de Jean-François Meteigner. A San Francisco, La Folie de Roland Passot et La Fleur de Lys d'Hubert Keller. Et à Chicago, considérée souvent comme « la » capitale de la restauration aux États-Unis, L'Everest de Jean Joho, ou encore le restaurant NoMi du Park Hyatt Hotel. Son chef de 31 ans, Sandro Gamba, est une nouvelle star. Et il faudrait aussi mentionner ces dizaines d'autres chefs français au sommet des classements. En remarquant que pas moins de 45 d'entre eux sont membres de l'Association des maîtres cuisiniers de France, dont Joho, Passot, Meteigner, Boulud, Delouvrier, Sailhac, Pasquier et Bernard Cretier, à Lakemoor, près de Chicago. « Nous n'avons jamais été si nombreux aux États-Unis et dans le monde (77 au total) », affirme leur président, Michel Blanchet. Preuve supplémentaire de la force du rayonnement français à l'étranger, au travers d'une des institutions les plus respectées de la profession. La devise du maître cuisinier de France n'est-elle pas de « maintenir et diffuser l'art culinaire français » ?

Malgré cette incontestable réussite des Français aux États-Unis, premier marché mondial pour la restauration, la question du déclin reste légitime. Au Japon, pays pourtant pétri de culture culinaire française, les chefs français sur place reconnaissent eux-mêmes que la part de marché française ne progresse plus, malgré l'attraction constante qu'elle suscite. « La cuisine française attire toujours les jeunes japonais, surtout dans les écoles hôtelières », relève André Pachon, restaurateur et traiteur (Maître cuisinier de France) à Tokyo. Il est à noter également que le marché de la RHD au Japon, en pleine récession économique, est en recul constant depuis 1997.

UN MODÈLE AU SEUIL DE LA SATURATION

Le modèle de la haute cuisine gastronomique n'est ni en recul ni en crise. Mais ce segment de niche sur lequel s'est développée la restauration française approche ou atteint le seuil de la saturation dans les pays où elle est déjà largement implantée : Amérique du Nord, Europe, Japon. Ce phénomène s'est déjà produit en France. Et il pourrait bien atteindre les États-Unis. L'ère du grand essor paraît derrière nous. Et l'exemple d'Alain Ducasse, installé depuis trois ans à New York, constitue une exception liée à son parcours hors norme, à sa dynamique personnelle.

Autre tendance forte de ces dix dernières années : l'arrivée de nouvelles cuisines de haut niveau. « En termes d'influence, nous sommes maintenant en concurrence avec les Italiens, les Japonais et les Asiatiques », souligne Alain Ducasse. « La cuisine française n'est plus la seule référence. Notre prépondérance se situe aujourd'hui sur le plan du savoir-faire et de la transmission du savoir, car les techniques proviennent encore essentiellement du Vieux Continent. »

« La cuisine française a une excellente réputation aux Pays-Bas, bien qu'elle souffre de la concurrence asiatique (chinoise, japonaise, thaïlandaise et indonésienne) », confirme Michèle Lainé, responsable des relations publiques de Sopexa Pays-Bas. Un pays doté de nombreux restaurants français, « généralement assez chers, dont les menus sont souvent composés de plats traditionnels et de recettes classiques », précise-t-elle. « La cuisine française traditionnelle a perdu sa place de référence qu'elle avait il y a quelque vingt ans », note aussi la Sopexa à Londres.

« Nous ne ressentons pas du tout un déclin de la cuisine française », estime pourtant Michel Blanchet. « Notre présence est forte et progresse encore ; des jeunes s'installent. Nos chefs sont toujours très demandés pour des semaines gastronomiques, où ils sont accueillis en héros. Mais, en revanche, c'est vrai, d'autres cuisines ont émergé. Je pense en particulier à l'italienne, plus conviviale, et à la chinoise, pleine de sensibilité, d'arômes et de technicité. »

LE REGISTRE CLASSIQUE CONDAMNÉ À ÉVOLUER

Comment la cuisine française peut-elle faire face à ces concurrents talentueux ? D'abord en maintenant son niveau d'excellence dans le luxe, en continuant de faire évoluer son registre, celui de la grande tradition classique ayant vécu. Les associations de produits, les alliances de saveurs, les présentations dans l'assiette sont repensées. L'utilisation du beurre, de la crème ou de l'alcool diminue, quand elle n'est pas supprimée.

« Je fais une cuisine classique mais modernisée », indique ainsi Bernard Cretier. « Je n'utilise pas de beurre. Mes sauces sont réalisées à partir de demi-glaces très purs, qui font ressortir toute la richesse du plat. J'ai d'ailleurs lancé une activité de fabrication de demi-glaces destinés aux restaurants. » « Aujourd'hui, la cuisine française donne d'elle-même une image plus moderne, plus dynamique », résume Michel Blanchet. « Elle joue sur les goûts, elle est pleine de saveurs nouvelles, grâce, notamment, à l'utilisation des herbes. »

Autre levier pour ce nouvel essor, déterminant sur le plan économique, celui du développement d'autres formes de restauration où les Français font aussi merveille : celles des cuisines de bistrot et de brasserie.

Et là, les Français installés aux États-Unis montrent la voie depuis quelques années déjà. On cite souvent l'exemple des stars new-yorkaises Jean-Georges Vongerichten ou Daniel Boulud. Ce dernier ouvrait son premier Café Boulud en 1998 (il en prévoit un deuxième cet été à Palm Beach, Floride) et inaugurait son Bistrot moderne en 2001, « rencontre de la tradition de la cuisine française et des saveurs du marché américain ».

A Chicago, Jean Joho lançait la brasserie Jo dès 1995, puis une deuxième à Boston en 1998. Dans la région de San Francisco, Roland Passot et ses partenaires ont créé 4 Left Bank, depuis 1994, dont le dernier en date, en mars, à San José. Ces « authentic french brasseries », de plus de 400 places assises, proposent une carte résolument française, qui met entre autres à l'honneur la cuisine lyonnaise et la cuisine de grand-mère.

En Angleterre, l'excellence française se redéploie aussi, mais dans un autre registre. Aux côtés du Gavroche à Londres, de Michel Roux, du Waterside Inn à Bray-on-Thames (de Michel Roux, l'oncle de Michel junior et frère d'Albert Roux, ancien chef du Gavroche), tous deux 3 étoiles au Guide rouge Michelin, le Sketch du duo Mourad Mazouz et Pierre Gagnaire participe à ce génie français culinaire et en offre, sur 1 800 m2, une nouvelle facette, moderne et décoiffante. Soutenue par de gros investissements et une approche marketing crédible, qui a défini 4 offres segmentées et complémentaires : The Parlour, pâtisserie-salon de thé, The West Bar (« lunch rapide mais raffiné »), The Gallery (l'art contemporain dans la journée, l'assiette au dîner, avec les « acquis de la gastronomie associée aux traditions du monde entier »), et The Lecture Room & Library (la haute gastronomie absolue, française jusqu'aux produits). La « liberté et l'ouverture sur le monde » qu'Alain Ducasse revendique pour ses Spoons - ni bistrot ni brasserie, mais concept - s'appuient toujours en tout cas sur un savoir-faire largement français pour mettre en valeur des influences américaines, asiatiques et latines.

SOFITEL, FLO, LENÔTRE : DES CHAÎNES PORTE-DRAPEAU

Si ce sont avant tout les chefs français qui portent haut la réputation de la cuisine et de la pâtisserie française dans le monde, quelques chaînes d'hôtellerie et de restauration jouent aussi un rôle important : en particulier Sofitel, Lenôtre et Flo.

Chaque nouvel hôtel Sofitel donne une opportunité de plus pour nos chefs et pour nos produits. La chaîne compte près de 130 unités dans le monde. Cinq ont ouvert l'an dernier, six sont programmées cette année. Mais, si la restauration française reste un « must », elle a fait l'objet d'une cure de jouvence « contemporaine », souligne Christophe-Bruno Marziale, directeur restauration de Sofitel : « Elle est moderne, fraîche, innovante, et réalisée avec les meilleurs produits à leur juste saison. » Et aussi d'une cure de gestion : plus question de perdre de l'argent. Mais « must » ne veut pas dire exclusif. « Tous nos concepts ne sont pas français, mais ils restent dans le registre gastronomique. » Une étude du marché local et des attentes clients permet de choisir un thème adéquat. « Quel intérêt aurions-nous d'ajouter au Luxembourg un quinzième restaurant gastronomique français ? », souligne-t-il. « Nous avons donc opté pour une formule italienne en ouvrant Oro et Argento. »

Lenôtre, de son côté, compte plus de 30 boutiques et cafés Lenôtre dans le monde, dont 19 au Japon. Et le rythme d'ouverture ne faiblit pas, toujours en franchise, preuve à la fois de du succès de son offre française et de son modèle de développement, qui prévoit un solide accompagnement managérial et technique du partenaire. Trois sites ouvrent cette année, au Japon, un autre (le troisième) au Koweït. Et Lenôtre s'implante en outre au Qatar, en Tunisie et en Thaïlande.

Enfin, le groupe Flo compte bien pousser de nouveaux pions en Asie, toujours autour de son concept de brasserie française. « Le test de la brasserie Flo de Pékin, ouverte depuis 1999, est concluant », affirme Éric Vincent, directeur international. « L'activité est rentable et l'établissement attire une majorité de clients chinois. » Nous avons pris la décision de nous déployer en Asie, en franchise cette fois. » Pays visés : Taïwan, la Corée du Sud et la Chine, où le groupe va ouvrir une brasserie à Shanghaï. Un énorme marché qu'il reste à conquérir. Alors, au travail !

DES PÉDAGOGUES ET DES PRESCRIPTEURS HORS PAIR

On peut toujours spéculer sur le déclin de la cuisine française dans le monde. Mais, nous l'avons vu, il n'est pas si avéré que certains Cassandres se complaisent à le prétendre. Un autre facteur essentiel de son rayonnement contemporain ne souffrira pas, en revanche, de polémiques : celui de la formation culinaire. La France excelle en la matière et dispose d'un réseau incomparable de lycées hôteliers et d'un enseignement de haut niveau. Détenteur d'un CAP ou d'un BEP et, donc, d'une bonne base technique, confortée par une première expérience, un jeune Français motivé et maîtrisant une langue étrangère a toutes les chances de trouver un emploi sur le marché international. Un message que les lycées hôteliers ne devraient pas se lasser de répéter.

Réputé partout dans le monde et élément déterminant de la pérennité de sa cuisine, le système éducatif français, ou même international quand il diffuse la culture française, forme aussi beaucoup de jeunes étrangers, dans l'Hexagone et en dehors de nos frontières. C'est un atout de plus pour notre cuisine et pour nos productions agricoles et viticoles.

CES ORGANISMES QUI OeUVRENT AU RAYONNEMENT FRANÇAIS

On ne présente plus l'Institut Paul-Bocuse et l'Ecole supérieure de cuisine française à Paris. Plusieurs de leurs programmes accueillent chaque année de nombreux Américains et Japonais. Mais la France peut s'appuyer aussi sur de remarquables structures à l'étranger. Ainsi, le très couru Centre culturel de la gastronomie française de Tokyo, créé en 1990 par Tokyo Gas et par la chambre de commerce et d'industrie de Paris. Avec, à la tête de la direction des études, Antoine Schaefers, Maître cuisinier de France. Ce professeur-chef de cuisine est aussi un homme de réflexion et de plume. Il dirige une publication sur les régions de France, « Les Sens du terroir gastronomique » qui, affirme-t-il, « donne non seulement des techniques de cuisine française, mais replace la cuisine dans sa dimension culturelle et sociale, comme un véritable fait de civilisation. »

Mais il faudrait citer aussi par exemple la célèbre Johnson & Wales University, fondée en 1914 et basée à Providence (État de Rhode Island), où exerce le réputé Jean-Jacques Dietrich. Ou le prestigieux French Culinary Institute, créé à New York en 1984, qui forme et perfectionne à la « cuisine de l'Ouest » (Western Cuisine) et à la pâtisserie selon sa méthode « d'immersion totale ». La Fondation James Beard vient d'ailleurs de décerner un « award » à deux de ses enseignants français, Alain Sailhac et Jacques Torres. La plus haute distinction culinaire aux États-Unis.

La cuisine française aurait beaucoup à gagner à renforcer encore son offre pédagogique à l'international. Ce qu'a bien compris, par exemple, le Centre de formation d'Alain Ducasse. « L'association de ses compétences pédagogiques et professionnelles, où excelle notre pays, donne un modèle à déployer avec des partenaires », indique Jacques Bally, directeur du centre. « C'est ce que nous allons proposer en nous appuyant sur les réseaux de formation initiale existants, qui partagent les mêmes valeurs d'excellence que nous. Nous apportons un niveau supplémentaire de formation continue. Dans ce domaine, il existe un gros potentiel, en particulier en Asie et Amérique du Nord. »

Sur le court terme, le premier produit proposé par le centre est un programme de deux ou trois jours (deux consacrés à la pratique, un aux démonstrations), réservé d'abord aux professionnels. Il sera ensuite ouvert aux pédagogues. Les formations seront dispensées par des chefs de cuisine et par des pâtissiers d'Alain Ducasse. Une session test avait lieu en mai à l'école Hofmann de Barcelone. Un autre partenariat a été conclu avec l'École Tsuji, basée à Osaka et près de Tokyo (qui ne compte pas moins de 5 000 élèves). La première session se déroulera en novembre. A moyen terme, le Centre de formation Alain-Ducasse proposera également un cursus post-graduate d'une durée de trois ou six mois, sanctionné par un diplôme de type CQP.

LES CHEFS, AMBASSADEURS DES PRODUITS FRANÇAIS

Les chefs ne constituent pas et n'ont jamais constitué la clef de voûte de la communication moderne des produits alimentaires. Celle-ci, on le sait, développe d'autres messages que celui de l'expertise culinaire. A quelques exceptions près, dans le cas de produits à forte valeur ajoutée industrielle : les plats cuisinés. Ou de ceux qui sont l'expression d'un signe de qualité certifiée et d'une origine contrôlée : les produits sous label. Les uns et les autres ont besoin d'une identité, d'une reconnaissance et d'une démonstration, donc, d'un auteur et utilisateur, le chef de cuisine.

Pourtant, les plus talentueux et les plus illustres de ces chefs français, qu'ils travaillent à l'étranger ou viennent spécialement de France pour participer à une opération de promotion, n'en constituent pas moins des ambassadeurs irremplaçables de la production nationale. Et leur connaissance des produits, leur maîtrise technique et créatrice pour mettre en valeur toutes leurs richesses organoleptiques expliquent pourquoi la Sopexa, par exemple, s'appuie sur leur aptitude à prescrire.

Créée en 1961 sous l'égide du ministère de l'Agriculture, la Société pour l'expansion des ventes des produits agricoles et alimentaires ne se prive pas de faire appel à nos cuisiniers, non pas systématiquement, mais en fonction des marchés, des produits, de leur disponibilité locale et de l'aura dont jouit la cuisine française dans un pays. Autant dire un peu partout.

Les exemples ne manquent donc pas de cette fructueuse collaboration. En commençant par le Japon, pays sans doute le plus féru de cuisine et de produits français ! Sans le travail de fond mené par la Sopexa, avec la collaboration ponctuelle de grands noms (Joël Robuchon, Jacques Puisais, Jean-Michel Cazes ) et d'associations professionnelles (comme les Toques blanches), et sans la présence aussi d'une gastronomie française (on dénombrerait dans l'île 2 500 restaurants et bistrots à la française) et de structures de formation publiques ou privées animées par des Français, jamais, sans doute, nos foies gras, nos volailles ou nos grands crus n'auraient pu être autant consommés au Pays du soleil levant.

Les Japonais adorent les compétitions. La Sopexa a donc eu l'idée de créer, au début des années 80, trois concours, qu'elle organise depuis tous les deux ou trois ans : meilleur sommelier japonais, meilleur cuisinier en produits des terroirs de France et meilleur pâtissier. Des professionnels français animent régulièrement des séminaires de formation et participent au jury. En distinguant les professionnels japonais soucieux de se perfectionner, de telles manifestations participent aussi à la diffusion de la culture culinaire française et de ses produits.

Le Centre culturel de gastronomie française joue également un rôle déterminant. « Etant centre de formation, nous proposons la trilogie propre à la cuisine française qui, de la régionale à la contemporaine, en passant par la classique, offre ainsi une cuisine française évolutive qui, somme toute, doit être indissociable », explique Antoine Schaefers. « La cuisine française prend son essence dans les produits du terroir. L'existence précède l'essence, c'est donc par la lignée du passé-présent-avenir que se profile la cuisine française. » Un discours bien compris des professionnels japonais, pour qui tradition et modernité ne sont pas antinomiques.

DES CONCOURS NATIONAUX PRESTIGIEUX

Le Centre combine intelligemment formation et promotion à travers un grand événement. « Depuis 1993, nous avons institué un grand concours de cuisine qui a, depuis, une très bonne notoriété : le trophée des Maîtres cuisiniers de France Jean Schillinger », indique Antoine Schaefers. « Le thème de ces concours s'inscrit toujours avec une région de France dans une utilisation de produits typiques, mais en laissant le candidat libre d'une interprétation culinaire. Précisément, donc, avec un esprit et un dynamisme évolutifs. » Mais la tradition n'est pas pour autant oubliée. « Dans la deuxième partie du concours, rapporte-t-il, nous proposons aussi une épreuve de cuisine classique tirée du Guide culinaire d'Auguste Escoffier. »

Depuis quelques années, les chefs japonais eux-mêmes jouent un rôle actif, se réjouit la Sopexa. Les chefs Hattori, Ichinane, Mikuni et Nakamura contribuent au développement de la cuisine française et de l'importation de ses ingrédients par leurs livres et leurs émissions de radio. En fait, de nombreux grands chefs se mobilisent afin d'organiser des concours nationaux autour de la cuisine française, qui ont toujours un grand retentissement médiatique, autant auprès de la profession que du grand public.

Enfin, au Pays du soleil levant, nombreuses et actives sont les associations gastronomiques à organiser des événements annuels autour de la gastronomie française. Elles sont plus d'une trentaine à ce jour, dont l'Académie culinaire, les Toques blanches, les Amis de Curnonsky, ceux de Prosper-Montagné

LA CHINE, UN MARCHÉ À DÉFRICHER

En Chine, marché d'avenir, des actions se mettent aussi peu à peu en place. Ainsi, la brasserie Flo de Pékin et le bureau de la Sopexa font ensemble la promotion des produits laitiers de France au cours de ce printemps. « Le chef de Flo réalisera un menu dont chaque plat contiendra l'un de ces produits », explique-t-on chez Sopexa. « Il les présentera à une vingtaine de journalistes chinois à qui seront remis un dossier complet ainsi qu'une photo des plats. » Les produits laitiers sont encore peu connus en Chine : l'utilisation du beurre, de la crème et du fromage est un concept nouveau. Qui pourrait, mieux qu'un chef, en démontrer toutes les qualités ?

Sur Singapour et sa région, ce sont les grands restaurants eux-mêmes qui ont pris le relais de la Sopexa. « Pas une semaine ne se passe dans la saison sans une huitaine gastronomique ou un thème culinaire, ou un événement associant gastronomie et vins, avec la présence dans ces établissements de grands chefs français ou internationaux. »

La promotion des vins français fait aussi largement appel aux chefs français. En mars dernier, le bureau de Sopexa à Mexico organisait pour dix-sept journalistes un petit déjeuner de presse au champagne dans le salon de thé Griffe français. Le chef Frédéric Bodelin, installé depuis six ans, avait préparé des plats sucrés-salés se mariant avec différents types de champagnes.

Au Royaume-Uni, l'approche actuelle est différente. Les responsables du bureau Sopexa à Londres considèrent aujourd'hui que « rester dans un contexte franco-français pour promouvoir les vins serait assez limitant, car le Royaume-Uni est très ouvert aux influences extérieures, et la mode est à la fusion ». Du coup, ses responsables des budgets vins veulent montrer la capacité des vins français d'une grande diversité à s'adapter à toutes les saveurs et à toutes les cuisines. Une récente campagne dans la presse quotidienne pour les vins d'Alsace s'est appuyée sur des publi-reportages réalisés avec des chefs, français ou non, officiant aussi bien dans des restaurants français ou d'influence française que dans des restaurants asiatiques.

DES "ACTIVATEURS" DE NOTRE ÉCONOMIE

Plus près de nous, en Europe, Sopexa sollicite aussi les grands cuisiniers. Ainsi, par exemple, en République tchèque. Le chef de l'ambassadeur de France à Prague a coanimé une série d'émissions sur la chaîne TV Prima autour du vin et de la gastronomie française. Il a également réalisé dans la cuisine de l'ambassade une série de plats et de menus devant un parterre de journalistes de la presse professionnelle et grand public. Sa salade de choux-fleurs à la concassée de tomates et ses copeaux de foie gras, son croustillant de pintade à la fourme d'Ambert et endives braisées, sauce rhum, son gratin de fraises et sorbet à l'estragon ont dû en surprendre plus d'un !

De son côté, Dominique Perrot vient de conduire une formation spécifique pour l'Association tchèque des cuisiniers. Enfin, la Sopexa organise actuellement dans les restaurants tchèques un tour de France gastronomique des régions (six régions, six menus autour de l'association mets-vins), avec le concours, là aussi, de cuisiniers français.

Enfin, n'oublions pas qu'un chef français, ou un établissement de culture française de plus qui s'installe hors de l'Hexagone, représente une chance supplémentaire d'accroître les exportations de la France et, par conséquent, son PIB. « On ne peut pas reprocher à un directeur général suisse-allemand de mettre aujourd'hui en avant un vin nouveau du Rhin plutôt qu'un vin nouveau français », souligne Alain Ducasse. « De même, nous, Français, nous avons d'avantage l'envie d'offrir de la porcelaine, du linge, de la cristallerie, un décor et les meilleurs produits français qui correspondent à notre univers. Si nous étions plus nombreux à être représentés à l'international, nous serions d'autant plus "d'activateurs" de l'économie française. »
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Article extrait
du magazine N° 0399

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